L'appart épisode 24 : Pierre Alzon, fondateur de iBought

Vignette de la vidéo Piste de sous-titres Vidéos en relations
<embed src="http://www.sfr.com/sites/all/themes/sfr/swf/player.swf" flashvars="file=http://ncdn-video.sfr.com/lappart24/video.mp4" width="600" height="335" />

JWplayer | lappart24

Le 08 / 09 / 14 | Posté par arnaud.recule
L'appart épisode 24 : Pierre Alzon, fondateur de iBought

Tous les 15 jours, L’appart reçoit un décideur de l'innovation pour un entretien vidéo mené par Jérôme Colombain et François Sorel, de La Chaîne Techno en coproduction avec SFR. Entrepreneurs, chefs d'entreprise, créateurs de start-up… Ils nous font part de leurs succès, mais aussi des échecs qui leur ont permis d’avancer, et nous donnent leur point de vue sur les dernières tendances en matière d'innovation.

Pour ce 24ème épisode de L’appart, nous recevons Pierre Alzon, pionnier du e-commerce français. En 1996, Pierre Alzon lance degriftour.fr, l’une des premières agences de voyage sur Internet. En 2008, il arrive aux manettes de voyages-sncf.com et développe la stratégie numérique de la marque. Aujourd’hui, Pierre Alzon repart dans une nouvelle aventure entrepreneuriale avec iBought, un assistant pour l’achat en ligne.



Transcript de la vidéo :


Bonjour à tous et bienvenue dans notre appart. L’appart, vous le savez, c’est toutes les deux semaines un entretien privilégié avec un décideur de l’innovation.

Et aujourd’hui nous recevons un pionnier du e-commerce français, Pierre Alzon, fondateur de iBought.

 

#REPORTAGE

Pierre Alzon est un pionnier du e-commerce français. En 1996, il lance degriftour.fr, l’une des premières agences de voyage sur Internet. En 2008, il arrive aux manettes de voyages-sncf.com et développe la stratégie numérique de la marque. Aujourd’hui, Pierre Alzon repart dans une nouvelle aventure entrepreneuriale avec iBought, un assistant pour l’achat en ligne.

 

La Chaine Techno (LCT) : Bonjour Pierre Alzon.

Pierre Alzon (PA) : Bonjour.

 

LCT : Bonjour, et merci d’avoir accepté notre invitation dans L’Appart. Alors on va entrer dans le vif du sujet : qu’est-ce que iBought ?

PA : iBought, c’est une nouvelle application, qui est aujourd’hui sur iPad, qui me permet, en tant que consommateur, d’acheter dans les meilleures conditions et de gérer toute la gestion de mes achats et de mes dépenses.

 

LCT : Alors ça s’écrit « iBought », en anglais, « j’ai acheté ».

PA : Effectivement. On a constaté, et je pense tout le monde, les uns et les autres, on a des identifiants, des logins, des mots de passe dans tous les sens. Souvent, quand on surfe sur des sites, on se dit : ce serait bien d’avoir un avis de différents prix de ce qui se fait sur Internet, même si c’est une marque que je connais. Souvent, on est confronté, on a repéré un produit intéressant, on a oublié où c’était, il faut le retrouver, on perd un temps assez conséquent. Et puis une fois qu’on a acheté, on est souvent confronté à se dire : ma facture, on m’envoie un mail pour que j’aille la chercher sur le site du fournisseur, etc. Tous ces petits éléments, qui sont aujourd’hui des réalités dans le monde du digital, on s’est dit que ça commençait à faire beaucoup, parce que tout le monde s’y met, à essayer d’optimiser. C’est pour ça que le consommateur, là-dedans, il se retrouve à aller à la pêche aux informations à droite et à gauche, dans une expérience extrêmement éclatée, hétérogène, ce que, nous, on appelle chez iBought le « petit chaos digital », qui est en train de s’instaurer tranquillement. On s’est dit, on a essayé de faire de l’application dont on rêvait en tant que consommateur, comment ça pourrait me simplifier ma vie pour que je puisse acheter en confiance, facilement, garder mes informations à disposition. Et puis tout le back office, c’est mon assistant personnel qui s’en occupe parce que j’ai autre chose à faire que d’aller chercher mes factures à droite et à gauche.

