Bruno Bonnell, créateur du salon de la robotique Innorobo

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Le 17 / 09 / 14 | Posté par Julien Gilbert
Bruno Bonnell, créateur du salon de la robotique Innorobo

Pour ce 23ème épisode de L’appart, nous recevons Bruno Bonnell, gourou français de la robotique et entrepreneur hyperactif.

Pour SFR et La Chaîne Techno, Il revient sur les étapes de son parcours d’innovateur aux multiples casquettes. Pour ce passionné, qui a transformé son rêve d’enfant en réalité grâce à la technologie, les grandes innovations à venir se joueront  dans le bio-computing.  Exemples : la manipulation de cellules végétales pour créer des ordinateurs ou encore l'impression 3D pour fabriquer de la nourriture à partir de protéines d’insectes !  Rencontre du 3ème type.

Créateur de l'entreprise de jeu vidéo Infogrames et du fournisseur d'accès Infonie, Bruno Bonnell est tombé tout petit dans la marmite du numérique. Depuis le début des années 2000, il se consacre exclusivement à ses premières amours : les robots. Aujourd'hui patron de Robopolis et d'Awabot, il est également l'organisateur du salon Innorobo qui se tient chaque année à Lyon. 


Transcript de la vidéo :

La Chaine Techno (LCT) : Bruno Bonnell bonjour.

Bruno Bonnell (BB) : Bonjour.

LCT : Et merci d’avoir accepté notre invitation dans L'appart.

- Bruno Bonnell, pourquoi cette passion pour les robots ?

BB : C’est une passion qui remonte à longtemps. J’ai créé mon premier robot, j’avis dix ans, à partir d’un moteur de machine à laver que j’ai démonté... C’était un robot épouvantail. J’avais mis deux morceaux de bois autour de ce moteur. Dans mon imaginaire d’enfant de dix ans, il a vécu une minute, donc je suppose qu’il m’a juste explosé à la figure. Et puis bon, il y a eu le fantasme de la science-fiction. Mais par contre, toujours une conviction, c’est qu’il y avait un moment de technologie à atteindre, ou à attendre, avant que les robots soient là. Et je crois que ce moment est arrivé, donc j’ai pu transformer une passion d’enfance, un fantasme, un rêve, en industrie. Donc finalement, j’ai toujours suivi la même voie qui m’amenait aux robots. Je crois que c’est important d’ancrer la réalité de la robotique dans l’imaginaire des gens et d’arrêter de fantasmer sur le robot androïde, le robot humanoïde. Le fait qu’ils voient dans un même lieu cette année 300 robots, dont une trentaine d’ailleurs qui n’avaient jamais été sortis des laboratoires, le fait qu’ils puissent parler avec des créateurs de robots, ça suscite des vocations, ça ouvre les yeux, ça fait réfléchir. Donc j’espère que les salons vont continuer à avoir ce rôle-là. Alors je pense que par contre ce sera certainement d’autres formes dans le futur parce que les robots auront envahi les maisons, et le niveau d’exigence sera un peu supérieur. Mais c’est une jolie expérience que de faire découvrir à la fois au monde professionnel et au monde personnel la robotique, et un petit peu le futur.

LCT : Quels sont vos robots préférés aujourd’hui ?

BB : Les robots qui m’intéressent, c’est les robots qui sont pensés pour travailler en collaboration avec l’homme. D’ailleurs, je n’utilise presque plus, moi, le mot robot, j’utilise le mot cobot, c’est-à-dire que j’utilise le mot d’un robot qui est collaboratif, ou qui est un compagnon, ou qui est un collègue.

LCT : C’est-à-dire, par exemple ?

BB : Par exemple, le robot qui assiste un chirurgien pour une opération très complexe, où le rôle du chirurgien est valorisé parce qu’il a à analyser précisément ce qu’il faut faire, mais il confie le geste à un robot dont la précision sera des milliers de fois supérieure à la sienne, cette collaboration homme-machine entre un expert comme un neurochirurgien et une machine sophistiquée comme par exemple le robot ROSA, qui est une société qui est à Montpellier, invention française, ça, ça montre qu’on est sur la bonne voie. Je pense qu’il ne faut pas regarder une robotique comme isolée du monde des humains, ni en compétition, mais bien évidemment en collaboration.

