Marc Simoncini, le créateur de Meetic

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Le 20 / 09 / 14 | Posté par la rédaction de SFR
Marc Simoncini, le créateur de Meetic

Enfant surdoué du Web français, Marc Simoncini est le créateur du site de rencontres Meetic. Aujourd’hui, en tant que directeur de Jaïna Capital, il investit dans des start up.

Il est aussi le co-créateur de l’une des premières écoles de l’Internet. Au printemps dernier, Marc Simoncini prend position contre la fiscalité de l’investissement en France, et menace de s’installer à l’étranger. Avec sa dernière entreprise, Sensee, il veut révolutionner la vente de lunettes grâce à Internet.

Dans cet entretien exclusif, Marc Simoncini nous rappelle les temps fort de son parcours, il nous présente entre autres son métier de business angel, avant de déclarer : « Twitter, il a inventé un usage, il a inventé un média, c’est les infos de demain »…

Transcript de la vidéo

La Chaîne Techno (LCT) : Bonjour à tous, et bienvenue dans ce nouveau numéro de l’Appart, sur la Chaîne Techno. L’Appart, c’est toutes les deux semaines un entretien exclusif avec un décideur lié à l’innovation.
Et aujourd’hui nous recevons un business angel, Marc Simoncini.

Reportage

Enfant surdoué du Web français, Marc Simoncini est le créateur du site de rencontres Meetic. Aujourd’hui, en tant que directeur de Jaïna Capital, il investit dans des start up. Il est aussi le co-créateur de l’une des premières écoles de l’Internet. Au printemps dernier, Marc Simoncini prend position contre la fiscalité de l’investissement en France, et menace de s’installer à l’étranger. Avec sa dernière entreprise, Sensee, il veut révolutionner la vente de lunettes grâce à Internet.

LCT : Bonjour Marc Simoncini.

Marc Simoncini (MS) : Bonjour.

LCT : Bonjour. Comment s’est passé cet été, bonnes vacances ?

MS : Longues mais studieuses.

LCT : Récupératrices ?

MS : Oui, récupératrices, j’en avais besoin.

LCT : Avec des lunettes de soleil forcément ?

MS : Avec plein de lunettes de soleil.

LCT : Et je me demande où vous avez pu bien les acheter ces lunettes de soleil…

MS : Eh bien oui, je les ai achetées chez moi, et je suis ravi parce que j’en ai à ma vue, c’est l’une des premières fois de ma vie que j’arrive à lire avec des verres correcteurs au soleil, puisque je me suis acheté des lunettes de soleil correctrices, ce qui est une nouveauté pour moi.

LCT :Voilà, alors tous ceux qui ne seraient pas au courant, Marc Simoncini a monté ce site de e-commerce spécialisé dans un sujet un peu délicat, on le voit, c’est la vente de lunettes et lentilles sur Internet. Alors juste pour nous faire un peu l’avocat du diable, il y a un certain Alain Afflelou, qui est un opticien très connu qui a dit : « Je n’y crois pas du tout à la vente de lunettes et de lentilles sur Internet, il faut toujours un opticien qui soit là pour ajuster nos lunettes, etc. » On se sent un peu concernés avec Jérôme.

On est des gros consommateurs, évidemment.

On est des gros consommateurs, et c’est vrai qu’on a du mal à se dire : « Tiens, comment peut-on acheter des lunettes ou même des lentilles sur Internet ? »

MS : Il n’a pas dit tout à fait ça, il a dit : « Je ne crois pas une seconde au succès des lunettes sur Internet. » Il n’a pas dit des lentilles, parce que les lentilles, tout le monde a compris que les gens les achèteront sur le Web maintenant.

LCT : C’était sur les lunettes effectivement.

MS : Et sur les lunettes, finalement il n’a pas tort, la vente de lunettes sur Internet ne sera jamais un succès. Pourquoi ? Parce qu’on pense que jamais plus de 5 à 10 % des gens achèteront leurs lunettes sur Internet. Donc 90 % des gens continueront, parce qu’ils ont envie d’avoir un contact physique avec l’opticien, à acheter leurs lunettes chez l’opticien.

Donc il a raison, ce ne sera jamais un succès, d’ailleurs on se demande pourquoi il y a autant de combativité et d’agressivité vis-à-vis des sites Internet qui, je le rappelle, sont gérés par des opticiens. Certes, ce n’est pas mon cas, mais les gens qui travaillent chez moi, qui contrôlent les verres qui vous sont vendus, et qui contrôlent la manière dont les mesures sont faites, ce sont des opticiens, ce n’est pas moi qui fait ça.