 

#timeline

LCT : Pierre Alzon, malgré votre jeune âge, vous êtes un pionnier du e-commerce français. Quelles sont les grandes étapes de votre vie d’entrepreneur ?

PA : Il y en a eu effectivement plusieurs, je dirais. L’aventure online a vraiment démarré dans les années 90 avec Dégriftour à l’époque. La rencontre avec Francis Reversé, qui est quelqu’un d’extrêmement créatif dans le domaine des services et du tourisme, qui lançait Dégriftour, et que j’ai eu la chance de pouvoir rejoindre.

 

LCT : C’est le pionnier du voyage en ligne.

PA : Clairement, et donc c’était bien sûr au début des années 90, sur le vecteur télématique.

 

LCT : Oui, le Minitel.

PA : Et très tôt, en 1996, on a lancé le premier site Web transactionnel en France, donc c’était le site degriftour.com, qui a permis de faire vraiment de l’achat en ligne. C’était vraiment la quête de l’Amazonie.

 

LCT : Avec beaucoup de technologies, parce que vous étiez l’un des premiers à avoir un comparateur de prix de billets d’avion.

PA : Il a fallu tout développer, effectivement, de Scratch, à l’époque. C’était une période passionnante d’innovation, d’apprentissage. Après, il y a eu la bascule des années 2000, l’arrivée de fonds d’investissement, beaucoup d’argent investi sur cette révolution digitale, et l’effet de la bulle. Voilà, ça a été le contrecoup. A cette époque-là, Dégriftour a été repris par le groupe Lastminute. Je suis parti vers d’autres horizons du tourisme, chez Terres d’aventure, à l’époque, qui était une très belle expérience dans le domaine du trekking, et donc un autre type de voyages. Avant que je rejoigne Voyages-SNCF, là également avec la mission de contribuer au développement du site Internet et de travailler sur la satisfaction. Le train est un produit très populaire qui correspond à l’ensemble de la société française.

 

LCT : C’est à cause de vous qu’on ne comprend plus rien dans les prix des billets de train ?

PA : J’espère que non, mais c’est vrai que les logiques tarifaires sont extrêmement complexes. Ils sont historiques, il y a un certain nombre de tarifs publics, puis des tarifs spéciaux.

 

LCT : Comme les avions, les prix changent en fonction des périodes.

PA : Voilà, et ça évolue progressivement avec la logique du yeld qui permet de mieux remplir, et aussi d’offrir des tarifs extrêmement compétitifs pour des gens qui sont plus flexibles et qui peuvent voyager en dehors des horaires de pointe.

 

LCT : Vous revenez aujourd’hui aux commandes d’une start-up, c’est plus de liberté ou plus d’angoisse ?

PA : Je pense qu’il n’y a pas de liberté sans angoisse. Ça, c’est un débat qui est presque plus philosophique. Mais en tout cas, c’est de se dire : j’ai un projet, j’ai une vision, on va essayer de le mener jusqu’au bout en le travaillant vraiment en toute autonomie, toute indépendance d’esprit. Vraiment, parce que c’est un nouveau marché, c’est un nouveau besoin. On dessine une partie de l’avenir, on peut se tromper, mais voilà, il faut le faire en toute liberté, autonomie, vis-à-vis des premiers utilisateurs pour bonifier le produit, et puis arriver à en faire vraiment une entreprise.

 

 

#fails

LCT : Pierre Alzon, durant votre parcours professionnel, j’imagine qu’il y a eu quelques moments où vous avez pu trébucher. Quels sont vos fails ?

PA : Les grands échecs, je dirais, où les grandes baffes... Celle que j’ai le plus de mal à digérer, c’est à chaque fois la difficulté à s’internationaliser. C’est extrêmement difficile de sortir du cadre, surtout quand on est Français, me semble-t-il, pour aller être très, très bon dans l’appréhension d’une culture étrangère, et notamment européenne.

