Rafi Haladjian, l’après Internet des objets

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Le 18 / 09 / 14 | Posté par la rédaction de SFR
Rafi Haladjian, l’après Internet des objets

Pour ce 20ème épisode de L’appart, nous recevons Rafi Haladjian, serial innovateur, père du lapin Nabaztag.

Pour SFR et La Chaîne Techno, il revient sur les étapes de son parcours d’entrepreneur hors du commun. Avec sa nouvelle société Sense, Rafi Haladjian se projette dans « l’après Internet des objets » : une ère où les objets s’effacent. En matière d’innovation, Rafi Haladjian est clair : la France doit investir davantage dans l’intelligence artificielle et l’algorithmie poussée… au risque de se ringardiser.

Né au Liban, Rafi Haladjian débute dans la production cinématographique avant de s’orienter très vite vers la technologie et le Minitel. En 1994, il crée FranceNet, l’un des premiers fournisseurs d’accès français à Internet. Au début des années 2000, il invente le lapin Nabaztag, ancêtre des objets communicants. Aujourd’hui, après avoir fondé une quinzaine d’entreprises high-tech, dont la dernière s’appelle Sense, Rafi Haladjian s’intéresse aux objets connectés du futur.

Transcript de la vidéo :

Bonjour à tous, et bienvenue dans L'appart. L’appart c’est toutes les deux semaines sur la chaîne Techno, un entretien privilégié avec un décideur de l’innovation.

Et aujourd’hui, nous recevons un serial innovateur, Rafi Halladjian.

REPORTAGE

Né au Liban, Rafi Haladjian débute dans la production cinématographique avant de s’orienter très vite vers la technologie et le Minitel. En 1994, il crée FranceNet, l’un des premiers fournisseurs d’accès français à Internet. Au début des années 2000, il invente le lapin Nabaztag, ancêtre des objets communicants. Aujourd’hui, après avoir fondé une quinzaine d’entreprises high-tech, dont la dernière s’appelle Sense, Rafi Haladjian s’intéresse aux objets connectés du futur.

La Chaîne Techno (LCT) : Rafi Halladjian, bonjour, et merci d’avoir accepté notre invitation dans L'appart

Rafi Halladjian (RH) : Bonjour

LCT : Rafi Halladjian, vous avez de multiples casquettes, on va avoir l’occasion d’en parler, mais commençons par la plus actuelle, vous présidez donc la société Sen.se, de quoi s’agit-il ?

RH : Sense, c’est la dernière étape d’un long parcours. Sen.se s’intéresse au sens caché de nos activités quotidiennes. C’est ce qu’on essaie de faire, c’est de donner un sens à la vie, de capturer tout ce qui se passe dans le monde physique, de toutes sortes de manières, d’analyser ces données, et réagir à ce qu’on a compris que vous étiez en train de faire.

LCT : Qu’on comprenne bien, c’est de la philosophie, ou c’est une entreprise high tech malgré tout ?

RH : C’est forcément avec beaucoup de high tech, avec cette caractéristique que le high tech est le plus caché possible, c’est-à-dire qu’on voudrait que les gens n’interagissent plus du tout avec des objets. On parle beaucoup de l’Internet des objets, je pense qu’on est passé à « l’Internet d’après l’Internet des objets », c’est-à-dire où l’objet disparaît et où votre interaction se fait avec votre brosse à dents ordinaire, avec votre oreiller, votre lit, votre porte, avec vos amis, et au milieu, il n’y a pas un objet que vous êtes obligé de trimballer à travers lequel les choses se passent. Donc, c’est libérer les gens des objets et connecter directement la vie des gens et la rendre intelligible, intelligente, sensible, réactive.

LCT : Alors Rafi, s’il vous plaît, pour qu’on comprenne bien, donnez-nous un exemple. Parce que l’oreiller, ça me fait un peu peur.

RH : Par exemple, avec l’oreiller, vous pouvez faire des tas de choses, vous pouvez faire des batailles de polochons qui sont comme des espèces de jeux vidéos. Il y a quelque part quelque chose qui compte les points que vous faites, il y a de la diffusion de bruits qui font « pfiou » comme ça quand vous lancez une bataille de polochon

LCT : Et « Paf » quand il atteint la tête de Jérôme par exemple.

