Frédéric mazzella, créateur de covoiturage.fr (Blablacar)

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Le 16 / 09 / 14 | Posté par la rédaction de SFR
Frédéric mazzella, créateur de covoiturage.fr (Blablacar)

Pour ce 27ème épisode de L’appart, nous recevons Frédéric Mazzella, cofondateur du site covoiturage.fr (blablacar), qui a également travaillé à la NASA.

Pour SFR et La Chaîne Techno, Il revient sur les étapes de son parcours atypique et la genèse de son projet. Pour ce geek diplômé de Stanford, la France a encore beaucoup à apprendre en terme d’innovation, surtout dans les domaines de l’ergonomie et du design produit. Selon lui, il faut encourager les innovations qui produisent du changement social et pas seulement celles qui apportent des atouts technologiques.  Interview.

Diplômé de Normale Sup et de Standford, ce vendéen de moins de 40 ans a travaillé à la Nasa avant de fonder en 2004 le site covoiturage.fr devenu aujourd'hui Blablacar. Frédéric Mazzella surfe sur la tendance de la "consommation collaborative".

 

Transcript de la vidéo :

- Salut à tous et bienvenue dans ce nouveau numéro de L'appart sur la chaîne Techno 01 Net. L’appart, c’est toutes les deux semaines, vous le savez, un entretien avec un décideur de l’innovation.

- Et aujourd’hui, nous recevons Frédéric Mazzella, il dirige le site de covoiturage BlaBlaCar.

#REPORTAGE

Diplômé de Normale Sup et de Stanford, Frédéric Mazzella est une grosse tête. Ce Vendéen de moins de 40 ans a travaillé à la NASA avant de fonder en 2004 le site Covoiturage.fr devenu aujourd’hui BlaBlaCar. Frédéric Mazzella surfe sur la tendance de la consommation collaborative.

La Chaîne Techno (LCT) : Frédéric Mazzella, bonjour.

Frédéric Mazzella (FM) : Bonjour.

LCT : Et merci d’avoir accepté notre invitation dans L’appart.

FM : Bonjour, merci.

LCT : Frédéric Mazzella, vous êtes venu en voiture ?

FM : Ah non, je suis venu à pied.

LCT : Ah bon ?

FM : Oui, d’ailleurs il pleuvait un petit peu.

LCT : Donc pas de covoiturage pour vos déplacements personnels ?

FM : Si, beaucoup, mais plutôt sur la longue distance. En fait, ce qu’on favorise, nous, beaucoup, ce sont les déplacements de longue distance. La moyenne c’est 350 kilomètres, donc ça va être Paris-Rennes à 20 euros, Paris-Lyon à 25 euros, Paris-Lille à 15 euros. Enfin, je peux vous sortir toute la table des prix, mais c’est plutôt du longue distance, ce n’est pas du courte distance. Pour les petits déplacements, c’est autre chose.

LCT : BlaBlaCar, ex-Covoiturage.fr, et aujourd’hui, des milliers d’utilisateurs.

FM : Des millions. On a plus de 3 millions de membres, oui.

LCT : Ça se voit que tu ne pratiques pas le covoiturage.

- Je suis fâché avec les chiffres.

FM : Donc en fait, ça représente aujourd’hui 600 000 passagers par mois, c’est-à-dire l’équivalent de 1 500 TGV pleins de personnes transportées chaque mois. C’est devenu un vrai phénomène, qui dépasse maintenant les frontières, puisqu’on a commencé en France avec Covoiturage.fr. Pour s’étendre à l’international, on a pris un nom qui passe mieux, parce que Covoiturage ou Covoiturage, ça ne marchait pas.

LCT : Mais blabla, ça veut dire quoi ?...

FM : Eh bien blabla, ça veut dire la même chose dans toutes les longues, en fait. Cela veut dire pareil dans toutes les langues, ça marche en espagnol, en italien, en anglais, en allemand, en français, enfin dans toutes les langues. Du coup, BlaBlaCar, c’est venu du fait que quand on inscrit sur le site, on choisit ses préférences, et notamment, si on parle beaucoup ou pas. On dit si on fume ou pas, parce que ça c’est important en voiture, on dit si on accepte ou pas les animaux, et on dit si on parle beaucoup ou pas, en indiquant si on est plutôt bla, plutôt blabla ou plutôt blablabla, d’où BlaBlaCar.

