L'appart épisode 28 : Emmanuel Schalit, fondateur de Dashlane

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Le 12 / 09 / 14 | Posté par la rédaction de SFR
L'appart épisode 28 : Emmanuel Schalit, fondateur de Dashlane

Tous les 15 jours, L’appart reçoit un décideur de l'innovation pour un entretien vidéo mené par Jérôme Colombain et François Sorel, de La Chaîne Techno en coproduction avec SFR. Entrepreneurs, chefs d'entreprise, créateurs de start-up… Ils nous font part de leurs succès, mais aussi des échecs qui leur ont permis d’avancer, et nous donnent leur point de vue sur les dernières tendances en matière d'innovation.

Pour ce 28ème épisode de L’appart nous recevons Emmanuel Schalit, fondateur du logiciel Dashlane, l’ange gardien du mot de passe. Pour SFR et La Chaîne Techno, Il revient sur les étapes de son parcours très éclectique. Pour cet entrepreneur « dramatiquement geek », comme il aime se surnommer lui-même avec humour, les innovations en terme de protection sur Internet n’apparaitront pas avant de nombreuses années, et la véritable solution de sécurité réside aujourd’hui dans Dashlane. Rencontre.

Après 15 ans d'expérience dans l'univers des médias et du divertissement, notamment chez Vivendi, Emmanuel Schalit souhaite aujourd'hui révolutionner la gestion des mots de passe. Dashlane est un coffre-fort virtuel et un assistant pour le shopping en ligne. Cette start up franco-américaine connaît un succès croissant auprès des internautes.

Transcript de la vidéo :

Salut à tous et bienvenue dans ce nouveau de L’appart. L’appart, vous le savez, c’est toutes les deux semaines sur la chaîne techno 01net, un entretien privilégié avec un décideur de l’innovation.

Et aujourd’hui on parle de la problématique des mots de passe, avec Emmanuel Schalit, le patron de Dashlane.

#REPORTAGE

Après quinze ans d’expérience dans l’univers des médias et du divertissement, notamment chez Vivendi, Emmanuel Schalit souhaite aujourd’hui révolutionner la gestion des mots de passe. Dashlane est un coffre-fort virtuel et un assistant pour le shopping en ligne. Cette start-up franco-américaine connaît un succès croissant auprès des internautes.

La Chaîne Techno (LCT) : Emmanuel Schalit, bonjour et merci d’avoir accepté notre invitation dans L'appart.

Emmanuel Schalit (ES) : Bonjour, merci de votre invitation.

LCT : Emmanuel Schalit, c’est quoi Dashlane ?

ES : Dashlane, c’est la solution aux problèmes des mots de passe, problèmes que 2 milliards d’internautes ont aujourd’hui sur leurs ordinateurs et sur leurs mobiles.

LCT : La problématique des mots de passe, c’est quoi, excusez-moi Jérôme, mais aujourd’hui, tout est sous mot de passe, les comptes en banque, les réseaux sociaux, etc., les mails… On a tendance toujours à avoir le même mot de passe pour la plupart de ses comptes importants. C’est un problème ça ?

ES : Oui, c’est un problème, parce qu’aujourd’hui une part importante de notre vie, de notre identité numérique réside dans ce qu’on appelle maintenant le cloud, il y a beaucoup de données personnelles qui sont stockées à la fois par des administrations et des entreprises nous concernant. Et la seule protection de cette information, le seul rempart qui sépare cette information d’une industrie de la piraterie informatique qui est devenue une industrie mondiale, ce sont des mots de passe. Et utiliser le même partout, ça veut dire que si un site, même dont vous avez oublié l’existence est piraté un jour, les hackers ont ce mot de passe qu’ils vont pouvoir réutiliser partout ailleurs.

LCT : Concrètement, quand on installe le logiciel Dashlane sur son ordinateur, on va quand même avoir un mot de passe unique, pour le coup on n’en a plus qu’un à retenir, mais qui donne accès à tous les autres et ça nous simplifie la vie.

ES : Absolument. C’est plus simple de se souvenir d’un seul mot de passe. Mais pour que ça vous simplifie la vie tout en maintenant votre sécurité, c’est un outil qui va vous permettre d’avoir sur chaque site un mot de passe différent, probablement même d’ailleurs assez complexe, aléatoire, que vous n’avez pas besoin de connaître parce que plus jamais, une fois que vous avez installé Dashlane, vous n’aurez à vous souvenir, à taper, ou même à inventer un mot de passe pour un nouveau site. Dashlane va automatiser tout ça pour vous.

