L'appart épisode 26 : Tristan Nitot, directeur de la Fondation Mozilla Firefox

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Le 10 / 09 / 14 | Posté par la rédaction de SFR
L'appart épisode 26 : Tristan Nitot, directeur de la Fondation Mozilla Firefox

Tous les 15 jours, L’appart reçoit un décideur de l'innovation pour un entretien vidéo mené par Jérôme Colombain et François Sorel, de La Chaîne Techno en coproduction avec SFR. Entrepreneurs, chefs d'entreprise, créateurs de start-up… Ils nous font part de leurs succès, mais aussi des échecs qui leur ont permis d’avancer, et nous donnent leur point de vue sur les dernières tendances en matière d'innovation.

Pour ce 26ème épisode de L’appart, nous recevons Tristan Nitot, apôtre du logiciel libre en France et membre du conseil national du numérique depuis 2013. Pour SFR et La Chaîne Techno, Il revient sur les étapes de son parcours hors norme. Le dirigeant de la Fondation  Mozilla Firefox attend les grandes innovations de demain dans le mariage entre cloud,  mobilité et  réalité augmentée, qui donnera une ubiquité totale au consommateur à travers les objets connectés. Dans cette « nouvelle vie digitale », chacun devra être capable de gérer son identité numérique. Interview.

Tristan Nitot est "senior evangelist" au sein de la Fondation Mozilla. Il est chargé de la promotion du logiciel Firefox. Ingénieur de formation, il a travaillé notamment chez Netscape. Il est un ardent défenseur des standards ouvert du Web. Depuis janvier 2013, Tristan Nitot est également membre du Conseil National du Numérique (CNN).

 

Transcript de la vidéo :

- Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau numéro de L'appart. L’appart, c’est toutes les deux semaines, un entretien privilégié avec un décideur lié à l’innovation

- Et aujourd’hui nous recevons l’apôtre du logiciel libre en France, Tristan Nitot.

#REPORTAGE

Tristan Nitot est à la tête de la Fondation Mozilla, chargée du développement du logiciel Firefox. Ingénieur de formation, il a travaillé notamment chez Netscape. Il est un ardent défenseur des standards ouverts du Web. Depuis janvier 2013, Tristan Nitot est également membre du Conseil national du numérique.

La Chaîne Techno (LCT) : Bonjour Tristan Nitot.

Tristan Nitot (TN) : Bonjour.

LCT : Et merci d’avoir accepté notre invitation dans L’appart.

TN : C’est un plaisir.

LCT : Tristan Nitot, vous êtes le principal evangelist de la Fondation Mozilla pour l'Europe.

TN : C’est ça, oui.

LCT : Un petit peu un apôtre, donc.

TN : Tout à fait !

LCT : Un apôtre en quelque sorte, c’est pour ça que le lancement de Jérôme était parfait. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce qu’est la Fondation Mozilla ? On en entend parler, mais on ne sait pas forcément ce que c’est.

TN : C’est une organisation à but non lucratif qui est présente dans 13 bureaux dans le monde, mais aussi, via ses bénévoles, ses contributeurs et ses employés, dans des dizaines de pays. On est connu pour avoir fait Firefox, qui est un navigateur Web qui est utilisé par à peu un demi milliard de personnes.

LCT : Une paille !

TN : Oui, donc voilà, ce qui est très intéressant, puisque ça nous positionne sur un marché où tous nos concurrents sont des sociétés cotées en bourse. Et nous, on est le vilain petit canard à but non lucratif, et notre objectif, c’est de défendre l’ouverture du Web. Et pour ça, Firefox est un outil pour défendre l’ouverture du Web. Par exemple, on a des contrats avec différents moteurs de recherche, dont Google. Et quand vous utilisez Firefox, que vous faites une recherche dans Firefox, par défaut c’est Google, et si vous cliquez sur une publicité, à ce moment-là Google va facturer son annonceur et nous reverse une toute, toute petite partie. Mais vous multipliez ça par des centaines de millions d’utilisateurs, au final, ça permet de faire tourner la Mozilla Fondation.

