L'appart épisode 22 : Youboox, le Spotify du livre

Vignette de la vidéo Piste de sous-titres Vidéos en relations
<embed src="http://www.sfr.com/sites/all/themes/sfr/swf/player.swf" flashvars="file=http://ncdn-video.sfr.com/lappart22/video.mp4" width="600" height="335" />

JWplayer | lappart22

Le 06 / 09 / 14 | Posté par la rédaction de SFR
L'appart épisode 22 : Youboox, le Spotify du livre

Tous les 15 jours, L’appart reçoit un décideur de l'innovation pour un entretien vidéo mené par Jérôme Colombain et François Sorel, de La Chaîne Techno en coproduction avec SFR. Entrepreneurs, chefs d'entreprise, créateurs de start-up… Ils nous font part de leurs succès, mais aussi des échecs qui leur ont permis d’avancer, et nous donnent leur point de vue sur les dernières tendances en matière d'innovation.

Pour ce 22ème épisode de L’appart, nous recevons Hélène Mérillon, Co-fondatrice de YouBoox, le « Spotify du livre ». Pour SFR et La Chaine Techno , elle revient sur les étapes de son parcours. Avec sa nouvelle entreprise, Hélène Mérillon  se projette déjà dans le monde de la réalité augmentée qui changera complètement nos modes de consommation. Pour cette entrepreneuse de la première heure, les grandes innovations de demain seront dans les outils de mobilité, et plus particulièrement le « e-book » enrichi qui permettra de changer radicalement notre accès à la culture et aux loisirs.

Après des débuts dans la finance, Hélène Mérillon s'oriente dans les années 2000 vers le business sur Internet. Elle cofonde Cokoon, un site de location de chambres de luxe chez l'habitant. En 2012, Hélène Mérillon a créé Youboox, une bibliothèque en ligne qui permet de louer des livres numériques moyennant un abonnement mensuel. Youboox ambitionne de devenir le "Spotify du livre".

Transcript de la vidéo :

Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau numéro de L’appart. L’appart, vous le savez, c’est toutes les deux semaines un entretien privilégié avec un décideur de l’innovation.
Et aujourd’hui, nous recevons Hélène Mérillon, créatrice du site Youboox.com.

#REPORTAGE

Après des débuts dans la finance, Hélène Mérillon s'oriente dans les années 2000 vers le business sur Internet. Elle cofonde Cokoon, un site de location de chambres de luxe chez l'habitant. En 2012, Hélène Mérillon a créé Youboox, une bibliothèque en ligne qui permet de louer des livres numériques moyennant un abonnement mensuel. Youboox ambitionne de devenir le "Spotify du livre".

La Chaine Techno (LCT) : Bonjour Hélène Mérillon.

Hélène Mérillon (HM) : Bonjour.

LCT : Et merci d’avoir accepté notre invitation dans L’appart. Alors, première question, Hélène Mérillon, vous êtes l’une des fondatrices de ce service Youboox. Est-ce que vous pouvez nous le présenter ?

HM : Oui, Youboox, c’est très simple, c’est une bibliothèque de livres numériques qui est en accès illimité sur tablette et sur web. Donc, un peu sur le modèle de Spotify ou Deezer qui sont des services qui existent dans la musique déjà.

LCT : C’est le streaming du livre, en fait.

HM : Exactement.

LCT : Alors, comment ça fonctionne ? Je m’inscris...

HM : C’est très simple, vous vous inscrivez sur le site youboox.fr ou alors vous téléchargez l’application iPad Youboox. C’est complètement gratuit. Et puis, à partir de ce moment-là, vous pouvez accéder à tous les livres de la bibliothèque Youboox et les lire librement.

LCT : C’est gratuit ?

HM : C’est gratuit, c’est un modèle freemium premium qui est bien connu dans le domaine du mobile. Je pense que les gens sont vraiment habitués à ça maintenant. Ça permet d’essayer gratuitement le service. Alors, il y a deux contraintes sur le service gratuit. La première, c’est qu’on a des bannières publicitaires au-dessus des pages quand on lit. Et puis la deuxième, c’est qu’on est obligé d’être connecté à internet pour lire. Donc, si on est allergique à la pub ou si on veut lire dans le train, dans le métro, on prend l’abonnement premium Youboox qui coûte 9,99 euros par mois.

LCT : A qui vous vous adressez ? Quels types de livres vous proposez ?

HM : Nous, notre principe, c’est vraiment la bibliothèque municipale dans sa poche. C’est donc une bibliothèque très généraliste, avec un certain nombre d’ouvrages : des romans, des bandes dessinées, des guides de voyage, des livres pratiques, de cuisine, de bricolage. On a de la science-fiction, on a vraiment de tout. Donc, il y en a vraiment pour tous les goûts.