LCT : C’est vrai que c’est pratique, c’est le logiciel qui crée le mot de passe, qui le génère, et puis il est stocké, on ne s’en occupe même plus.

ES : Et qui le tape pour vous sur votre PC, sur votre Mac, sur votre mobile. Vous n’avez même plus à le taper.

LCT : Donc il faut installer un logiciel, ça se fait dans le cloud, comment ça fonctionne ?

ES : Vous installez sur vos différents appareils, sur votre PC, sur votre Mac, sur votre téléphone IOS, sur votre téléphone Android, vous installez l’application Dashlane. Toutes ces applications se parlent, sont synchronisées à l’aide du cloud, et toutes les informations que vous y rentrez, notamment les mots de passe, sont disponibles partout.

LCT : Alors Emmanuel Schalit, tout est piratable aujourd’hui, et on se dit que si un pirate arrive à pirater les mots de passe de mon mail ou de mes réseaux sociaux, il pourrait très bien trouver mon mot de passe Dashlane.

- Et là on est mal…

ES : Le mot de passe Dashlane, le mot de passe maître, celui avec lequel vous créez votre compte, il est stocké nulle part dans l’univers, ni sur vos ordinateurs, ni sur nos serveurs. Il n’existe que dans votre tête. Et ce mot de passe maître, il sert à chiffrer avec des techniques de robustesse militaire, la totalité des informations que vous rentrez dans Dashlane. Le choix qu’on a fait, c’est que pour être certain que les pirates ne puissent pas accéder à vos données, on a fait en sorte que nous-mêmes on ne puisse pas y accéder. Sur nos serveurs, il y a des dizaines de millions de fichiers qui contiennent les données de nos utilisateurs, tous chiffrés avec des clés différentes que nous n’avons pas. Au fond, ce qu’on a fait, c’est qu’on a choisi de jeter la clé au fond du puits et de se dire que la seule manière que les pirates ne puissent pas nous attaquer, c’est de faire en sorte que nous-mêmes on ne puisse pas avoir accès aux données de nos utilisateurs.

#TIMELINE

LCT : Emmanuel Schalit, quelles sont les grandes étapes de votre vie professionnelle jusqu’à aujourd’hui Dashlane ?

ES : J’ai eu la chance d’avoir une vie professionnelle très diverse, partagée entre les Etats-Unis et la France. J’ai eu la chance de travailler dans des secteurs très divers également puisque j’ai travaillé dans le jeu vidéo, dans le jeu sur Internet, dans l’édition, tout ça au sein d’un grand groupe de communication qui s’appelait et qui s’appelle encore Vivendi, même si son périmètre a changé. Et plus récemment, j’ai été le directeur général d’un grand groupe d’édition français qui s’appelle le groupe La Martinière pendant quatre ans. Et juste avant Dashlane, j’ai eu le plaisir de diriger une des grandes entreprises d’affichage en France qui s’appelle CBS Outdoor, qui est l’ancien Giraudy. Et j’ai rejoint Dashlane au printemps 2011.

LCT : Dashlane aujourd’hui intéresse beaucoup les Américains.

ES : Alors Dashlane intéresse beaucoup les Américains parce qu’il se trouve qu’encore aujourd’hui, le marché américain est un marché fondamental dans le domaine de l’Internet, pour plusieurs raisons. D’abord c’est parce que les grands investisseurs de l’Internet, les grands fonds de venture capital, ceux qui ont créé les Twitter, les Facebook, les LinkedIn sont aux Etats-Unis. Ce sont deux fonds américains, Roventure et Firstmark capital, qui financent l’essentiel du développement de Dashlane.

LCT : Il n’y a pas d’investisseurs français ?

ES : Il y a des investisseurs individuels français, mais il n’y a pas d’investisseurs institutionnels français.

LCT : Et le ministre Montebourg vous a laissé faire ?

- Vous êtes une pépite aussi vous.

ES : Oui, on est une pépite, mais en même temps on crée de l’emploi en France. Moi je suis fier qu’en deux ans on ait créé pratiquement 30 emplois en France qui sont des emplois en CDI, bien rémunérés, et que ces emplois, on n’a pas du tout l’intention de les délocaliser. Maintenant, la vérité c’est que les investisseurs qu’on a trouvé, on ne les aurait probablement pas trouvé en France. Et puis aujourd’hui, parce que Dashlane est essentiellement pour l’instant en anglais et en français, notre plus gros marché, c’est le marché américain, et 70 % de nos utilisateurs sont aux Etats-Unis.

