L'appart épisode 14 : Rafik Smati, fondateur de Dromadaire.com

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Le 29 / 08 / 14 | Posté par la rédaction de SFR
L'appart épisode 14 : Rafik Smati, fondateur de Dromadaire.com

Tous les 15 jours, L’appart reçoit un décideur de l'innovation pour un entretien vidéo mené par Jérôme Colombain et François Sorel, de La Chaîne Techno en coproduction avec SFR.
Entrepreneurs, chefs d'entreprise, créateurs de start-up… Ils nous font part de leurs succès, mais aussi des échecs qui leur ont permis d’avancer, et nous donnent leur point de vue sur les dernières tendances en matière d'innovation.

Pour ce 14ème épisode de L’appart, nous recevons Rafik Smati, fondateur de dromadaire.com, leader mondial des cartes virtuelles sur le Web, et PDG du groupe Aventers. Pour ce pionnier de l’entreprenariat sur Internet, les grandes innovations de demain seront dans les nanotechnologies et des imprimantes 3D !

Rafik Smati est un e-entrepreneur de la première heure. Il est le fondateur de Dromadaire.com, leader mondial des cartes virtuelles par internet. Témoin attentif de l’actualité, il n’hésite pas à prendre la parole dans les médias pour partager sa vision du futur. Il est l’auteur de plusieurs livres dont L’Eloge de la vitesse et Révolution Y, consacrés aux jeunes générations. Rafik Smati dirige le groupe Aventers, comprenant également la société d’impression Ooprint.

Transcript de la vidéo :

La Chaîne Techno (LCT) :  Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau numéro de L'appart, sur la chaîne Techno. L’appart, vous le savez, c’est toutes les deux semaines un entretien privilégié avec un décideur de l’innovation.

LCT : Et aujourd’hui nous recevons un pionnier du Web Français, l’entrepreneur Rafik Smati, PDG du groupe Aventers.

 # REPORTAGE

 Rafik Smati est un e-entrepreneur de la première heure. Il est le fondateur de Dromadaire.com, leader mondial des cartes virtuelles par internet. Témoin attentif de l’actualité, il n’hésite pas à prendre la parole dans les médias pour partager sa vision du futur. Il est l’auteur de plusieurs livres dont L’Eloge de la vitesse et Révolution Y, consacrés aux jeunes générations. Rafik Smati dirige le groupe Aventers, comprenant également la société d’impression Ooprint.

LCT : Rafik Smati bonjour, et merci d’avoir accepté notre invitation dans L'appart.

Rafik Smati (RS) : Merci de m’inviter.

LCT : Dans quelques semaines, ça va être la grande période des fêtes de fin d’année, et Rafik Smati, grâce à vous, depuis quelques années, on n’envoie plus de cartes papier, on envoie surtout des cartes par Internet. C’est la révolution des cartes dématérialisées, que vous avez concrétisée en France.

RS : En fait, c’est un concept qu’on a ramené des Etats-Unis, déjà en 1998, mais qu’on a recréé en France, ce qui fait qu’aujourd’hui la France est le premier marché, sur une idée toute simple : pourquoi envoyer ses vœux uniquement pour la nouvelle année et pour les anniversaires, pourquoi ne pas les envoyer pour tous les événements de la vie ? Après tout, lorsqu’une Madame Michu rencontre une autre Madame Michu aujourd’hui, de quoi parlent-elles ? Elles parlent de météo, de leurs enfants, de leurs petits-enfants...

LCT : Et nous sommes tous des Madame Michu, d’une certaine manière.

RS : Nous sommes tous des Madame Michu et des Monsieur Michu en puissance, et c’est ce qui fait qu’aujourd’hui, les Français s’échangent des contenus immatériels sur tous les événements de la vie, et notamment le temps qu’il fait, par exemple.

LCT : Alors, est-ce qu’il n’y a pas un phénomène de mode derrière tout ça ? C’est vrai que c’était très branché d’envoyer des cartes il y a encore quelques années, au début du Web. C’est toujours très populaire ? Ça marche toujours autant ? C’est un business qui est en progression, Rafik ?

RS : Ça marche de plus en plus, mais pas forcément auprès de la même cible qu’avant. Effectivement, au tout début, on était sur un modèle qui était très branché. Envoyer ses vœux par Internet...