 

LCT : Même si ça reste au sein de l'Europe ?

PA : Même si ça reste au sein de l'Europe. Et à la limite, presque, des gens plus éloignés comme les gros groupes anglo-saxons arrivent avec une logique d’être vraiment au cœur des fonctions primales du produit, d’arriver à généraliser des expériences utilisateurs au-delà des cultures. Donc il y a une vraie question sur la force de frappe, la vision et l’ambition d’une vision qui doit être portée à un niveau ultime pour vraiment s’internationaliser. Et je dois avouer que jusque-là, dans les expériences internationales, on n’a pas assez poussé l’ambition de la vision pour devenir international. C’était plutôt : un site français qui se déployait internationalement, plus dans une logique de diversification. Je suis assez positif sur l’avenir, parce que je trouve que, justement, les jeunes qui, de plus en plus, ont des cursus internationaux de formation, notamment par Erasmus, deviennent des citoyens du monde. Et ça, je trouve ça fabuleux. Et j’aurais aimé, entre guillemets, vivre mes études dix ans plus tard, pour bénéficier de cette ouverture au monde et être plus imprégné des cultures internationales. Mais c’est un vrai sujet. Et puis il y en a d’autres, des failures. Sous-estimer... ça prend le temps qu’il faut pour qu’un produit mûrisse et soit bon. C’est un problème tant de start-up que de gros groupes. Alors souvent, dans les gros groupes, ça prend plus de temps qu’on ne le prévoit pour des raisons internes de gouvernance, de structure, etc. Et puis dans la start-up, on veut tout faire pour demain, et en fait le marché n’est pas là. Le calage dans le temps nécessite quasiment une réorganisation du plan stratégique en dynamique. Vous avez une bonne idée, le lendemain, il y a un gars à l’autre bout de la planète qui a fait la même et dix fois mieux. C’est redoutable. Le Web ne dort jamais, donc il faut être effectivement branché en permanence. Du coup, il faut travailler avec le maximum de force intellectuelle et de réseau possible. Troisième point, peut-être, dans les échecs, les projets que j’aurais aimé réaliser, faire bien, et qui ont été en fait des bides, c’est de ne pas savoir l’arrêter à temps. Justement, à Voyages-SNCF, on avait lancé un site de revente de billets d’occasion. Ça marchait bien, il y en a eu un certain nombre. Et on s’est dit : Ça peut être aussi intéressant que la SNCF apporte une caution à ça, puisque c’est un besoin des consommateurs, donc ça peut aider. Mais après, il y a le risque de se faire avoir, de ne pas avoir un ticket officiel, c’est de la fraude, etc. Donc il y avait des vrais problèmes. Et puis en fait, ça a été long, pour des problèmes juridiques, techniques, de mise en œuvre, et puis une fois qu’on a eu le feu vert, il a fallu le réaliser, mais ça y est, le coup était tiré. Il aurait fallu avoir le courage à l’époque de dire : merci d’avoir dit oui, mais c’est trop tard et on arrête, parce que sinon on ne va pas faire un truc dans le rythme et dans le bon temps.

 

 

#innovation

 

LCT : Quel est le regard que vous portez aujourd’hui sur l’innovation ? Quelles sont les choses qui vous plaisent, vous intéressent, dans votre domaine ou dans d’autres domaines ?