LCT : Est-ce que c’est parce que les Américains sont un petit peu en avance par rapport à nous que Dashlane marche mieux là-bas ? Ils ont peut-être pris plus vite conscience de l’importance des mots de passe que nous, Français ?

ES : C’est vrai que, comme on le voit à travers l’étude qu’on a fait avec l’IFOP pour analyser le comportement des Français, la prise de conscience n’est pas encore la même dans notre pays que celle qu’elle peut être outre-Atlantique. Au-delà de ça, il y a un bête effet de taille, c’est que le marché américain de l’Internet, c’est sept fois le marché français ; et donc en gros, avec le même effort, vous avez sept fois plus d’utilisateurs. Maintenant, moi je suis fier, et je vous disais que 70 % de nos utilisateurs sont Américains, 20 % sont Français et on croît aussi très rapidement en France.

#FAILS

LCT : Emmanuel Schalit, est-ce que durant votre parcours d’entrepreneur vous avez eu des fails ? Est-ce que vous avez trébuché ?

ES : La caractéristique du métier d’un entrepreneur, c’est qu’on fail plusieurs fois par jour. Non mais je ne le dis même pas comme une plaisanterie, c’est-à-dire que réellement, moi et puis les gens avec qui je travaille, on fait des erreurs fréquemment. On fait des erreurs fréquemment parce qu’on invente un nouveau business et que ce n’est qu’en se trompant qu’on comprend ce qu’il faut faire. Donc chez Dashlane, on en a fait aussi, mais on essaie d’apprendre très vite avec des cycles très courts. Je pense que la plus grosse erreur de ma carrière, ça a été un jour, il y a un nombre importants d’années, on m’a proposé un très gros job, diriger une filiale qui faisait 1, 5 milliards d'euros de chiffre d'affaires avec des milliers et des milliers de salariés dans le monde entier, et je n’ai pas résisté à l’appel de cet énorme job, j’étais encore assez jeune. C’est le plus gros job que j’ai jamais eu, mais ça a été le moins intéressant aussi. Et je prends infiniment plus de plaisir dans mon métier actuel.

LCT : C’était quoi ?

ES : C’était d’être à la tête d’une très grande division dans un très grand groupe. Peu importe. Mais ça a été ça mon erreur, ça a été de me dire : oui, on me propose ce job, je ne peux pas refuser.

LCT : Et vous avez cédé aux sirènes ?

ES : Oui, aux sirènes de la taille. C’était à 38 ans diriger une branche de 1,5 milliards d'euros C’était : ça y est, j’étais arrivé. Et en fait c’était le job le moins intéressant que j’ai eu.

#INNOVATION

LCT : Dans le domaine de l’innovation, on peut imaginer aussi que finalement les mots de passe vont vite innover, et être peut-être révolutionnés par la biométrie, peut-être par l’empreinte digitale, peut-être par l’iris, enfin, je ne sais pas trop… Est-ce que finalement, ce n’est presque pas old school maintenant d’avoir un mot de passe avec des chiffres, des lettres et des étoiles. Est-ce qu’il ne faut pas réfléchir peut-être au futur ?

ES : Réfléchir au futur, c’est la base du métier d’un entrepreneur. Donc la question que vous vous posez, on se l’est beaucoup posée. Je vais prendre un parallèle. Si vous prenez une tablette ou un smartphone et que vous regardez son clavier. Comment sont disposées les touches ? Elles sont disposées en France avec un A, Z, E, R, T, Y, aux Etats-Unis, Q, W, E, R, T, Y. Peu de gens se souviennent du fait que si votre clavier est comme ça, c’est parce que dans les années 1880, pour des raisons d’espacement des marteaux des machines de photocomposition, il a fallu adopter cette disposition.

LCT : Pour ne pas qu’elles s’enrayent et qu’elles se bloquent...