#TIMELINE

LCT : Frédéric Mazzella, votre time line. Vous avez un CV long comme le bras, impressionnant. Vous avez fait Normale Sup, Ulm à Paris, donc grande école, vous avez fait Stanford, aux Etats-Unis, vous avez travaillé à la NASA, c’est vrai ou vous étiez... ? Qu’est-ce que vous faisiez à la NASA ?

FM : Oui, c’est vrai...

LCT : Vous avez appuyé sur les boutons ?

FM : Non, ce n'est pas moi qui lançais les fusées, malheureusement. Si j’étais resté, peut-être qu’au bout de 40 ans, j’aurais fini par appuyer sur le bouton. Mais non, en fait, je travaillais sur de la chirurgie virtuelle, qui était en fait une nouvelle discipline qu’ils lançaient, puisque le but était de former des chirurgiens à des opérations qu’ils n’avaient jamais faites, de manière à pouvoir les envoyer dans un vol spatial longue durée, avec des astronautes, et si un astronaute se blesse, on peut à ce moment-là s’entraîner sur la boîte noire chirurgie virtuelle que nous concevions pour avoir plus de chances de réussite lorsqu’ils opèrent la vraie personne.

LCT : Alors comment on passe de la NASA et puis ensuite de détours par le Japon etc., au covoiturage ?

FM : Je ne sais pas, le transport...

LCT : Certes, bonne réponse.

- De la fusée au...

- Mais encore ?

FM : Non, ça n’a pas de lien. Le covoiturage...

LCT : C’est plus l’envie de monter votre entreprise ?

FM : Alors, il y avait cette idée-là. C’est vrai que je cherchais des idées qui pouvaient marcher. Ce qui est marrant, c’est que quand je cherchais des idées, je trouvais tout le temps des idées nulles, c’est-à-dire que j’ai eu 25 idées, dont 24 étaient nulles et que j’ai jetées. Et puis un jour je ne cherchais pas d’idées et elle m’est tombée dessus. C’est le covoiturage. C’est parce que je devais rentrer en Vendée, puisque je suis Vendéen, et je devais rentrer en Vendée depuis Paris ; et puis tous les trains étaient complets et je voyais le moment où j’allais rater la fête familiale en fait. Là, j’étais au dernier moment...

LCT : Et ça, en Vendée, ça ne pardonne pas, rater une fête familiale.

FM : C’est surtout que c’est décevant quoi.

LCT : Un peu partout d’ailleurs.

FM : Arriver le lendemain, c’est...

LCT : Alors, qu’est-ce que vous avez fait ? Vous avez vite fait un site web en disant : voilà, il faut absolument que je trouve une voiture, je vais faire un site...

FM : Non, non, en fait...

LCT : Mais ça vous a inspiré, vous vous êtes dit : tiens, il y a quelque chose à faire ?

FM : Oui, c’est là que je me suis dit : tous les trains sont pleins mais je suis sûr que toutes les voitures sont vides. Il y a des milliers de voitures qui roulent et qui sont vides. 

LCT : En même temps, c’est vieux comme le monde l’autostop. Moi, je faisais ça quand j’étais très, très jeune, et on s’inscrivait. C’était par téléphone ou par minitel...

FM : L’autostop, c’était une excellente idée, mais avec les mauvais outils, c’est-à-dire pas d’outils du tout en fait. On ne sait pas avec qui on part, on ne sait pas quand on part...

LCT : C’est la préhistoire quoi !

FM : C’est vraiment la préhistoire de l’idée. Par contre, aujourd’hui, avec les outils Internet qu’on a, on est capable de construire une couche de confiance qui fait qu’on modifie complètement l’activité, et on la transforme en un véritable moyen de transport. On sait quand on part, on sait avec qui on part, et on est en mode service, c’est-à-dire que le conducteur, il a la notion du fait qu’il transporte des gens et qu’il faut que tout se passe bien.

#FAILS

LCT : Frédéric Mazzella, vos fails, est-ce que vous avez trébuché ?

FM : Alors, on a eu une période, enfin j’ai eu une période où pendant plusieurs mois on avait arrêté le projet, parce que, en fait, le parcours entrepreneurial, surtout au début, c’est u yo-yo émotionnel. C’est-à-dire qu’un jour on se réveille, on se dit : je vais changer le monde, et puis le lendemain...

LCT : Le lendemain, c’est la déprime...