LCT : Comment se situe-t-on, nous, Français, dans ce domaine de la robotique, on est plutôt bons ?

BB : La discussion sur les Français et la robotique, c’est une espèce de discussion de rétroviseur. On regarde le nombre de robots industriels qu’on a en France, il est cinq fois inférieur à celui de l’Allemagne, deux fois inférieur à celui de l’Italie. On dit : oh là là, on a tout raté. En fait, on est dans un monde d’opportunités. Ces robots-là, les robots industriels de première génération, c’est un peu les dinosaures de la robotique, c’était des automates sophistiqués. Là, on a une opportunité, c’est qu’on est dans une robotique qu’on appelle de services, sur laquelle la robotique maintenant est beaucoup plus fine, où on a justement cassé cette idée d’un robot qui était monotâche, ils deviennent de plus en plus versatiles, de plus en plus intéressants et sophistiqués à programmer. Donc on n’a pas de base installée, donc on a un champ d’opportunités extraordinaire. Ça, c’est le pour le marché français. Après, sur le plan recherche, on a reconnu dans le monde entier un groupement de recherche robotique qui regroupe 60 laboratoires, c’est énorme pour notre pays, qui sont considérés comme des experts. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si pendant Innorobo, le European Robotic Forum, c’est-à-dire le salon européen de la robotique des experts s’est tenu en France à Lyon, parce qu’il a été soutenu par ce fameux regroupement de robotique. Après, il y a la question de l’entreprise et les start-up en robotique, qui commencent à émerger, et qui effectivement on appris grâce aux années 80, grâce aux autres entreprises numériques, à devenir globales, et commencent à raisonner au niveau international. Donc je pense qu’on s’en sortira pas mal.

LCT : On a beaucoup fantasmé, on a beaucoup vu aussi à Innorobo les exosquelettes, ces espèces d’armures qui décuplent la force des êtres humains. A quoi ça peut servir ?

BB : Je pense qu’on est sur une route de l’exosquelette, qui me rappelle un peu ces premières machines où on essayait, il y avait beaucoup de métal, beaucoup de boulons, on cherchait à explorer… Ils vont se simplifier. Je pense qu’il y aura des costumes un peu comme ceux que nous portons aujourd’hui qui seront capables de faire de l’assistance beaucoup plus fine. Il faut une évolution des matériaux, il faut une évolution des composants, il faut beaucoup de choses plus sophistiquées. Mais ce à quoi ils peuvent servir, dans la même idée du confort de la conduite de la voiture dont on parlait tout à l’heure, on pourrait imaginer que des gens qui sont dans des situations de handicap où qui ont simplement besoin de renforcer leur structure musculaire pour des raisons pratiques, par exemple des gens qui travaillent, des travaux pénibles, à la ferme par exemple, ça se fait beaucoup au Japon, on essaie des exosquelettes sur des fermiers pour qu’ils puissent travailler plus longtemps. Je crois que la piste des exosquelettes, elle va surtout se simplifier, voire, ça fait toujours peur, devenir une piste cybernétique, c’est-à-dire qu’elle s’intègrera à l’être humain, et on pourrait imaginer des prothèses exosquelettes.

LCT : Et vous, ça ne vous fait pas peur ?

BB : Non, ça ne me fait pas peur, parce que je pense qu’on a déjà des objets de ce type-là dans le corps. On a déjà des pacemakers, ils sauvent des vies. Si on peut passer de sauver des vies à améliorer vraiment le confort de vie, on est dans une bonne logique. Alors il y aura une limite à ne pas franchir, une limite éthique. Effectivement, je ne me ferai pas changer le bras juste pour le plaisir de me faire changer le bras. Il devra y avoir des règles éthiques à suivre. Mais je crois que l’homme augmenté sera une réalité de notre quotidien demain. Il l’est de plus en plus dans la prothèse qu’on va qualifier de passive, la hanche, le genou ou que sais-je, il le sera dans la prothèse active, sans aucun doute.