LCT : C’est quoi le chiffre d'affaires de la Mozilla Fondation ?

TN : En 2011, c’était 120 millions de dollars. Ça suffit. On a maintenant quasiment 1 000 employés, ça suffit, et ça finance même notre prochain Firefox OS, qui est la chose qui nous occupe beaucoup en ce moment.

LCT : Alors, Firefox OS, où en sommes-nous aujourd’hui ?

TN : Les premiers devices, ou plutôt téléphones, à l’intention des développeurs, viennent de sortir. Et en quelques heures, ils ont été vendus.

LCT : Ce ne sont pas des téléphones pour le grand public, ce sont des téléphones que les développeurs achètent pour justement développer des applications sur ce système.

TN : Exactement, mais c’est la première fois qu’on peut acheter un téléphone, même si c’est pour les développeurs, on ne va pas vous demander votre carte de développeur, tout le monde peut l’acheter. On voit bien que les développeurs sont prêts aujourd’hui à aller vers ça. Et on veut leur donner les outils pour mettre tout le monde d’accord et que le Web soit la plateforme pour le mobile.

#TIMELINE

LCT : Tristan Nitot, quelle est votre timeline, comment vient-on au logiciel libre, qui est un petit peu une religion ? Je n’ai pas dit une secte, plutôt une philosophie.

TN : Voilà, une certaine façon de voir la vie, c’est certain. Au milieu des années 80, c’était les premiers ordinateurs personnels, on n’appelait pas encore ça des PC. PC, ça signifiait Pocket Computer à l’époque, c’était des ordinateurs qu’on mettait dans la poche, enfin il fallait avoir des grosses poches… Vraiment ça m’a passionné, j’ai découvert ça, et puis j’ai eu envie d’apprendre, j’ai eu envie d’apprendre à développer, de partager les logiciels avec mes petits camarades. Et puis je me suis rendu compte qu’en fait il y avait un type, Richard Stallman, qui avait un peu défini une certaine philosophie autour du logiciel libre, qui dit : je te passe mon bout de code, tu peux l’améliorer, mais si tu redistribues le bout de code en question amélioré, tu dois aussi rendre le code source disponible pour que moi je puis récupérer les améliorations.

LCT : Très tôt, vous avez tombé dans cette philosophie du libre, et vous avez été tout de suite séduit, vous avez eu d’autres parcours dans d’autres boîtes ?

TN : J’ai fait ça en tant qu’étudiant. J’ai été stagiaire au Centre mondial de l’informatique et des ressources humaines de Jean-Jacques Servan-Schreiber, qui est truc dont on ne parle plus beaucoup aujourd’hui, où tous les geeks en France, quasiment, au moins la moitié des geeks en France sont passés par là. Et puis après je suis rentré dans la vie active, j’ai fait une école d’ingénieur en informatique, j’ai fait une spécialisation en ressources humaines, et je me mis à faire de l’informatique et à importer des logiciels américains. Et là, j’ai fait un peu de tout, j’ai fait de la vente, j’ai fait du conseil, de la formation.

LCT : Et puis vous êtes passé chez Netscape.

TN : Et puis un jour Netscape est arrivé, et il y a une offre d’emploi sur le site...

LCT : L’ancêtre des navigateurs !

TN : Netscape.com, voilà un des premiers navigateurs Web. Et là je me suis dit : c’est magnifique ! Autant j’avais adoré l’époque du PC, je bidouillais déjà le Minitel. Quand j’ai vu le Web arriver, je me suis dit : quel bonheur, c’est formidable ! Là, ça prend la dimension du réseau à l’échelle du monde. 

LCT : Mais ça s’est mal terminé Netscape, quand même.

TN : En fait, juste avant de mourir, Netscape a accouché de Mozilla, a lancé le projet Mozilla, et ça marche encore aujourd’hui. Ça fait 15 ans cette année que Mozilla a été créé. Donc la société Netscape est morte de sa belle mort, mais le projet Mozilla, il est toujours là, avec le Web, et le logiciel libre comme valeur fondamentale.