FM : On se dit : je suis en train de mettre ma vie à la poubelle, parce que j’ai 30 ans, ça devrait être le moment où je construis ma carrière, et je suis en train de faire un site web sur lequel il n’y a personne. Quand on a attrapé quelqu’un qui propose un Paris-Strasbourg jeudi 18 h, et qu’on arrive à convaincre un passager qui cherche un Toulouse-Narbonne lundi 8 h, et qu’on leur dit : bon, vous êtes deux sur le site...

LCT : Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

- Essayez de faire un truc ensemble...

FM : Ça ne marche pas du tout ! Donc en fait, au début, les gens... Les offres ne trouvent jamais les demandes.

LCT : Est-ce que ça vous est arrivé de changer d’itinéraire pour justement prendre un internaute qui était sur votre site pour lui faire plaisir ?

FM : Non, par contre, une fois, ce qui m’est arrivé, avec Nicolas, mon associé, au début, on vendait beaucoup de plateformes aux entreprises ; et puis donc, du coup, on se déplaçait pour aller voir les entreprises, et puis des fois on prenait des covoitureurs sur la route. Une fois, on avait pris un covoitureur, et donc on le travaille beaucoup, sur le site, parce qu’on fait beaucoup ça, on ne dit pas qui on est, mais on essaie d’avoir du retour, du vrai ; donc on ne dit pas d’où on vient. Et puis au bout d’un moment, on lui explique, et là, il nous dit : ah mais c’est comme ça que ça marche. Vous faites le tour de France avec votre voiture pour transporter tout le monde ?

LCT : C’est génial !

- C’est curieux comme job…

FM : On lui dit : non, non, ça n’a rien à voir. On faisait juste le trajet-là et puis on t’a pris mais...

LCT : Juste, est-ce qu’il n’y a pas un fail à venir qui est la réaction de certains professionnels ? On voit qu’à New York, aujourd’hui, les hôteliers ont fait en sorte que Airbnb freine ses ambitions à New-York. Est-ce que demain, ce n'est pas les chauffeurs de taxi, les transporteurs, la SNCF, qui vont vous tomber sur le poil en vous disant : concurrence déloyale ?

FM : Alors, grosse différence par rapport justement à cette activité de logement chez l’habitant, c’est que tous nos conducteurs, enfin aucun de nos conducteurs n’est en situation de bénéfice, c’est-à-dire que la limite du...

LCT : Oui mais est-ce que ce n'est pas un manque à gagner pour des professionnels à un endroit ou à un autre ?

FM : En fait, c’est du partage des frais, c’est-à-dire que demain, à ce moment-là, si on commence à aller dans ce sens-là et on dit : le covoiturage est illégal. Déjà, il y a un arrêté qui est sorti il y a quelques mois...

LCT : Parce qu’à San Francisco, pardon de vous couper, mais ça marche dans la ville le covoiturage, ça marche très bien, et les chauffeurs de taxi sont fous de rage.

FM : Mais c’est autre chose. C’est encore une autre activité. C’est-à-dire que si demain on dit : partager les frais en voiture ce n’est pas autorisé, à ce moment-là, si vous partagez les frais avec des amis et que vous partez en vacances, vous êtes hors-la-loi. Il y a un problème. Ou si vous partagez en famille, ce n’est pas possible non plus. D’une part, ce n'est pas possible parce qu’on est dans le partage des frais, mais aussi, du coup, on n’est pas du tout, ce n’est pas du tout une activité bénéficiaire, donc ça ne peut pas être concurrent, puisque les gens ne le font pas pour des raisons de business, ils le font simplement parce qu’ils ont des places libres, et ils partagent les frais.

#INNOVATION

LCT : Quel est votre regard sur l’innovation aujourd’hui ? Est-ce qu’il y a quelque chose qui vous fait particulièrement tilter ?

FM : Au niveau mondial, je trouve qu’il y a beaucoup de gens qui font mieux que nous. Sur le numérique, je pense qu’en fait, ce qu’on a oublié peut-être, enfin, on est en train de se rattraper mais...

LCT : En fait, c’est un fail national que vous êtes en train de nous raconter, c’est ça ?

FM : Sur certains domaines, c’est-à-dire que je pense qu’on ne considère pas assez l’importance de l’innovation en ergonomie et en changements sociaux. C’est-à-dire qu’on a une certaine vision, nous, de l’innovation, je trouve qui est assez technologique et ancienne, en disant : il faut qu’il y ait de la R&D, il faut qu’il y ait des trucs hyper compliqués, oui... Et puis des formules... 