LCT : Vous faites souvent l’analogie à Spotify ou Deezer, mais on se rend compte que le catalogue de Spotify et Deezer comporte des millions et des millions de titres. Votre objectif, c’est d’avoir un jour la bibliothèque idéale avec tous les titres disponibles sur le marché, en tous cas une grosse sélection ?

HM : Oui, bien sûr.

LCT : Est-ce que les éditeurs sont prêts ? Par exemple, un Stephen King pourrait être approché pour participer à votre service ? Ou il y a encore des auteurs ou des éditeurs qui sont encore un peu réticents ?

HM : Les éditeurs aujourd’hui sont très prudents vis-à-vis du livre numérique de manière générale, pas seulement vis-à-vis de Youboox ou de modèles d’abonnement. Mais en même temps, depuis l’an dernier, ils s’y sont mis, ils y vont vraiment et je crois que tout le monde maintenant est convaincu que le livre sera digital, en partie, et donc il faut y aller. Nous, on est un modèle de distribution alternatif aux e-commerçants qui vendent des livres à l’unité. Et les éditeurs reconnaissent que ces types de modèles vont exister. Et eux, leur objectif, ce sera d’être partout pour avoir le maximum de visibilité pour leurs oeuvres, pour leurs auteurs, et de générer le maximum de chiffre d’affaires également. Donc oui, je pense qu’on y arrivera, on est déjà en train de convaincre les plus grands éditeurs français. On est en train de constituer une librairie francophone qui bientôt n’aura rien à envier à celle d’Apple parce que Apple n’a pas tous les ouvrages français. Et puis à partir de là, j’espère bien qu’on aura aussi des livres anglais, des livres italiens, espagnols, et puis qu’on deviendra le Spotify du livre.

#TIMELINE

LCT : Hélène Mérillon, quelle est votre timeline, quelles sont les grandes étapes de la création de Youboox ?

HM : Alors, les grandes étapes de la création de Youboox, elles passent d’abord par des rencontres que j’ai faites dans ma carrière avec des entrepreneurs qui m’ont convaincue et qui m’ont amenée à créer Youboox. Youboox, c’est la première entreprise que j’ai créée, moi, avec mes deux associés Fabien et Vincent. Mais avant ça, j’ai participé à plusieurs aventures entrepreneuriales.

LCT : Vous avez même été dans la banque, je crois...

HM : Je me suis fourvoyée dans la finance avant, en effet. Mais très vite, j’ai rencontré des gens formidables qui sont les trois fondateurs de EGG, qui était une banque 100 % internet anglaise, qui s’est créée quasiment en même temps que le Web. C’est des gens formidables qui sont parmi les plus innovants que j’ai jamais rencontrés dans ma vie, et ce sont des hurluberlus qui ont décidé en même temps que le Web de créer une banque full web dans un marché où il y avait une dizaine de banques traditionnelles qui avaient une approche des clients très paternaliste, et donc eux ont créé une marque qui décapait.

LCT : Oui, c’était dans le début des années 2000 ?

HM : Oui c’est ça, c’était même en 2000. Donc, ils sont venus me débaucher à ce moment-là et j’ai passé cinq ans chez EGG en Angleterre, c’était un formidable succès, on a convaincu, je crois, trois millions de clients en deux ans, dans un contexte où le marché du Web était encore émergent.

LCT : Oui, et avec une certaine réticence pour certains de...

HM : Et avec des secrets, des recettes qui étaient vraiment une innovation marketing absolument formidable, avec des nouveaux produits créés tous les six mois. En fait, la boîte se réinventait tous les six mois, et c’est un petit peu ce qui a fait leur succès, ils ont réussi à créer cette marque décapante qui avait plus de 50 % de notoriété dans le marché anglais en très peu de temps. Et puis ensuite, on a racheté The Bank et on a relancé The Bank sous la marque EGG en France. Là, ça a été moins un succès, et ça fait partie, justement, des fails. Je vous en parlerai, parce que ça, c’était intéressant. Et la deuxième rencontre qui m’a marquée, c’est celle que j’ai faite avec Charles Beigbeder et Frédéric Granotier, qui étaient fondateurs de Poweo. Parce que moi, j’ai fait partie de l’équipe resserrée du début qui a lancé Poweo sur le marché de l’énergie en France.

LCT : Donc, la finance, l’électricité et maintenant l’édition.
- Et comment on arrive au livre ?