PA : De l’innovation en termes techniques, je pense que ça va certainement converger à assez brève échéance dans un mariage entre réalité augmentée, cloud, mobilité, c’est-à-dire vraiment l’ubiquité de l’utilisateur, qui a accès à toutes ces infos au travers des objets connectés, des objets intelligents, etc. L’innovation que, moi, j’attends, et qui va être très complexe dans toute cette nouvelle vie digitale qui va émerger, ces nouveaux usages, c’est : quelle est la manière dont on gère à titre individuel son identité numérique, ne serait-ce que lorsqu’on est en tant que consommateur ou contributeur d’un forum, on ne sait pas si des gens qui s’expriment, ils s’appellent Roger264@hotmail.com, qui c’est derrière, etc. C’est un troll qui vient effectivement pour une discussion, c’est quelqu’un qui s’exprime avec quelque chose d’important... Donc c’est d’arriver non pas à avoir un gros gloubiboulga de tout et n’importe quoi, mais d’arriver à bien faire cette gestion, cette part des choses, en fait, sans que ce soit une technologie qui flique tout le monde. C’est un peu une chimère, mais c’est, je pense, le cœur du sujet de notre société de demain. Est-ce que demain c’est Facebook qui va être le certificateur des identités numériques ? Voilà, si je pose la question violemment.

 

LCT : Vous pensez que ce sont les pouvoirs publics qui doivent intervenir ? Ça, c’est la vision très française des choses.

PA : Il y a une mission régalienne de l’identité en tant que telle. Après, on tombe tout de suite dans les risques, effectivement, de connaissance H24 de ce que fait tout un chacun en tant que citoyen, ce qui n’est pas non plus possible, on retombe dans le mythe orwellien à fond. Donc voilà, il y a un équilibre qui est très compliqué, mais je pense que l’innovation du futur, ce sera ceux qui arriveront à cracker ça avec justesse et en faire un outil utilisé par tout le monde, en confiance.

 

 

#portrait_de_geek

 

LCT : Pierre Alzon, est-ce que vous êtes un geek ?

PA : Il y a quinze ans, j’aurais dit oui, parce que je faisais, en plus, du développement, et au début j’écrivais des applis, etc., mais plus par passion que par réel métier. Aujourd’hui, je dirais : non, pas vraiment, parce que les développements sont devenus tellement sophistiqués que je suis devenu un peu out en tant que tel.

 

LCT : Votre smartphone, c’est quoi ?

- Est-ce que vous avez les derniers gadgets ? Est-ce que vous vous précipitez dès qu’une nouvelle tablette sort ?

PA : Alors je ne suis pas un accro de la mode. Non, j’arrive à en tester. J’étais très fier, un jour, quand Google m’avait donné un des tout nouveaux Nexus : waouh, c’est super, ça le fait bien ! Mais bon, voilà, je ne vais pas me précipiter pour acheter le dernier gadget. J’ai assez de copains qui le font, donc j’attends un peu : alors, finalement, t’en dis quoi ? Mais mon smartphone est un vieux Blackberry, mais j’adore le clavier. J’ai un Mac, j’ai mes infos sur gmail et consorts. Je n’aime pas être cantonné à une marque ou un silo techno. C’est-à-dire que je ne suis pas tout Apple, je ne suis pas tout Blackberry ou tout Android.

 

LCT : Les réseaux sociaux ?

PA : Oui, depuis longtemps sur LinkedIn, sur Facebook, je les utilise.

 

LCT : Plutôt Twitter ou plutôt Facebook ?

PA : Les deux. Facebook, c’est plus pour partager des infos assez privées, et puis Twitter, c’est plus du spontané, de la réaction sur une actu. Donc l’usage est vraiment différent. Et puis LinkedIn, là, c’est vraiment pro. Chacun a son univers, assez complémentaire, en tout cas dans mes usages. Après, c’est lié un peu au sujet que j’évoquais sur les identités numériques, mettre tout dans Facebook, comme ça, voilà, on a bien joué pendant quelques années, maintenant, il faut y réfléchir à deux, trois fois avant de partager ou de cliquer sur un truc, parce que rien ne s’oublie. Ça, c’est un vrai sujet, aussi, c’est un vrai sujet.

 

LCT : Merci Pierre Alzon.

PA : Je vous en prie, merci à vous.

 

LCT : Merci d’avoir accepté notre invitation. Cet appart est terminé. On sera là bien sûr dans deux semaines, portez-vous bien.

- Salut à tous.

ALLER PLUS LOIN