RH : Par exemple.

#TIMELINE

LCT : Alors Rafi, votre timeline… Vous êtes un créateur incroyable, vous avez plusieurs vies d’entrepreneur, quelles sont les étapes importantes justement de votre vie d’entrepreneur ?

RH : La première, la plus importante, c’est l’accident créateur. Car au départ, j’ai fait des études de sémiologie, ce qui n’a absolument rien à voir avec ce que je fais, enfin, presque rien à voir avec ce que je fais. Et un jour, je me suis inscrit par hasard à un cours à la Fac parce que j’étais en retard, et ça s’appelait Télématique, on était en 1983, je ne savais pas du tout ce que télématique voulait dire, et je suis tombé tout à fait par hasard dans le Minitel quand il était petit. Et donc j’ai appris deux choses en tombant dans le Minitel quand il était petit : d’abord qu’on pouvait connecter autre chose qu’un téléphone à un réseau, ce qui était intéressant. Et la deuxième chose, que c’était fascinant d’arriver parmi les premiers sur une île déserte, c’est-à-dire dans un domaine où il y a tout à inventer. Et accessoirement que ça pouvait rendre riche, ce qui était quand même, assez agréable aussi.

LCT : C’est toujours agréable à prendre.

RH : Voilà. En particulier en France où on n’a pas forcément de capitaux risqueurs, ou de gens très courageux pour free lancer ce genre de choses. Donc cet événement accidentel de la découverte du Minitel en 1983 a transformé ma vie.

LCT : Donc, première date importante, la découverte du Minitel.

RH : Ensuite, j’ai fait du Minitel pendant un certain nombre d’années.

LCT : Vous étiez éditeur de services…

RH : J’étais éditeur de services et de serveurs

LCT : Comment beaucoup d’entrepreneurs de votre génération d’ailleurs, c’était la continuité.

RH : Oui, comme Simoncini, comme Niel, tous ces vieux cons du Minitel. Et pour une raison particulière qui est celle-là, c’est que le Minitel était un moyen de fournir du financement à des gens qui n’auraient pas pu en avoir d’une autre façon dans les années 1990. Et donc en 1993, je me suis dit que le Minitel c’était trop beau, mais que forcément ça deviendrait de plus en plus ringard, d’autant que les gens commençaient à avoir des ordinateurs à eux, des machines plus intelligentes chez eux, mais qu’il manquait un maillon pour collecter ces trucs. Et j’avais découvert l’Internet un peu plus tôt, et en novembre 1993, quand Mosaïque, le premier navigateur est sorti, pour moi c’était une révélation, j’étais sûr que c’était le vecteur de cette vie d’après le Minitel. Et donc j’ai fondé France Net, qui est le premier… Après coup, on dit le premier fournisseur d’accès, mais quand vous êtes le premier, vous êtes un peu tout, vous êtes une boîte d’Internet, vous ne savez même pas vous-mêmes ce que vous êtes.

LCT : Vous commercialisiez une connexion Internet, c’est ça ?

RH : Voilà, entre autre chose, mais on était aussi hébergeur, faiseur de site Web, faiseur de technologie… Ces catégories se créent quand un secteur devient mature. Après, on a appris qu’on était fournisseur d’accès, et qu’il y avait un truc qui s’appelait fournisseur d’accès et que nous en étions un. Et donc en 2003, j’ai créé deux sociétés, Ozone qui…

LCT : Qui était sur WiFi collaboratif…

RH : Voilà, avec cette idée de réseau pervasif, c’est-à-dire que les gens n’allaient plus supporter d’avoir de l’Internet que chez eux, et qu’il fallait donc une couverture globale pour connecter tout le monde. Et Violet pour connecter les objets.

LCT : Là, on est en 2003, donc il y a dix ans.

- Violet, c’était Nabaztag.

RH : Voilà, Violet c’était Nabaztag, donc en 2005 on a sorti Nabaztag le premier lapin communicant. L’idée, c’était de montrer que n’importe quoi…

LCT : On vous prenait pour un fou au début avec ce lapin, non ?