HM : On reste dans le service pour les consommateurs. Un service si possible rupturiste, innovant, et qui vient répondre à un besoin à un moment donné dans un marché un petit peu oligopolistique. Donc, je pense que le marché du livre aujourd’hui, c’est un petit ça. Surtout, le livre numérique reste quand même sur des modèles de vente à l’unité aujourd’hui qui sont dominés par des géants américains qui détiennent 80 % du marché. Et nous, on vient proposer une alternative plus française, plus dans la philosophie, un peu comme un libraire ou un bibliothécaire qui proposerait des lectures aux gens.

LCT : Il y a un aspect conseil...

HM : Donc, on reste dans l’innovation et l’alternatif.

#FAILS

LCT : Alors, Hélène Mérillon, durant ce parcours d’entrepreneur, j’imagine qu’il y a eu quelques couacs, vous l’évoquiez il y a quelques instants. La transposition de EGG en France, ça n’a pas été véritablement un succès ?

HM : En tant qu’entrepreneur, on a tous eu des grands moments de solitude et tous eu des doutes. Je pense qu’on doute en permanence. Moi, c’est aussi une des choses que j’ai apprises avec les entrepreneurs que j’ai croisés dans ma carrière. En fait, il faut tout le temps se remettre en question et avoir une grande agilité dans les business modèles, dans les produits, et être capable de changer rapidement pour réorienter si nécessaire. J’ai vécu deux échecs dans mon expérience. Le premier, c’était quand EGG a voulu se développer à l’international. J’ai passé cinq ans chez EGG, j’étais en Angleterre, c’était une banque anglaise, vraiment britannique jusqu’au bout des ongles, avec que des Anglais. J’étais la seule étrangère, en fait, dans l’équipe. Mais ils voulaient devenir grands et se développer à l’international. On a trouvé The Bank qui se vendait à l’époque, donc ça nous permettait de gagner beaucoup de temps. Et donc, ils trouvaient le marché français intéressant. Ils ont décidé, en fait, de lancer The Bank, de relancer The Bank sous la marque EGG, exactement sur le même modèle que EGG en Angleterre. Parce que les Anglais ont beaucoup de qualités, ils ont aussi quelques défauts, notamment celui de croire que tout tourne autour de leur île.

LCT : Visiblement, ça n’a pas été le cas.

HM : Mais en fait, en France, les gens n’ont pas du tout le même rapport à l’argent. Ce n’est pas du tout les mêmes cultures par rapport aux produits financiers, etc. Et je crois qu’il y a eu quelques petites erreurs dans la stratégie de communication. Donc, ça a bugué, ça n’a pas du tout marché, on n’a pas du tout fait les objectifs qui étaient prévus. Et puis donc, on a simplement recommencé, revu le modèle économique, revu aussi le positionnement de la marque.

LCT : Vous avez francisé le concept, c’est ça ?

HM : Oui, j’ai fait partie de l’équipe qui a déménagé en France pour essayer de franciser un petit peu le concept, ce qui commençait d’ailleurs à fonctionner.

LCT : Je crois que j’ai été client chez EGG, je dois être le seul client, c’est ça ? On était quoi, une petite dizaine ?

HM : Non, il y avait 100 000 clients. Mais c’est vrai que, honnêtement, je pense que EGG aurait pu faire un super succès en France, parce que moi, je crois vraiment qu’il y a la place pour une marque, un peu l’Ikea des services financiers. Il y avait la place pour ça, qui a été prise par d’autres depuis, avec un super produit, c’était la carte qui reverse 1 % sur tous les achats. C’était le programme de fidélité.

LCT : Ce n’était pas un peu trop tôt comme concept ?

HM : Non, ce n’était pas forcément trop tôt. Pour être honnête, je pense qu’on a un petit peu raté la stratégie de communication de lancement sur ce marché à l’époque. Et voilà.

#INNOVATION

LCT : Alors, question traditionnelle à nos invités dans L’appart, quel est votre regard sur l’innovation aujourd’hui ? Est-ce qu’il y a des choses qui vous semblent particulièrement intéressantes et pour lesquelles vous voyez un bel avenir ?

HM : Évidemment, je suis particulièrement sensible à la tendance et au développement des outils de mobilité. Je pense que ces outils vont complètement révolutionner la consommation qu’on peut avoir. On passe dans un mode de communication 24h/24, 7 jours/7. Et c’est d’ailleurs pour ça qu’on est partis sur ce projet Youboox. Parce que moi, j’étais convaincue dès le début, dès que les smartphones ont décollé, dès que les tablettes ont décollé, qu’on allait consommer les loisirs et les biens culturels complètement différemment. Pourquoi ? Parce qu’on récupérait tous les petits moments perdus de la journée, on attend une réunion, etc., pour écouter de la musique, faire un jeu, lire un bouquin, etc.