#TIMELINE

LCT : Bruno Bonnell, votre timeline, quelles sont les grandes dates, les grands moments de votre parcours professionnel, on l’a évoqué tout à l’heure, qui est très riche ?

BB : Je crois qu’il y a quelques dates simples, il y a 1983, création d’Infogrames, qui devient un des principaux éditeurs de logiciels de jeux vidéos une vingtaine d’années après. Il y a une date très importante pour moi, c’est la création d’Infonie, c’est 1995, c'est-à-dire bien avant la vague Internet, un fournisseur d’accès Internet, le premier en France, le premier qui donnait au grand public. C’est-à-dire qu’on pouvait avoir accès à Internet dans certaines conditions, mais en termes de grand public, avec cette idée de la box, c’était intéressant. D’ailleurs, vous savez, on appelait la box à l’époque le décodeur, grande erreur marketing. Pourquoi le décodeur ? Parce qu’on voulait faire référence à Canal+, et ça a été une énorme erreur marketing, dont j’assume complètement la responsabilité. Parce que quand j’ai dit décodeur, j’ai donné l’idée que c’était propriétaire, et donc les gens sont partis dans une espèce de réaction... Mais on a fêté, je me rappelle très bien, en 1997, au champagne, notre 10 000e abonné, en disant : c’est incroyable, on a 10 000 abonnés Internet en France, et on était tellement fiers… Alors Infonie, c’est 95, et un lancement en 96. Et une autre belle date quand même, c’est 2006 quand j’ai racheté une petite boutique boulevard Beaumarchais à Paris, qui s’appelait Robopolis. J’ai acheté ça comme un mec qui aime les gâteaux achète une pâtisserie en disant : je ne sais pas ce que j’en ferai, mais c’est sympa. Et puis comme l’aventure Infogrames Atari s’est terminée en 2007, je me suis dis : tiens, je vais me reconcentrer là-dessus. Et finalement, j’ai rejoint mon rêve d’enfance, on revient au départ, d’avoir mes petites pâtisseries, mes petits robots dans la boutique, c’est devenu Robopolis.

LCT : Qui a fermé d’ailleurs, j’y ai été la semaine dernière...

BB : Eh ben oui, elle a fermé, c’est devenu d’abord une boutique de design italien, puis ça a rechangé, je ne sais plus ce que c’est, mais c’est la vie des boutiques de fermer, l’écosystème, il doit tourner.

#FAILS
LCT : Alors Bruno Bonnell, quels sont vos fails ?

BB : Dans l’histoire d’Infonie, la grosse erreur, ça a été de ne pas choisir assez vite de basculer sur HTML et de conserver à l’époque un langage qui était propriétaire, qui s’appelait Ladybird, et je pense que ça a été une vraie erreur. J’aurais dû écouter Bill Gates quand il a basculé, rappelez-vous, de MSN, il a basculé dans l’HTML pratiquement overnight, qui, pour une société comme Microsoft était juste incroyable. Il y a un espèce de Titanic qui change de cap. Pardon pour le Titanic pour Microsoft, ce n’est pas ce que je voulais dire. Il y a un aspect de paquebot qui change de cap... Je ne voulais vraiment pas le dire...

Nous, on n’a pas fait ça assez vite et ça, ça a été une erreur, ça a été une vraie erreur stratégique. Alors, en ce qui concerne la fin d’Infogrames, ce n’est pas une erreur. Ce qui s’est passé, c’est qu’on a fait une erreur de décision sur le financement d’une entreprise, et on a été lâchés par le système financier. Je n’enlève pas la responsabilité de l’avoir fait, puisque le choix initial, c’est moi qui l’a fait. On a financé, avec ce qu’on appelait une dette obligataire, et au moment où il y a eu des retournements, notamment le 11 septembre, qui a fait que notre cours de bourse a été affecté...

LCT : Donc c’est un problème d’argent, ce n’est pas un problème stratégique ?