RH : Oui, clairement.

LCT : Un lapin connecté au WiFi, on ne comprenait pas à quoi ça servait, les gens vous regardaient bizarrement.

RH : Le problème, c’est que quand le doigt montre la lune, l’imbécile regarde le doigt. Et donc le lapin était censé montrer que si on pouvait même connecter un lapin, on pouvait par définition connecter n’importe quoi. Parce que si vous commencez par connecter des frigos, on va dire : bon, maintenant, il y a cette catégorie, les frigos communicants.

LCT : Mais comme c’est absurde de connecter un lapin…

RH : Voilà, c’est une espèce de joker qui valait pour tous les objets là-dessus. Et je pense que c’était aussi une bonne idée, parce qu’on en a quand même vendu 200 000.

LCT : C’était le gadget geek par excellence.

RH : Voilà.

LCT : Il a quand même traversé les frontières, c’était branché d’avoir un Nabaztag aux États-Unis.

#FAILS

LCT : Alors malgré tout, parfois les belles histoires connaissent quelques soubresauts, il y a eu des fails, notamment pour le lapin Nabaztag.

RH : Il y en a eu un, il y en a eu même deux pour le lapin Nabaztag. Le premier, c’était la crise de 2008. Quand vous êtes une start-up française dans le hardware, pratiquement mono produit et qu’il y a une crise qui fait que tous les grands distributeurs, pas français, mais plutôt les anglais, les espagnols, les américains, arrêtent d’acheter quoi que ce soit qui rentre dans aucune catégorie connue, et dont on ne connaît pas les ventes, et que ça se produit au mois de septembre juste avant Noël, vous êtes très, très mal. Donc, ça a été un gros, gros problème de Nabaztag, crise économique. Et puis une deuxième erreur, qui pour le coup était de notre fait chez Violet, qui était une erreur de conception qui fait que les serveurs de Violet étaient conçus pour héberger des lapins. On n’avait pas créé…

LCT : C’était des clapiers en fait !

RH : Voilà ! Comme on avait conçu le lapin avant les serveurs, le modèle de données sur le serveur disait : un objet, c’est un truc qui a des oreilles. Et donc quand on essayait de connecter autre chose qu’un lapin dessus…

LCT : Ça ne marchait pas.

RH : Il fallait dire : objet n’ayant pas d’oreilles. Il fallait décocher la case « oreilles » de l’objet.

#INNOVATION

LCT : Rafi Halladjian, on voit que vous avez été précurseur dans plein de domaines, mais quelles sont pour vous les innovations de demain qu’il faut d’ores et déjà retenir ?

RH : Il y a vraiment un sujet sur l’intelligence artificielle, qui est un sujet sur lequel on n’est pas en France. Autant sur les objets communicants… On a une grande fascination pour ce que fait Google, mais c’est comme si on avait rendu les armes et qu’à un moment donné on…

LCT : Mais est-ce qu’on pourrait faire un Google à la française ?

- Il y a eu déjà des essais qui se sont avérés être fumeux.

RH : Est-ce que pour autant il faut rendre les armes et se focaliser sur des choses dix ans après tout le monde ? On n’est pas obligé d’être ringards quand même.

LCT : On est ringard aujourd’hui ?

RH : On est souvent ringard. Pas dans tout. Par exemple, c’est fascinant de voir qu’il y a Withings, il y a Netatmo, il y a Parrot, et que dans ce domaine-là de l’objet communicant, on n’est pas ringard. Surtout quand on compare la France aux autres pays d’Europe dans lesquels il n’y a pas… Pas forcément se comparer aux États-Unis ou à l’Asie, où il n’y en a pas tellement non plus. Mais par exemple en Europe, c’est un sujet, je ne sais pas pourquoi, sur lequel on est très bon en France. Donc, ringard, ce n’est pas une fatalité. Mais sur l’intelligence artificielle, sur même l’algorithmie poussée, je ne vois pas tellement de gens. Et s’il y a quelque chose dans lequel il faudrait mettre de l’argent public, c’est ça.