Donc on est des opticiens, sauf qu’on vend plus sur le Web que dans une boutique. Donc 5 à 10 % des gens qui achèteront leurs lunettes. Pour quelle raison ? Parce qu’ils vont acheter les mêmes deux fois moins cher. Maintenant, c’est le choix que va faire chacun des consommateurs. Est-ce que l’opticien qui vous règle vos lunettes, qui vous les pose sur le nez, qui vérifie qu’elles sont droites, justifie le fait que vous lui laissiez entre 200 et 600 euros à chaque fois que vous achetez une paire de lunettes ? Pour certaines personnes, ça le vaut, pour d’autres, ça ne le vaut pas. Il n’est pas convaincu que la Sécurité Sociale et les mutuelles continuent à rembourser forever des lunettes à 400, 600, 1 200 euros, alors qu’on pourrait avoir la même paire, avec les mêmes verres, deux fois moins cher à travers Internet, et des opticiens qui les ont contrôlées.

#TIMELINE

LCT : Marc Simoncini, vous faites partie de ces enfants gâtés du Web, qui ont démarré à l’époque où tout allait bien…

MS : Gâté ?

LCT : Gâté dans le sens où vous avez un magnifique parcours. Racontez-nous un petit peu tout ça.

MS : J’ai tiqué sur le gâté, parce que ce que les gens n’ont pas forcement su, c’est que la première entreprise que j’ai revendue en 2000, ce qui a fait que je suis devenu un petit peu connu dans le Web français, je l’avais montée onze ans avant. C’est une start up, ça s’appelait e-France, certes, je l’ai bien vendue, mais j’ai dirigé cette boîte qui avait cinq salariés pendant onze ans.

LCT : Alors on recommence depuis le début, ça démarre avec i-France ?

MS : Oui, ça démarre même avant, mais j’avais monté ma première boîte à 22 ans et j’ai fait une erreur, c’est que j’avais oublié que je devais faire le service militaire, et j’ai été appelé sous les drapeaux. Et donc je me suis retrouvé PDG sous les drapeaux, ce qui n’était pas simple. La boîte a évidemment péréclité, et j’en ai monté une seconde en 1989…

LCT : Ça a un peu explosé votre avenir…

MS : Ils ont été assez sympas, ils m’ont dit : « Tu fais l’armée », mais ils m’ont quand même mis dans la même ville où était ma boîte. Quand même, ils auraient pu me mettre à 800 kilomètres, ils m’ont laissé dans la même ville.

LCT : Vous faisiez troufion le matin et PDG le soir, c’est ça ?

MS : Non, mais ils avaient trouvé qu’il fallait absolument que j’aille aux conseils d’administration, et je leur ai dit : « Moi j’ai un conseil d'administration toutes les semaines. » Ils me croyaient, et ils me laissaient sortir toutes les semaines. Mais je pense que gentiment ils faisaient semblant de me croire. Non, ils ont été plutôt sympas.

Ensuite, j’ai remonté une autre boîte en 1989, qui est devenue onze ans plus tard i-France, qui a développé un portail Internet qui a été assez populaire dans les années 2000. Il se trouve que la bulle Internet a fait que les portails valaient une fortune à cette époque.

LCT : C’était un site communautaire i-France…

MS : Un site communautaire, en fait, l’idée que j’avais, c’était de créer mon propre trafic, puisque je n’avais pas les moyens d’en acheter. Je m’étais dit : « Un jour, les gens achèteront sur Internet, quand les gens achèteront, il faudra acheter beaucoup de publicité pour faire venir les gens sur des sites d’achats. Et comme je n’ai pas d’argent, il vaut mieux que je me fasse mon propre média. Et comme je n’ai pas de contenu, il vaut mieux que ce soit les gens qui amènent eux-mêmes leur contenu». C’est une sorte d’ancêtre de Facebook, où les gens amenaient leur contenu, et les autres venaient voir le contenu des gens.

LCT : Alors là, on est au tout début du Web…

MS : Oui, on était au tout début, on était en 1997, donc vous voyez, c’était très, très tôt. Ça a bien fonctionné, cette idée, puisque chaque personne venait mettre son contenu, les gens lisaient, mettaient le leur, et ça grossissait très vite, et c’est devenu le dixième plus gros site. A ce moment-là, je me suis dit : « Je vais commencer à mettre des services d’e-commerce, je vais faire des services payants, je vais utiliser cette audience énorme que j’avais pour la monétiser, un peu comme Facebook, avec de la publicité, des services payants. » Et là, la bulle est arrivée, Vivendi m’a dit : « Je veux acheter votre portail. » Je l’ai vendu à Vivendi, donc je n’ai jamais pu développer cette idée jusqu’au bout.