LCT : Oui, ça changeait un petit peu du papier, mais aujourd’hui, c’est devenu...

RS : C’était énormément les jeunes qui les envoyaient à l’époque. Et aujourd’hui, ce ne sont plus tant les jeunes. Les jeunes, ils sont sur leurs terminaux mobiles, ils communiquent par SMS, aujourd’hui, c’est la femme de plus de 35 ans qui a concrètement besoin et envie de souhaiter les anniversaires, de remercier après un dîner ; une personne qui est dans une logique de relations sociales très intenses. Et cette personne a besoin de supports pour communiquer ses émotions. Et l’e-card répond parfaitement à ses besoins.

# TIMELINE

LCT : Alors, votre parcours d’entrepreneur. Racontez-nous un petit peu, comment ça s’est passé ?

RS : Il a commencé en 1998, alors que j’étais en dernière année d’études. Je faisais les deux en même temps, c’est-à-dire que je faisais partie de ces ovnis qui, le matin, à 7 h 30, allaient dans la salle informatique de l’école, répondait à ses mails, bossait un petit peu, faisait la même chose pendant les récréations et entre midi et deux.

LCT : Là, on est en quelle année ?

RS : Là, on est en 1998. Et pour la petite histoire, au début mes parents ne me prenaient pas trop au sérieux, ils pensaient que c’était une lubie, un jeu, ce Dromadaire que je lançais. Et un jour mon père me pose la question, il me dit : mais qu’est-ce que tu comptes faire après l’école ? Et je lui dis : je compte me consacrer 100 % à Dromadaire. Il me dit : tu plaisantes ? Non, c’est exactement ce que je compte faire.

LCT : Autant être chanteur !

RS : Non, il me disait : il faut que tu te fasses ton expérience dans une grande boîte, c’est maintenant que ça va se jouer. Sur le papier, il n’avait pas tort, mais je ne connaissais Internet depuis quelques années, c’était un terrain de jeux fabuleux sur lequel j’avais envie de m’investir, et le démarrage a été un démarrage en trombe, assez rapide.

LCT : Pourquoi Dromadaire, pourquoi ce nom ?

RS : Pour une raison très simple, c’est qu’à l’époque, j’étais fasciné par une marque qui est encore une marque très connue, qui est la marque Amazon. Ce que j’adorais dans cette marque-là, c’est que d’abord elle évoquait un univers, on pouvait y mettre plein de choses derrière, et que d’autre part, elle n’avait rien à voir avec l’activité qu’elle engendrait derrière, ce n’était pas livre.com ou disque.com. Donc moi je ne voulais pas un site qui s’appelle carte quelque chose… J’y voyais une dimension beaucoup plus générale, et je voulais que les internautes puissent se projeter dans un univers. Et puis la dimension mnémotechnique de la marque était absolument non négligeable, et c’est comme ça qu’on est partis avec la marque Dromadaire. Mais ce qu’il y a d’amusant, c’est que quand on crée son entreprise comme ça en 1998, on n’est pas forcément très ambitieux, et on ne projette pas la dimension internationale. On ne se dit pas qu’un jour cette marque-là sera en Angleterre, en Italie, en Espagne, etc.

LCT : En italien, ça fait dromadairi ?

RS : Ça doit faire dromadario ou quelque chose du genre, et c’est ce qui nous a amené à développer une autre marque pour notre développement international, une marque qui n’est pas connue en France, qui s’appelle Kisseo, mais le numéro un allemand s’appelle Kisseo.de par exemple, et c’est nous, et qui est effectivement passe-partout.

# FAILS

LCT : Malgré tout, vous avez connu des passages plus difficiles. Quelles sont vos fails ?

RS : Il y a eu une vraie traversée du désert entre 2000 et 2003.

LCT : Enfin, cela dit, pour un dromadaire, c’est un peu normal.

RS : Certes, et le dromadaire a des forces, et des réserves qui lui permettent de bien faire ces traversées. On était dans un schéma au début des années 2000, où la publicité se vendait une fortune et où on réalisait un chiffre d'affaires qui était même au-delà du raisonnable de ce que l’on peut en juger aujourd’hui. Et d’une semaine à l’autre, vous voyez ces revenus publicitaires, cet argent facile, s’effondrer. Et quand je dis s’effondrer, ce n’est pas faire moins 30 ou moins 50 %, c’est quasiment arriver à zéro. On est en train de parler d’avril-mai 2000.