#FAILS

LCT : Alors Tristan Nitot, parcours obligé dans cet appart, vos fails, quels sont vos dérapages dans votre carrière, si vous en avez eu ?

TN : Moi, je suis un leader, je suis désolé d’utiliser le mot, je suis un leader mais je ne suis pas un manager, je ne suis pas un gestionnaire. On peut être un leader et un gestionnaire dans une petite équipe finalement, c’est à peu près la même chose. Parce que gérer une petite équipe, ça demande un certain nombre de compétences, mais quand cette équipe grandit, ce n’est plus du tout la même problématique, et là, il faut être un très bon gestionnaire pour arriver à gérer une très grande équipe.

LCT : Comme beaucoup d’entreprises high tech qui sont obligées d’embaucher un manager.

TN : Oui, tout à fait. Et c’est souvent mal vécu parce qu’en l’occurrence, dans ces cas-là, c’est des sociétés, les gens sont des actionnaires, etc., il y a des batailles autour des actions, est-ce qu’on dilue les parts, est-ce qu’on vire le type, etc. Enfin, c’est très compliqué. Chez Mozilla, il n’y a pas de stock options, le problème il est complètement résolu. A partir du moment où vous faites un bon travail...

LCT : Vous êtes rémunéré pour ce travail.

TN : Oui, bien sûr, depuis 2005.

LCT : Il n’y a pas de stock options, quelle est la motivation pour venir travailler chez Mozilla ?

TN : On fait des choses techniquement compliquées...

LCT : Il faut vivre, aussi.

TN : Les salariés sont payés quand même, par définition, très correctement.

LCT : On voit, vous êtes bien habillé.

TN : J’ai mis un jean propre !

LCT : A niveau de qualification égale, est-ce qu’ils ne seront pas mieux payés ailleurs ?

TN : Pas forcément, par contre, ils peuvent avoir un ticket de loterie de start up où ils peuvent devenir très riche à millions grâce aux stock options si jamais ils sont introduits en bourse ou il y a un rachat, ce qui de toute façon n’arrivera jamais chez Mozilla.

LCT : Est-ce qu’il n’y a pas une fuite des talents chez vous ?

TN : C’est pour ça qu’on les paie correctement...

LCT : Ce n’est pas un point faible ?

TN : On les paie correctement, c’est absolument nécessaire d’être compétitif sur le marché, pour avoir les meilleurs développeurs, parce que pour nous c’est très important. Mais à la place des stock options, on leur donne un sens, on change le monde. Ça, ça n’a pas de prix. Parce qu’en fait, moi, je ne veux pas être l’homme le plus riche du cimetière, quand je vais mourir. Moi, je veux avoir une vie riche, variée, et je construis ma vie comme ça.

#INNOVATION

LCT : Est-ce qu’il y a une innovation, pas forcément dans votre secteur, qui vous fait rêver aujourd’hui ?

TN : Je trouve que le téléphone mobile c’est fabuleux, mais on n’y est pas encore. On n’a pas encore trouvé le bon truc.

LCT : Vous prêchez pour votre paroisse, vous allez dire que Firefox OS va être la réponse à tous vos problèmes.

TN : Peut-être, mais en l’occurrence, je ne pense pas que ça va venir de Mozilla. Je pense que l’innovation, elle est possible parce qu’on va la rendre possible pour des millions de gens. C’est ça que le Web a changé, en fait. Le Web, il est merveilleux parce qu’il a permis à des tas de gens de monter les start up, de créer des sites comme ça, où chacun, grâce à la neutralité d’Internet, dit : voilà, j’ai une idée, je l’implémente, je ne paie de royalties à personne, je peux commencer à écrire du HTML tout de suite sans payer des droits, sans télécharger d’outils, de SDK, d’abonnements, de machins. Non, j’ai une idée, je l’implémente, j’apprends de ce que je vois autour de moi, et j’invente des nouveaux trucs. Et des choses qui sont fabuleuses. Google est fabuleux, Facebook dans son genre est fabuleux, Twitter, j’en suis totalement fan. Donc il y a possibilité, grâce au Web, d’innover de façon décentralisée.