#FAILS     

LCT : Alors vous êtes parti avec un gros chèque ?

MS : Oui, enfin ça c’est ce que je croyais. En fait je suis parti avec un gros paquet d’actions Vivendi, et des banquiers professionnels m’ont dit : « Il ne faut surtout pas vendre tes actions Vivendi, elles vont monter. » Elles étaient à 120 euros à l’époque, et j’ai emprunté la même somme en argent, et j’ai donné en gage mes actions Vivendi. Et puis j’ai vécu avec cet argent. Donc j’ai monté Meetic pour m’occuper un petit peu, parce que je pensais que j’étais très riche.

LCT : Donc deuxième gros succès.

MS : A l’époque pas.

LCT : Oui à l’époque, mais après c’est devenu le site de rencontres qu’on connaît aujourd’hui.

MS : Et puis manque de chance, les actions Vivendi sont passées de 120 à 8, et l’argent que j’avais emprunté, au lieu de l’avoir, je le devais. Donc je me suis retrouvé avec des dettes en millions d'euros, et il a fallu que Meetic soit ma planche de salut, et j’ai développé Meetic parce que je devais des millions d'euros aux banques.

#INNOVATION

LCT : Alors votre nouveau métier aussi, c’est business angel. Vous aidez les jeunes entreprises innovantes, du coup, vous avez un œil et vous avez une vision très globale de l’innovation, en France particulièrement. Est-ce que c’est facile de faire ce boulot-là en France ?

MS : Rien n’est facile en France. Celui-là pas plus qu’un autre, au-delà de la fiscalité, dont on pourra parler. On reçoit 30 à 40 dossiers par jour, essentiellement des produits innovants dans l’Internet. Mais depuis maintenant un an, on reçoit des dossiers innovants en dehors d’Internet. Et on s’est dit : « Après tout, pourquoi est-ce qu’on ne financerait que de l’Internet ? L’innovation, c’est de l’innovation, on n’est pas obligés de rester sur des sujets qu’on connaît très bien. C’est une bonne manière de s’aérer l’esprit aussi que de voir autre chose». Donc avant l’été on a signé notre premier deal dans l’innovation industrielle, puisqu’on a financé le seul fabricant français de dameuses de pistes, qui se bat contre deux géants qui sont Autrichiens et Italiens. D’ailleurs, on retrouve un peu le marché de l’optique, il y en a deux qui ont des rentes de situation, 100 % de parts de marché, et qui s’alignent un peu sur leurs prix, comme par hasard.

LCT : Donc dameuses de pistes…

MS : Et puis il y a un petit Français qui a dit : « Merde, les Français c’est 150 machines par an, on n’est pas fichus de fabriquer des dameuses en France », donc il a dit : « Moi je fais mes dameuses. » Et je lui ai dit : « Tu as raison, le duopôle, ça suffit, on va essayer de faire un petit acteur français, et puis on va essayer de convaincre les pouvoirs publics, qui sont actionnaires des plus gros clients de dameuses françaises, d’acheter des dameuses françaises. » Vous voyez c’est de l’innovation…

LCT : Donc si on skie confortablement cet hiver, ce sera peut-être un peu grâce à vous alors ?

MS : Je vais juste vous dire un truc sur ce sujet, parce que chaque fois que je le dis, les gens me disent : « Ah oui, je n’avais pas compris. » Vous venez de dire « skier confortablement » parce que vous pensez qu’on dame les pistes pour que ce soit confortable. Ce n’est pas du tout le cas, pas du tout. Je vais vous dire pourquoi on dame les pistes, et c’est comme ça que j’ai décidé d’investir : on dame les pistes parce que les skieurs poussent la neige vers le bas de la station, et donc on remonte la neige. Donc une dameuse, elle ne dame pas, elle remonte la neige. Et moins il y a de neige, plus il y a besoin de dameuses. Et comme le réchauffement climatique fait qu’il y a de moins en moins de neige, il y a forcément besoin de plus en plus de dameuses. C’était donc le moment de créer un acteur français dans cet univers.

LCT :On aura appris des choses sur les dameuses.

Franchement, dans L’appart, si on avait pu imaginer ça… Est-ce que les pouvoirs publics doivent vous aider plus justement pour développer ce que vous faites, le fait de pousser des start up à devenir grandes ? Ou est-ce qu’ils ne doivent pas se mêler de tout ça ?