LCT : En une semaine, tout a basculé ?

RS : Tout a basculé. Ça a été véritablement désespérant. Et c’est à ce moment-là d’ailleurs que plein de boîtes ont mis la clé sous la porte. Et là, à ce moment-là, ça a été une période très dure, parce que, évidemment, personne ne s’y attendait, et moi le premier. Et ça a été le début de trois ans assez difficiles, où il a fallu se remettre en cause, où il a fallu accepter l’idée d’être plus modeste, d’avoir des équipes beaucoup plus compactes.

LCT : Comment on réagit dans ces cas-là ? On hiberne ? On cogite ? On essaie de se diversifier ? C’est quoi la solution ?

RS : D’abord, c’est la foi, c’est développer le sentiment selon lequel le projet que vous portez ne peut pas ne pas marcher. Et c’est quelque chose qui est absolument ancré en vous. Et quand vous avez ça, vous bossez. C’est probablement l’expérience la plus importante et la plus intéressante que j’ai eue. J’ai même probablement beaucoup plus appris de cette période-là que mes cinq années d’école. Dans une vie d’entrepreneur, c’est quelque chose qu’on n’oublie pas. On en sort forcément différent. Lorsque je vois des entrepreneurs me faire part de leurs difficultés, et aujourd’hui Dieu sait comme les choses ne sont pas forcément faciles, je leur explique ce qui m’est arrivé, et je leur explique que s’ils ont foi en leur projet, et s’ils vont au bout de leur idée, ça marchera forcément, alors peut-être pas au niveau qu’ils espèrent, mais ça marchera forcément. Et au fond, ce sont les grandes tempêtes qui révèlent les grands navigateurs. C’est-à-dire que ceux qui ont une vraie âme d’entrepreneurs se révèlent dans ces moments-là. Et ceux qui se sont lancés, et il y en a eu beaucoup dans les années 2000, par effet de mode ou par opportunisme, en général, ne continuent pas longtemps.

# INNOVATION

LCT : Quelles sont pour vous les innovations de demain ?

RS : Il y a deux innovations ou deux terrains que j’observe particulièrement, qui sont a priori assez éloignés des sujets sur lesquels je suis. Le premier, ce sont les nanotechnologies. Il y a une vraie révolution, et je crois qu’on n’a pas encore, et notamment l’opinion publique n’a pas encore pris la mesure des révolutions...

LCT : C’est encore un peu abstrait. On est dans l’infiniment petit. Les nanotechnologies, c’est ça.

RS : Il y aura des répercussions en matière d’énergie, notamment d’énergie solaire. On sait que l’un des grands enjeux du solaire, ce sont les rendements, là on va être capable d’atteindre des rendements exceptionnels. Vous avez une boîte à Aix-en-Provence par exemple qui développe un iPhone qui se recharge automatiquement avec l’énergie solaire, ça s’appelle SunPartner, et ça marche.

LCT : Celui-là marche, parce que jusqu’à présent, ce n’était pas des réussites les smartphones solaires.

LCT : J’ai plutôt grillé des Smartphones au soleil, alors qu’ils ne se sont pas rechargés. Et ça marche maintenant.

RS : Oui, ça commence à marcher, et c’est valable dans tous les domaines, notamment dans la santé, où il va y avoir une révolution phénoménale dans le domaine des nano. Et il y a un autre sujet que j’observe particulièrement et que je n’exclus pas d’investir, notamment, on est en train de s’interroger sur l’opportunité de créer une filiale, c’est l’impression 3D. L’impression 3D, on en parle de plus en plus, c’est une des grandes révolutions à venir. Simplement, pour ceux qui ne connaissent pas le sujet, je voudrais simplement donner un exemple d’application, qui paraît surréaliste, mais qui montre jusqu’où on peut aller. Tout le monde doit avoir en tête le film L’Aile ou la cuisse avec Louis de Funès, se baladant dans cette usine de Monsieur Tricatel qui produit de la viande et des poulets de façon complètement synthétique. Eh bien une société américaine a réussi à imprimer de la viande comestible en 3D avec une cartouche de protéines, une cartouche d’hydrogène, une cartouche de gras, au même titre qu’on a sur une imprimante traditionnelle une cartouche de bleu, de jaune et de vert. Et il en produit, et il en sort de la viande qui est comestible.