LCT : Donc on picore tout au long de la journée.

HM : Et je crois vraiment que ça, c’est une formidable opportunité pour tout le monde, et d’ailleurs, c’est pour ça qu’on a créé Youboox. On s’est dit : c’est un scandale que le Spotify du livre n’existe pas, il faut absolument le créer. De manière générale, je crois beaucoup aux multiples innovations de services qui vont se créer grâce à ces outils de mobilité. Maintenant, pour revenir à notre sujet, qui est le livre numérique, évidemment il y a des innovations qui sont en train d’arriver sur des livres enrichis avec des contenus multimédias, des choses très intéressantes.

LCT : C’est-à-dire de l’écrit, mais aussi de l’image, de la vidéo, du son, etc.

HM : Voilà. Et moi, ce à quoi vraiment on croit chez Youboox, c’est la réalité augmentée. Et la réalité augmentée, vous savez, un jour vous passerez votre smartphone sur des immeubles, des objets, des personnes, et vous allez avoir tout un tas de contenus qui apparaissent et auxquels vous avez accès. Donc ça, moi je crois que ça va complètement changer l’accès aux contenus.

LCT : Mais au sujet du livre électronique, ça peut arriver comment ?

HM : Et demain, si les gens lisent dans les lunettes Google, on sera dans les lunettes Google. On sera sur tous les supports que vous pouvez utiliser pour lire des livres. Et d’ailleurs, j’ai commandé une paire de lunettes Google. Google, si vous m’écoutez, je voudrais avoir une paire de lunettes Google pour pouvoir commencer à regarder comment on peut se mettre dedans.

LCT : Si vous la recevez, ça nous intéresse. On aimerait jeter un oeil dessus.

#PORTRAIT_DE_GEEK

LCT : Hélène Mérillon, est-ce que vous êtes une geek ? Ou une geekette ?

HM : Non, je ne suis pas une geek. Mais je suis cernée par les geek. A la maison, mon mari, mes enfants, au boulot… Non, je ne peux pas dire que je sois une geek, je ne suis pas à la pointe de toutes les nouvelles technologies, je ne suis pas super technophile. En revanche, je suis une utilisatrice boulimique de nouveaux gadgets techno, et je m’en sers pour faire plein de choses.

LCT : Par exemple ? Votre smartphone ?

HM : Ma tablette, j’ai plein de choses dessus. J’ai tous les jeux pour mes enfants, j’ai Skype, enfin toutes les applis un petit peu... J’ai Facebook je parle avec mes amis, parce que j’ai pas mal d’amis à l’étranger, donc on partage des photos.

LCT : Vous communiquez comme ça.

HM : Voilà, LinkedIn, ce genre de choses…

LCT : Quelle chapelle informatique ? Plutôt iPhone, Blackberry, WindowsPhone, Android ?

HM : Non, non, on est fan de Steve.

LCT : Vous êtes fan de Steve, ah, c’est plus élégant que d’habitude. Vous êtes fan de Steve, que ce soit pour les tablettes, pour les smartphones, etc. ?

HM : Oui, bien sûr.

LCT : D’accord. Les réseaux sociaux, Hélène Mérillon, est-ce que vous êtes une adepte des réseaux sociaux Facebook, Twitter, etc. ? Vous suivez l’actualité par ces biais-là ?

HM : Oui, j’utilise Facebook. Facebook, pour moi, c’est vraiment pour le perso, donc plutôt les amis, échange des photos et tout ça, et LinkedIn plutôt pour le côté pro, avec... Moi, je ne suis pas une grande utilisatrice des réseaux sociaux, mais je pense que vraiment ça ouvre des possibilités incroyables. Aujourd’hui on peut recruter grâce aux réseaux sociaux.

LCT : Vous le faites ?

HM : Eh bien, écoutez pour l’instant on n’a pas encore beaucoup recruté chez Youboox, mais oui, bien sûr, dès qu’on recrutera, ou bien sûr, il faut mettre ça sur sa page Facebook, c’est des façons très fluides de pouvoir s’adresser aux recrues potentielles. Donc ça c’est un exemple, il y en a d’autres.

LCT : Merci beaucoup Hélène Mérillon.

HM : Merci.

LCT : Merci. L’appart, vous le savez, c’est toutes les deux semaines un regard sur un entrepreneur lié à l’innovation. On se retrouve bien sûr dans deux semaines. Salut à tous.
- Salut à tous.

ALLER PLUS LOIN