ES : Elle n’a plus aucun sens aujourd’hui, et même sur des machines qui ont des claviers complètement virtuels, on la conserve. C’est ce qu’on appelle un standard de fait, un standard de facto. Ce n’est même pas réglementaire en fait, c’est juste une habitude. Les mots de passe, le problème est le même. Bien sûr que s’il n’y avait aujourd’hui des systèmes qui pouvaient, à l’aide de mécanismes biométriques ou autres remplacer les mots de passe, ça aurait des tas d’avantages. Mais les obstacles à ce que ça se produise sont considérables. D’une part, il y a des obstacles économiques, ça coûte extrêmement cher, c’est compliqué à mettre en œuvre. Il n’y en a pas aujourd’hui qui puissent être déployés aussi massivement que ça. Et puis surtout, il y a un autre obstacle encore plus considérable, ce qu’on appelle un network effect, un effet de réseau, c’est qu’il y a 630 millions de sites Web dans le monde qui utilisent des mots de passe, et qu’avant qu’ils décident de remplacer les mots de passe par autre chose, il faut que cet autre chose soit adopté par les consommateurs. Et avant que les consommateurs décident d’adopter autre chose, il faut que ce soit adopté par les sites web. Donc tout ça, ça peut durer très, très longtemps.

LCT : On est d’accord que le sens de l’Histoire, c’est que les mots de passe disparaissent et qu’on s’identifie d’une autre manière. On est d’accord là-dessus ?

ES : A long terme, vous avez raison. Le problème, c’est que ça peut mettre 40 ou 50 ans avant de se produire.

LCT : Ce ne sera pas à plus brève échéance à votre avis ?

ES : Nous on est convaincus que non, parce que encore une fois, l’effet de réseau est absolument considérable. Les obstacles économiques font qu’il n’y a pas de solution qui peut émerger à court terme. C’est pour ça que dans le monde d’aujourd’hui, où on a tous 50, 60, 100, peut-être bientôt 200 mots de passe, dans un monde où la piraterie informatique est devenue une industrie, il faut une solution, qui est un gestionnaire de mots de passe.

#PORTRAIT_DE_GEEK

LCT : Alors Emmanuel Schalit, êtes-vous un geek ?

ES : Oui, oui, je suis assez dramatiquement geek. Je ne peux même pas vous dire combien d’ordinateurs différents j’ai chez moi.

LCT : Mais vous allez dans le goudron, vous ouvrez, vous y allez ?

ES : Oui, j’ouvre, je programme, je modifie... Je suis un ancien développeur informatique, donc je suis très, très geek. Irrémédiablement atteint.

LCT : Quel smartphone utilisez-vous ?

ES : J’en ai deux, j’ai un iPhone 5 et un S4 en fait.

LCT : Œcuménique…

ES : Et puis en plus un iPad...

LCT : Il ne vous manque plus qu’un WindowsPhone.

ES : Oui, absolument.

LCT : Pourquoi est-ce que vous êtes sur tous les tableaux ?

ES : D’abord parce que pour mon métier, j’ai besoin de tester et de comprendre ces plateformes. Et puis parce que fondamentalement, d’abord ça me passionne, je collectionne les gadgets technologiques ; et puis au-delà de ça, un utilisateur d’Android, ça n’a rien à voir avec un utilisateur d’iPhone, leurs attentes ne sont pas les mêmes, les expériences utilisateurs ne sont pas les mêmes, et il faut être intime avec ça.

LCT : D’ailleurs quand on met les deux dans la même pièce, il faut les séparer au bout d’un moment…

ES : C’est vrai. Donc quand on a les deux, on est un peu schizophrène, comme moi. 

LCT : Côté réseaux sociaux, est-ce que vous êtes présent sur Twitter, Facebook ?

ES : Je suis présent sur Twitter et Facebook, je n’ai pas autant de followers que des gens prestigieux comme ceux que j’ai en face de moi, mais je suis tout à fait présent, actif, sur Twitter, sur Facebook, sur LinkedIn. Ce sont des outils indispensables aujourd’hui. Mais même pour moi à titre personnel, je lis quelque chose qui me passionne, j’ai envie de le partager sur Twitter.

LCT : Qu’est-ce que vous préférez, Facebook, Twitter ?

ES : Ah moi, les deux auxquels je suis le plus accroché c’est Twitter, parce que je trouve que c’est un média vraiment nouveau, extraordinaire ; et LinkedIn parce que ça m’est indispensable professionnellement, pour recruter...

LCT : Très bien, on vous suivra sur Twitter, donc. Merci beaucoup Emmanuel Schalit.

- Merci d’avoir accepté notre invitation.

ES : Merci de votre invitation.

LCT : Cet appart est terminé. On sera là bien sûr dans deux semaines avec un nouvel invité, bien sûr.

- Salut à tous.

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