L'appart épisode 12 : le multi-écran par Christophe Aulnette

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Le 27 / 08 / 14 | Posté par la rédaction de SFR
L'appart épisode 12 : le multi-écran par Christophe Aulnette

Tous les 15 jours, L’appart SFR reçoit un décideur de l'innovation pour un entretien vidéo mené par Jérôme Colombain et François Sorel, de La Chaîne Techno.
Entrepreneurs, chefs d'entreprise, créateurs de start-up… Ils nous font part de leurs succès, mais aussi des échecs qui leur ont permis d’avancer, et nous donnent leur point de vue sur les dernières tendances en matière d'innovation.

Pour ce 12ème épisode de L’appart, nous recevons Christophe Aulnette, patron star de l’innovation en France

Christophe Aulnette est un patron star de l’innovation en France. De 2001 à 2005, il dirige la filiale française de Microsoft. En 2005, il rejoint la société Altran comme directeur général mais il quittera l’entreprise un an plus tard. Aujourd’hui, Christophe Aulnette est CEO de Netgem, poids lourd français de la télé connectée, fournisseur de boxes triple-play pour les opérateurs. Ce grand connaisseur de notre environnement numérique se consacre au développement de nouveaux outils dédiés à la convergence des écrans connectés.

TRANSCRIPT DE LA VIDEO

La Chaîne Techno (LCT) : Bonjour à tous et bienvenue pour ce nouveau numéro de l’Appart. L’Appart, c’est toutes les deux semaines sur la chaîne techno, un entretien avec un décideur de l’innovation.

LCT : Et aujourd’hui, nous allons parler de télés connectées, de convergences avec Christophe Aulnette, PDG de Netgem.

LCT : Bonjour Christophe Aulnette.

Christophe Aulnette (CA) : Bonjour.

LCT : Merci d’avoir accepté notre invitation pour ce nouveau numéro de l’Appart. Alors Christophe Aulnette, vous êtes le PDG de Netgem, qui est une société française, mais que peu de personnes finalement connaissent. Est-ce que vous pouvez nous présenter Netgem ?

CA : Oui, Netgem n’est pas forcément très connue parce que c’est une activité B to B essentiellement, donc l’entreprise fournit des solutions de télévision Internet pour les opérateurs télécom essentiellement, pour les aider à bâtir des solutions qui vont permettre de développer la relation avec leurs abonnés, de les garder, et puis de développer leur chiffre d'affaires avec leurs abonnés.

LCT : Alors la télévision Internet, la télévision connectée, on en parle beaucoup, mais on a l’impression qu’on ne la voit pas vraiment. Est-ce que c’est un mythe ou une réalité aujourd’hui ?

CA : C’est une réalité en France avec le triple play, et on a été même précurseur, parce que, aujourd’hui, vous avez dix millions de foyers en France qui regardent la télévision par Internet. Et donc ce qu’amène le triple play, la box télé, elle connecte la télé, donc la télé devient connectée.

LCT : Donc on a des télés connectées.

CA : On a des télés connectées aujourd’hui. Elles sont faites par l’entremise d’une box, mais c’est très peu utilisé, en fait. Aujourd’hui, ce qu’il faut voir, c’est que la télévision connectée, ce n’est plus vraiment le problème de l’utilisateur, le consommateur. Il y a un phénomène qui s’est produit au cours des trois dernières années, qui est le phénomène des tablettes, des multiplications d’écrans dans la maison.

La fameuse image d’Épinal de la famille telle qu’on est ici sur ce canapé, regardant tous le même écran, à un même moment, c’est terminé. Regardez chez vous si vous avez des ados : chacun est dans sa pièce, qui avec sa tablette, chacun son écran. Et puis parfois même, quand on est deux à regarder le même écran, on a chacun un écran personnel sur lequel on fait des choses plus ou moins liées à ce qui est sur l’écran.

Donc on voit bien qu’on est dans un monde où on est passé de N personnes un écran à N personnes N écran, et que le challenge pour des acteurs comme nous, c’est de faire en sorte de pouvoir agréger les contenus, les diffuser, les distribuer à tous les écrans de la maison, à tout moment, à tous les consommateurs potentiels. Et c’est vraiment ça le coeur du sujet aujourd’hui. Ce n’est plus tellement la télévision connectée, mais la maison connectée.

# TIMELINE

LCT : Quelle est la time line, à la fois de Netgem et de Christophe Aulnette ?

CA : La time line de Netgem, elle le porte en quatre dates je crois. La première, 96, la fondation de Netgem par Joseph Haddad, qui en est toujours le président, président du conseil d’administration, et qui a créé l’entreprise, avec cette vision d’ouvrir la télévision au monde de l’Internet.

LCT : Je me souviens très bien, moi, de ces petites boîtes qu’on présentait, qui étaient censées se connecter au téléviseur, avec un clavier qu’on mettait sur les genoux.

LCT : C’est-à-dire qu’on apportait l’Internet sur la télé en fait.

CA : Voilà, c’était l’époque Web TV.

LCT : Ça n’a pas été un gros succès d’ailleurs.

CA : Non. Et Netgem avait son boîtier. Et l’entreprise n’a pas un grand succès, mais si vous voulez, dans les années 90, la fin des années 90, les opérateurs télécom voulaient tous se positionner comme des acteurs de la convergence, donc ils achetaient ces box qu’ils donnaient plus ou moins ou pas à leurs consommateurs, et l’entreprise a fait une croissance très forte, une hyper croissance à la fin des années 90, s’est introduite en Bourse en mars 2000, et à l’été 2000, valait deux milliards d'euros.