MS : Le meilleur moyen de nous aider, c’est de ne pas s’en mêler. C’est ce que j’ai dit une fois, d’ailleurs je revendique le titre de seul chef d’entreprise qui s’est fait hurler dessus simultanément par Manuel Valls et Jean-François Copé parce qu’un jour je faisais une conférence avec eux et je leur ai dit : « La meilleure manière de nous aider, c’est d’arrêter de vous occuper de nous, occupez-vous des grands groupes, des grosses sociétés, mais arrêtez de vous occuper des petites sociétés, d’essayer d’empiler des lois sur des lois sur des lois, des règlements sur des règlements sur des règlements, parce que finalement c’est contre-productif et ça ne nous aide pas. » Donc les pouvoirs publics, s’il y avait une chose, et c’est là-dessus que j’essaie de militer, mais moi je ne suis pas très écouté, et finalement tant mieux, parce que ce n’est pas mon métier de parler de ça, mais ce serait juste de trouver une règle claire qui fait que un euro investi dans une entreprise jeune ne doit pas supporter d’impôt. Parce que cet argent, si je peux l’investir, c’est que je l’ai gagné ; si je l’ai gagné, c’est que j’ai payé la ribambelle d’impôts qui précédaient. A partir du moment où je l’investis dans une jeune entreprise en augmentation de capital sans que ça aille dans la poche du patron et que ça aille dans des projets en France, et on peut mettre des tas de critères, je m’en fiche, du moment que les critères sont clairs, alors on dynamiserait l’investissement. De toute façon, c’est ce que j’ai dit, si un jour j’étais obligé de partir parce que la fiscalité fait qu’elle devient pour moi insupportable pour faire ce métier-là, je ferais ce métier d’ailleurs, mais ça ne m’empêchera pas d’investir dans des dameuses en France d’être installé à Bruxelles, à Londres ou à Tokyo, le monde est ouvert maintenant.

#PORTRAIT_DE_GEEK

LCT : Est-ce que vous êtes déjà un geek ?

MS : Ah oui je suis très geek, oui.

LCT : C’est-à-dire ?

MS : Moi, c’est mon métier, je suis informaticien. Un mauvais informaticien, mais c’est quand même ma formation. Donc moi je suis assez geek.

LCT : Mais bon chef d’entreprise, ça compense…

Mais toujours à l’affût des derniers gadgets. Il y a un nouveau téléphone qui sort, une nouvelle tablette… Ça va jusqu’où en fait ?

MS : S’il y a une pomme dessus, je l’ai achetée avant qu’elle sorte. Il n’y a pas une boîte au monde à qui j’ai laissé autant d’argent qu’Apple.

LCT : Ils vous remercient d’ailleurs.

MS : Je ne suis pas le seul visiblement.

LCT : Absolument.

Côté réseaux sociaux, alors moi je vous suis sur Twitter. Vous êtes quand même assez présent sur Twitter. Qu’est-ce qui vous plaît et qu’est-ce qui ne vous plaît pas chez Twitter ?

MS : Twitter, je trouve que c’est la plus belle innovation des dix dernières années. Je suis infiniment plus respectueux de Twitter que de Facebook, parce que Facebook n’a rien inventé, les réseaux sociaux, ça existait avant, il y en avait plein. Il a extraordinairement bien exécuté celui-là, il n’y a évidemment pas de discussion, mais ce n’est pas une révolution, Facebook. Je mets ma photo, elle est vue par les autres, je peux la commenter, enfin franchement… Mais bon, c’est très bien exécuté.

Twitter, il a inventé un usage, il a inventé un média, c’est les infos de demain. Je ne lis plus les journaux, je lis mes twits, et quand un truc me plaît, je vais lire le journal. C’est extraordinaire ! Et ça ne coûte rien à faire, c’est trois cacahuètes à développer, et c’est une idée révolutionnaire, donc je suis infiniment respectueux de ce qu’a fait le fondateur de Twitter, et j’utilise cinq heures par jour Twitter et dix minutes Facebook.

LCT : Merci Marc Simoncini.

MS : Merci, c’est moi.

LCT : Merci d’avoir accepté notre invitation dans L’appart, et bien sûr, on se retrouve dans deux semaines pour cette rentrée, avec encore une fois les meilleurs décideurs de France qui seront là et qui nous parleront d’innovation, toutes les deux semaines. Salut à tous et à très vite !

Salut à tous.

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