#PORTRAIT_DE_GEEK

LCT : Alors êtes-vous un geek Rafi Halladjian ? J’imagine que oui. Quel est votre objet high tech fétiche ?

RH : Je suis en fait assez peu un geek.

LCT : Alors là, vous cassez un mythe, tous ceux qui vous regardent, qui vous imaginent étant geek…

RH : J’achète beaucoup d’objets de geek dont je me sers une fois et dont je ne me sers plus du tout, donc je suis assez classique. Il y a deux objets que j’aime beaucoup dans ma vie, c’est mon scooter et mon iPad.

LCT : Et côté smartphone, vous êtes quoi, iPhone, Android, BlackBerry, Windows phone ?

RH : Alors j’ai un iPhone 5, mais j’en ai un peu honte.

LCT : Pourquoi ?

RH : Parce que j’ai un peu l’impression de faire partie des gens qui se sont fait couillonner par l’iPhone 5, donc je ne le dis pas en public.

LCT : Mais juste un mot sur Apple, vous trouvez qu’ils n’innovent pas assez vite ? Vous dites que vous avez un peu honte de votre iPhone 5, vous l’auriez imaginé plus courageux ce nouvel iPhone ?

RH : Avant, j’avais un iPhone 3, donc si j’ai changé c’est parce qu’il commençait à être vraiment vieux. Et la vraie différence que j’ai trouvée entre mon iPhone 3 et mon iPhone 5, c’est qu’il avait une rangée d’icônes en plus, et qu’il était plus rapide, ce qui était la moindre des choses.

LCT : Et quatre ans se sont passés entre deux.

RH : Voilà. Et entre temps, l’application Map était devenue désastreuse. Donc, je pense que si vous êtes Apple, vous êtes obligés d’innover parce que c’est votre métier. On ne peut pas comparer Samsung à Apple ; Samsung, ils font des frigos, des climatiseurs, des téléphones et des centrales nucléaires, et quelque part, ils font aussi des téléphones. Apple, ils font un produit par an, s’il n’est pas la chose la plus belle, la plus parfaite et la plus innovante du monde, vous n’êtes plus Apple, vous êtes… Pas grand-chose. Parce que vous ne faites par ailleurs pas grand-chose. Vous avez une poignée de produits. Vous êtes génétiquement obligé d’innover.

LCT : Donc plutôt iPhone. Et côté réseaux sociaux, est-ce que Rafi Halladjian est présent sur les réseaux sociaux ? Alors oui, puisque si vous êtes venu dans cet appart, c’est parce qu’on a discuté sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook.

RH : Rafi Halladjian est même le premier inscrit français sur Twitter et le premier inscrit français sur Facebook.

LCT : Alors là, ça c’est un scoop, franchement bravo !

- Respect.

RH : Par ailleurs, je n’en fais pas un usage… J’en ai eu beaucoup l’usage au début, là, je ne le fais plus tellement. Mais c’est très utile.

LCT : Mais on a l’impression que vous avez toujours un coup d’avance, non ? C’est-à-dire alors que tout le monde utilise Facebook et Twitter, vous êtes déjà, peut-être en train de chercher ce qu’il y aura après. Ça doit être un peu fatigant à force, d’essayer d’avoir toujours un coup d’avance.

RH : C’est ça d’être tombé dans le Minitel quand on était petit.

LCT : Et qu’y aura-t-il après alors ?

RH : Là, ce qui m’intéresse par exemple, ce sont les biotechnologies. Ce soir, je vais à la Paillasse, pour faire un "do it yourself" génétique. Ces sujets-là sont très intéressants aussi. Mais bon après, je suis trop vieux pour les faire. A un moment donné, il faudra s’arrêter.

LCT : Eh bien, vous viendrez nous en parler ?

RH : Bien sûr.

LCT : Merci beaucoup Rafi Halladjian.

RH : Merci de m’avoir invité.

LCT : Et on se retrouve dans quinze jours pour un nouvel invité, leader, et personnalité du monde de l’innovation.

- Merci de nous suivre, à très vite.
- Salut à tous.

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