LCT : Il ne faut surtout pas que ça change les choses dans la vie des gens, quoi...

FM : Et ensuite, je pense qu’on gagnerait à considérer l’innovation tout simplement comme aussi des nouveaux usages et des choses plus faciles à utiliser, des choses qu’on faisait à l’ancienne, qui étaient dures, et que maintenant on fait beaucoup mieux. Donc l’amélioration, c’est aussi de l’innovation. Je pense qu’on voit arriver des produits très souvent des Etats-Unis qui sont d’une finition parfaite, alors que nous on dit : nous, on sait faire aussi, regarde, tu cliques là, tu cliques là, tu cliques là, tu cliques là, c’est la même chose...

LCT : Sauf que c’est moche et ça ne marche pas très bien.

LCT : Il faut cliquer dix fois, c’est ça.

FM : Ça ne marche pas aussi bien. Je pense qu’on a beaucoup à apprendre en termes d’ergonomie, de design produit ; et qu’il faut encourager aussi les innovations qui font du changement social et pas uniquement celles qui apportent des atouts technologiques.

#PORTRAIT_DE_GEEK

LCT : Frédéric Mazzella, est-ce que vous êtes un geek ? Et est-ce que vous êtes un fan de smartphones, de réseaux sociaux ? Est-ce que vous achetez la dernière tablette, le dernier PC, des choses comme ça ?

FM : Alors, la notion de geek s’est élargie ces dernières années...

LCT : Chacun peut avoir sa définition du geek.

- Si vous arrivez à monter vous-même votre propre pc en watercooling, vous pouvez nous le dire aussi.

FM : Je le faisais il y a quelques années, seulement les technos ont bien changé et je ne le fais plus.

LCT : Mais ça vous parle malgré tout...

- Oui, mais vous n’êtes pas intéressé par toutes les nouveautés high-tech qui nous entourent ?

FM : Si, si, je suis connecté en permanence avec mon téléphone et mon ordinateur, et je suis sur les réseaux sociaux, évidemment, toutes les choses-là, mais...

LCT : Parce que c’est votre métier finalement...

FM : La définition du geek que je cherche à mieux comprendre, je ne sais pas démonter ce truc-là, par exemple…

LCT : Personne ne sait.

- Votre smartphone, c’est quoi ?

FM : C’est un Samsung.

LCT : Un choix réfléchi ?

FM : J’étais sur iPhone avant, j’ai changé parce que l’écran était plus grand, parce que je voulais aussi... j’avais une certaine notion, petit à petit, d’être un peu emprisonné dans l’univers Apple. J’étais rentré, mais je me disais : Apple, c’est un peu un appartement où il y a une poignée pour rentrer, et puis une fois qu’on est dedans, il n’y a plus de poignée pour sortir, il faut repasser par-dessus les murs, c’est un peu cette impression-là. Je me suis dit : oh là, les murs sont en train de monter parce que je suis en train de mettre toute ma vie dans l’univers Apple. Et je me suis dit : bon, je vais sortir avant d’être totalement enfermé. Il y a des gens qui sont complètement...

LCT : Et Android vous semble plus ouvert, c’est ça ?

FM : Oui, enfin disons que ça communique un peu plus avec d’autres... J’ai l’impression que c’est plus facile. Par exemple, rien que pour exporter mes contacts, depuis mon iPhone, j’y passais trois heures. La poignée a été coupée.

LCT : C’est le concept de la prison dorée quoi...

- On est dans un environnement et on y est bien, ou on n’y est pas bien,  mais voilà... Dernière question : réseaux sociaux, Twitter, Facebook, les deux ?

FM : Plutôt Facebook. Twitter, par contre, je lis beaucoup. C’est une question dure : plutôt Twitter ou plutôt Facebook ? C’est : les deux mon capitaine. Je fais du Twitter aussi, parce que très souvent, je pense qu’il y a une news sur deux que j’apprends par Twitter. Parce que, en étant connecté avec les bonnes personnes, qui ont les mêmes centres d’intérêts que nous, on apprend des informations qui nous intéressent. Donc une information sur deux qui me concerne, très souvent professionnellement plutôt, provient de Twitter.

LCT : Merci Frédéric Mazzella d’avoir été notre invité. Cet appart est terminé, merci d’avoir été avec nous, et on sera là bien évidemment dans deux semaines.

- Salut à tous.

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