BB : Non, puisque la société, quand elle valait 60 euros l’action, quand elle valait 6 euros l’action, parce que c’est quand même ce qui s’est passé, était la même société, il y avait les mêmes êtres humains à bord. Et simplement, on a perdu, malheureusement, le soutien, peut-être parce qu’on on a mal géré la confiance, du système financier. Et là, c’est intéressant, parce que ce qui a sauvé Infogrames c’est un hedge fund américain qui a dit : moi, je vais mettre l’argent qu’il faut pour récupérer les dettes bancaires, consolider, etc. Donc il m’a demandé au passage de partir, ce qui n’était pas grave. Mais je constate que cinq ans après, cette gestion justement uniquement financière d’une belle entreprise, elle a amené quasiment à la faillite de cette entreprise, que je regrette. Alors je la regrette terriblement parce que c’est mon bébé, mais d’un autre côté, je me dis : ça montre bien que l’entreprise, ce n’est pas juste une histoire d’argent.

#INNOVATION
LCT : Bruno Bonnell, vous baignez dans l’innovation depuis toujours, depuis que vous avez créé votre premier petit robot, vous nous l’expliquiez tout à l’heure, quelles sont, à votre avis, les innovations qui vont émerger, dans votre domaine ou pas, dans les années qui viennent ?

BB : Il y en a deux ou trois. La première, c’est tout ce qui tourne autour de la manipulation de cellules végétales pour faire des ordinateurs, c’est-à-dire tout ce qui est biocomputing au sens global du terme, c’est-à-dire comment on peut gérer... Vous savez qu’il y a un million d’échanges d’informations chimiques par seconde dans chaque cellule de notre corps. Si on arrivait à garder, à conserver et à la canaliser une partie de cette énergie, ce serait pas mal. Et moi l’idée d’arroser mon ordinateur tous les matins, ça me fait plaisir. Donc je me dis que ça peut être une piste intéressante sur des plans énergétiques, ça peut être une piste intéressante sur le plan de la puissance, sur le plan de l’écologie. Donc il y a une piste intéressante.

LCT : Ce n’est pas pour tout de suite, effectivement.

BB : Non, mais à l’horizon de 20 ans, je pense qu’on sera certainement pas mal là-dedans. Une autre piste des choses qui m’intéressent, ça n’a rien à voir, c’est dans le domaine de la nourriture, c’est effectivement, j’ai vu récemment un jeune designer absolument génial qui m’a dit : on va manger beaucoup d’insectes dans le futur. On ne va pas pourquoi les manger parce que ce ne sera pas accepté, donc on va les réduire en poudre, on va faire de la protéine d’insectes. Qu’est-ce qu’on va faire avec cette protéine d’insectes ? Si on fait des boulettes, ça ne va pas être terrible. Donc il est en train de travailler avec des gastronomes scandinaves pour faire des pâtes, des pâtes qui ont donc des goûts très reconnaissables, des goûts qu’on connaît tous. Donc il fait des fumets, il fait je ne sais pas quoi, c’est avec des chefs qu’il fait ça.

LCT : Vous nous mettez l’eau à la bouche là, c’est formidable.

BB : Oui mais après, c’est là que c’est intéressant, il utilise la technologie des imprimantes 3D pour fabriquer des nouveaux fruits, des nouveaux légumes et des nouveaux produits à manger.

LCT : Et le robot qui pourrait nous ressembler, il vous fait rêver ou pas ?

BB : Pas du tout, moi je fais vraiment partie de la catégorie des gens qui ne croient pas aux androïdes, donc je suis radical là-dessus. Je pense qu’il y a plusieurs raisons qui m’y amènent. D’abord, technologiquement, c’est un challenge absolument fou. Je crois qu’il y a un mec qui a mis plusieurs millions d’années pour nous faire, donc essayer d’imiter l’homme… enfin un mec, je ne sais pas si c’est un mec, ça peut être un groupe de mecs. Je ne sais pas, on va laisser ça au débat religieux. Et on est tellement sophistiqué que je pense que ni sur le plan des matériaux ni sur le plan des logiciels, ni sur le plan des technologies, aujourd’hui, nous avons même une petite idée de ce qu’il faut faire. Alors on fait des poupées, on fait des machins, on fait des trucs, qui sont sympas. Pour la recherche, il faut en faire pour la recherche, mais ça reste vraiment très primaire.