LCT : Demain on pourra imprimer ses steaks ?

RS : Très sérieusement, en germe, là on est peut-être probablement sur une caricature. Mais l’idée qui consiste à dire qu’on puisse imprimer de l’objet directement à partir d’une imprimante, il y a une révolution industrielle en germe, et même une révolution scientifique. Ce vase, qui a probablement été produit dans un pays asiatique, il a pris le bateau, son empreinte écologique, elle est gigantesque. Demain, SFR, qui voudra produire ce vase, le fera sur mesure, et l’imprimera par ses soins et le mettra sur cette table-là. Moi j’ai le sentiment qu’on est aujourd’hui dans l’impression 3D ce qu’on était dans l’Internet des années 94-95. C’est-à-dire qu’il va se produire beaucoup de choses de pas forcément...

LCT : Qu’on ne peut peut-être même pas encore imaginer en fait.

RS : Aujourd’hui, on va s’amuser, on va faire des choses forcément pas très pertinentes, les gros acteurs commencent à investir le terrain, mais ils sont davantage en observateurs. Vous allez avoir des start-up qui vont se créer, qui vont apporter de l’innovation ; et c’est à partir de tout ça qu’on va être capable, dans cinq ou dix ans, de voir véritablement ce qu’on pourra mettre derrière.

# PORTRAIT_DE_GEEK

LCT : Est-ce que vous êtes un geek ?

RS : Oui, depuis toujours. J’ai eu mon premier ordinateur, j’avais cinq ans, c’était un Spectrum. Je ne sais pas si quelqu’un connaît ce que c’est aujourd’hui.

LCT : Ça me dit quelque chose.

LCT : Oui, vaguement...

RS : Evidemment, je suis passé par tous les Amstrad et compagnie. Je n’avais pas encore dix ans, je développais en logo, c’était un langage pour faire des dessins.

LCT : Ah oui, donc bien contaminé quand même…

RS : Oui, donc assez contaminé. Et je trouve que l’innovation, c’est quelque chose d’absolument galvanisant. Donc oui, je suis un geek.

LCT : Donc, toujours les derniers smartphones, les dernières tablettes. Vous allez dans les magasins acheter des choses qui sortent comme ça ? Il y a cette fièvre ?

RS : Pas de façon compulsive. Je me suis calmé, et aujourd’hui j’ai une religion. Et je suis depuis quelques années clairement du côté d’Apple. Je trouve que ce qu’ils font est vraiment grandiose. J’ai testé les autres systèmes d’exploitation, ce qui se faisait…

LCT : Malgré l’aspect fermé, malgré le marketing poussé à l’extrême.

RS : Mais c’est objectivement bien fait, c’est fluide. Android, objectivement, et j’ai testé plus de fonctionnalités, mais qui, de mon point de vue, s’articulent beaucoup moins bien entres elles que sur un iPhone. Donc moi, je suis vraiment un fan d’Apple, et j’observe notamment ce que fait cette marque, jusqu’à ce qu’un autre puisse proposer mieux.

LCT : Côté réseaux sociaux, plutôt Facebook, plutôt Twitter, plutôt des réseaux professionnels ?

RS : Clairement pas Google +.

LCT : Pourquoi ?

RS : Je pense que Google est passé à côté de quelque chose.

LCT : Ils sont arrivés trop tard ?

RS : Ils sont probablement arrivés trop tard, et c’est dommage, parce qu’il y avait un marché pour un deuxième. Ils sont arrivés à un moment où Facebook suscitait beaucoup d’inquiétudes, notamment sur le respect de la vie privée, etc. Ils auraient pu jouer un bon coup, ça n’a pas été le cas. Je continue à utiliser Facebook, je dis bien : je continue à utiliser Facebook, mais de façon beaucoup plus passive, et aujourd’hui je suis plus actif sur Twitter.

LCT : Eh bien Rafik Smati, merci d’avoir été notre invité dans L'appart.

RS : Merci à tous les deux.

LCT : Merci. Merci de nous avoir suivi aujourd’hui encore, et on se retrouve évidemment dans deux semaines avec un nouveau décideur de l’innovation.

RS : Salut à tous.

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