LCT : Et cette révolution dans le mobile n’est pas encore arrivée ?

TN : Non, le mobile n’est pas mûr encore. Il y a encore des choses à... Je ne peux pas dire quoi, et franchement, je ne sais pas si Firefox OS sera ça, mais j’espère que Firefox OS permettra ça.

#PORTRAIT_DE_GEEK

LCT : Alors Tristan Nitot, 15 ans à la Fondation Mozilla, est-ce que vous êtes un geek ?

TN : Un geek irrécupérable, tout à fait. Ça va plutôt mieux, je me soigne. Il y a un moment où j’étais vraiment dans l’accumulation de gadgets.

LCT : Vous participez même au Club des geeks anonymes, le lundi soir, c’est ça ?

TN : Oui, c’est ça : Bonjour, je m’appelle Tristan Nitot et je suis geek… Donc je suis moins dans l’accumulation de gadgets, je suis plus dans une approche : faisons durer les choses qu’à une époque, où j’étais dans : il me faut le dernier truc absolument. Mais je suis irrémédiablement geek quand même, et je suis totalement accro à Twitter, par exemple.

LCT : Donc les réseaux sociaux, c’est plutôt Twitter. Votre smartphone préféré, c’est quoi ?

TN : Si là je devais casser mon téléphone tout de suite par mégarde, il tombe dans la cuvette des toilettes en sortant...

LCT : Remarquez ils sont étanches maintenant.

- Pas tous.

TN : Ah bon ? J’irais bien sur le nouveau HTC One.

LCT : C’est vrai que la plupart de nos invités sont en extase devant Apple. On n’a pas l’impression que ce soit votre tasse de thé Apple, non ?

TN : A l’époque de l’Apple 2, j’étais un des premiers propriétaires d’Apple 2 en France, donc avant 84, puisque 84 c’était le Mac. Et vraiment, j’ai flashé sur l’Apple 2 avec ses slots, on pouvait l’ouvrir, pas besoin de tournevis pour l’ouvrir, on pouvait rajouter des cartes d’extension. Et c’était livré avec un manuel dans lequel il y avait le schéma électrique de l’ordinateur. Et ça, c’était Wozniak.

LCT : C’était l’oeuvre de Steve Wozniak, pas encore celle de Jobs.

TN : Et après, il y a eu le Mac, où tout était fermé, ça s’est un petit peu plus ouvert ensuite, mais pas complètement. Et puis maintenant il y a l’iPhone, qui lui est totalement fermé. Je comprends qu’Apple cherche la perfection, mais la perfection en dépit de la liberté, le fait qu’ils aient un contrôle absolu de ce qui passe dans l’App Store, pour moi, est inacceptable. Et donc, on est en train de donner des pouvoirs de censure à des gens qui en Californie vont décider de ce que j’ai le droit ou pas d’utiliser, y compris en dépit de la liberté de la presse...

LCT : On peut dire la même chose pour Google, qui tient le Web, et il le tient bien.

TN : Oui, mais ils ne peuvent pas retirer un site Web vraiment. Ils peuvent l’éliminer des résultats de recherche, éventuellement.

LCT : Ce qui est assez grave déjà…

TN : Oui, ce qui est puissant. Et comme on le disait dans Spiderman : avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités. Mais là, Apple, c’est carrément de la censure.

LCT : Merci Tristan Nitot.

- Merci pour ces bonnes paroles.

TN : Merci.

LCT : L’appart est terminé, on se retrouve bien évidemment dans deux semaines, avec encore un entretien privilégié en compagnie d’un décideur de l’innovation.

- Voilà, et bien sûr n’hésitez pas à aller voir et revoir tous les épisodes de L’appart disponibles sur la chaîne Techno et un peu partout sur le Web.

- Il y en a une bonne vingtaine. Salut à tous.

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