LCT : Ce n’est pas ça l’avenir de la robotique.

BB : Non, mais c’est comme quand les gens ont imaginé de faire des avions. Qu’est-ce qu’ils ont fait ? Vous avez à Paris au Musée des Arts et Métiers, vous avez l’Eole, de Clément Ader, qui croyait qu’il fallait qu’on batte des ailes pour décoller. Donc on a essayé d’imiter les oiseaux, on a vu que ça n’a pas marché. Et là, on a eu la technologie, notamment l’énergie, les moteurs, qui ont permis d’avoir suffisamment de vitesse pour que l’aile puisse créer des turbulences et soulever les avions. Eh bien là, c’est pareil. Pourquoi est-ce qu’on s’obsède à essayer d’imiter l’homme alors que c’est quelque chose de très compliqué, alors que les boîtes de conserve intelligentes, type R2D2, rempliront largement ces fonctions ? Parce que si j’avais été le créateur, pour optimiser l’homme, je ne nous aurais pas fait comme on fait aujourd’hui, je nous aurais mis un œil microscopique et un œil longue-vue, je vous aurais mis un bras micro et puis un bras extrêmement fort. Je nous aurais probablement mis sur roulettes ou sur gyroscope, parce que faut pas déconner, ce serait plus pratique que les deux jambes.

LCT : On pourrait avoir un micro incrusté…

BB : Voilà. Tout ça pour dire que l’homme, il est parfait en tant qu’homme, il n’est certainement pas parfait en tant que machine optimisée. D’ailleurs, la preuve, c’est que quand on veut résoudre des problèmes technologiques, pour le robot aspirateur qui est un exemple très concret, on n’a pas été mettre un androïde qui passe l’aspirateur, on a inventé une galette qui passe sous les lits, etc. Et donc on est parti sur un autre design d’usage. Donc dans le design d’usage, l’homme est le pire des exemples pour les robots. Il est bon pour la science-fiction, il est bon pour le fantasme, il est bon pour la discussion et le débat dans sa relation avec l’homme, mais ça s’arrête là.

 

#PORTRAIT_DE_GEEK
LCT : On va terminer par la question qu’on pose traditionnellement dans cet appart. Est-ce que vous êtes geek Bruno Bonnell ? En vous écoutant, on en est presque persuadé, mais on peut avoir peut-être une petite surprise.

BB : Non, je ne suis pas vraiment geek. Par contre, j’ai tout l’attirail du geek, c’est-à-dire que j’ai 17 écrans chez moi, je les ai compté l’autre jour... Oui, 17, oui. J’ai tous les smartphones que vous pouvez imaginer.

LCT : 17 pièces, ça fait beaucoup quand même...

BB : Non, pas 17 pièces, j’ai dit 17 écrans, ça veut dire qu’il y a plusieurs téléviseurs... Je ne sais pas, on doit avoir trois ou quatre iPad de différentes générations. Et puis en plus, je suis un peu collectionneur, donc je garde. Donc au bout d’un moment, vous avez des tiroirs qui sont plein de téléphones portables, vous avez les tiroirs qui sont plein d’anciennes tablettes. Je dois encore avoir mon Epson X20 dans les années 80 qui était un traitement de texte avec trois lignes, enfin des choses assez sophistiquées.

LCT : Vous avez pensé à ouvrir un musée, non ?

BB : J’ai tout donné, en fait. Je blague, quand j’ai déménagé, j’ai tout donné à un musée en Suisse, oui, j’avais beaucoup, beaucoup de choses. Mais l’idée, je pense que geek, c’est un petit peu péjoratif, ce n’est pas pour ça que je dis que je n’en suis pas un. C’est que ce sont plutôt des gens qui se projettent dans le futur. Donc moi j’aime bien l’idée qu’il y a des gens qui essaient de redistribuer, dans le monde numérique qu’on vit aujourd’hui, qui essaient de redistribuer leur imagination vers le futur. Je crois vraiment qu’on a une rupture aujourd’hui entre le monde analogique, c’est-à-dire en gros les personnes de plus de 50 ans, qui continuent à être ici, j’en fais partie, j’ai 55 ans, donc c’est le monde analogique, et puis ce monde numérique, c’est-à-dire les moins de 25 ans. Et comme ils cohabitent tous aujourd’hui, grâce à Dieu il n’y a pas eu de guerre, il n’y a pas de drame comme la Première guerre mondiale, ou la Deuxième guerre mondiale, qui a éliminé des générations, ils cohabitent tous, et cette incompréhension est réelle. Donc moi je suis en train de faire une campagne pour dire aux anciens : apprenez aux jeunes l’humanité. Et aux jeunes : apprenez aux anciens la technologie. Et justement, on n’est plus dans une distribution de la connaissance qui est dans un sens, mais qui devient vraiment interactive. Et si on arrivait à faire ça, si on arrivait à rétablir ce dialogue, je pense qu’on sera beaucoup plus cool pour les années à venir, et on trouvera effectivement des solutions à toutes les « crises » qu’on nous décrit.

LCT : Plus on devient vieux, plus on devient analogique en fait.

BB : En fait, vous savez, j’ai un très bon ami qui s’appelle Frédéric Kaplan, je vous invite un jour à visiter l’EPFL, qui travaille sur les digital humanities. Il s’est rendu compte que la mémoire digitale de l’humanité est très, très peu profonde, c’est en gros une vingtaine d’années, peut-être 25 ans, et du coup si on se projette à 25 ans, comme ce sera celle-là qui restera, les Wikipedia, les images, Internet, etc., on va oublier de la mémoire analogique de l’humanité. Donc il travaille en ce moment par exemple sur le Facebook de Jean-Jacques Rousseau ou sur le Google map de la Venise du 14e siècle. Parce qu’il dit : je ne veux pas qu’on les perde, donc il ne faut pas qu’ils restent dans les bibliothèques.

LCT : Il faut numériser tout ça.

BB : Non seulement numériser, mais il faut maintenant les rendre logiques et abordables pour les réseaux sociaux du futur. Donc ça, je trouve que si les geeks du monde entier pouvaient s’y mettre, c’est-à-dire digitaliser le passé grâce aux anciens, on ferait un super progrès.

LCT : Alors, ça pourrait être le mot de la fin, mais quand même, une petite question très terre à terre pour conclure, puisqu’on la pose à tous nos invités, quel est votre smartphone ? Vous êtes plutôt iPhone, Android, Blackberry ? 

BB : Alors, j’ai les deux, j’ai Blackberry et iPhone. Je suis Android aussi, mais pour une autre raison, c’est que l’operating system qui semble s’imposer maintenant au niveau de la robotique, c’est Android, donc en gros, je me balade toujours avec trois smartphones sur moi, deux qui restent au fond de mon sac, et un qui est dans ma poche, mais je ne vous dirai pas lequel.

LCT : Et les réseaux sociaux ?

BB : Réseaux sociaux, j’ai tout, j’ai un Twitter, j’ai un Facebook, j’ai une page Facebook. Donc mon Facebook privé, c’est pour mes amis, ma page Facebook, c’est plus pour le grand public. Sachant que, je vous faire un aveu, je ne voulais pas aller sur Facebook, et c’est une grande erreur, parce que je crois qu’il faut qu’on s’impose de digitaliser notre vie, parce que l’interaction avec ces machines qui nous aideront demain, passera par leur connaissance intime de notre intimité numérique.

LCT : Et ça passera par les réseaux sociaux.

BB : Et ça passera certainement par les réseaux sociaux. Donc j’encourage vraiment les gens à digitaliser leur vie. Même si ça leur paraît inutile aujourd’hui, ça servira demain. Donc racontez que vous allez au resto…

LCT : Avec une certaine limite quand même, non ?

BB : Les limites que les gens donneront à leur intimité numérique. Ce n’est pas à moi de le choisir.

LCT : Merci Bruno Bonnell.

BB : Je vous en prie.

LCT : Merci d’avoir été notre invité dans L'appart. Eh bien voilà, L'appart revient dans deux semaines, bien évidemment. D’ici là, portez-vous bien.

- Salut à tous

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