On a rapidement signé quelques contrats, dont un dont on est très fier avec Telstra, en Australie. Aujourd’hui, il y a plus de 400 000 foyers qui ont déployés la Tbox, qui est une box dont le matériel, le logiciel est fait par Netgem. Et donc, quelle meilleure preuve de la capacité à s’internationaliser que de vendre à un opérateur télécom un produit sur lequel il met sa marque à 20 000 kilomètres de la France ?

LCT : Un mot quand même sur votre time line perso, parce que vous avez quand même un joli parcours de patron, notamment chez Microsoft. Qu’est-ce que vous gardez de cette période chez Microsoft ?

CA : Je me souviens que quand j’ai dit à mes parents que je rentrais chez Microsoft, ils m’ont fait répéter deux fois le mot. Ils ne connaissaient pas. Il faut bien vous rendre compte qu’à l’époque Windows n’était pas là, le PC était vraiment un outil d’entreprise. On utilisait Lotus 1, 2, 3, voilà, point.

J’ai déménagé. Je suis parti habiter au Japon, où j’ai été le bras droit du patron Asie dans un job de développement, de potentiel, comme on pourrait le dire aujourd’hui, mais ça n’existait pas de cette façon-là. Et puis, ensuite je suis allé à Singapour où j’ai dirigé l’Asie du sud. Sept pays : l’Inde, Singapour, Philippines, Malaisie…, donc une ouverture à des cultures très différentes. Et c’est une expérience absolument formidable.

On m’a rappelé en 2001 pour devenir président de Microsoft France. Bon, ça ne se refuse pas en tant que Français. Mais je dois dire que c’était un peu dur de quitter Singapour en y ayant passé finalement assez peu de temps. Mais bon, je suis revenu en France. Et là, gros changement. En mars, ou à l’été 2000, je fais un voyage avec Bill Gates en Inde. Bon, c’était une rock star là-bas, et j’arrive en France en 2001, le 11 septembre, Bush, la guerre en Irak, l’anti-américanisme, Linux etc. Le problème d’image de Microsoft était compliqué.

# FAILS

LCT : Quelles sont vos fails, Christophe Aulnette ?

CA : Je crois que l’expérience Altran a été d’une certaine façon vécue, en tout cas perçue comme un échec, à savoir que effectivement, je n’ai probablement pas suffisamment compris ce qu’était un job de CEO par rapport à un job de COO, si je puis dire, c’est-à-dire cette dimension de management, notamment du conseil d’administration, du fait de prendre un certain nombre de sécurités sur le long terme, sur la capacité d’autonomie.

LCT : C’est quoi, il faut être plus politique ?

CA : Oui, il faut déjeuner plus souvent avec les membres du conseil d’administration. Il faut s’assurer... Je venais d’un environnement un peu policé. Microsoft peu peut-être apparaître dure, mais en fait, c’était une entreprise qui est, en tout cas qui était très bien. La gouvernance était claire.

LCT : Oui, c’était stable.

CA : C’était stable. Et puis, il y a une grosse différence entre être directeur général de la filiale la plus importante de l’entreprise la plus prestigieuse que d’être CEO d’une boîte cotée en Bourse. Ca n’a rien à voir.

#INNOVATION

LCT : Quelles sont les innovations qui vont bouleverser justement la télé dans les années qui viennent ?

CA : D’abord, on voit une bataille mondiale qui est en train de se produire entre quatre plaques tectoniques, si je puis dire. Vous avez les acteurs de l’électronique grand public, les Samsung, Sony, LG, qui finalement regardent avec probablement beaucoup d’intérêt ce qu’a réussi à faire Apple, et se disent : « Bon, moi aussi je veux pouvoir capturer l’utilisateur. » c’est-à-dire faire en sorte que quand je me connecte à ma Samsung TV, je sors ma carte bleue et je deviens connecté, et j’ai un service.

Vous avez les acteurs globaux de l’Internet, les Google, Netflix, Amazon, et Microsoft d’une certaine façon, qui se disent : « Non, nous, on va venir avec des solutions globales, over the top, qui vont complètement commoditiser les réseaux et qui vont venir par-dessus tout ça et prendre toute la valeur ajoutée de l’utilisateur. »

Vous avez les acteurs du monde du broadcast qui essaient désespérément, qui sont probablement les moins bien placés dans cette guerre parce que leur modèle est un modèle basé... D’abord ils ont les poches moins profondes, et ils ont un modèle basé aussi sur le monde broadcast. Et aujourd’hui, on va vers le monde on demand. Et donc le monde on demand, c’est de la télévision plus interactive, plus à la demande du consommateur, de la télévision de la publicité, donc un modèle de revenu, un modèle publicitaire pour le plus grand nombre est très challengé.

Et puis, vous avez enfin les acteurs télécoms ou services opérateurs, les câble opérateurs, c’est pareil, qui eux ont une valeur ajoutée importante. Ils ont cette connexion au consommateur, cette relation de facturation, cette capacité à les facturer, à leur donner du service. Même si on peut les critiquer, si vous avez un problème avec votre télé Samsung, qui appelez-vous ? Vous n’appelez personne, vous vous débrouillez. Alors que quand même, même si la hotline c’est compliqué, vous pouvez quand même avoir une assistance chez Free, chez SFR, chez Orange. Et puis les acteurs télécoms ont un dernier atout, c’est qu’ils sont très ancrés dans les écosystèmes locaux. La télévision, ce n’est pas seulement CNN, Disney, YouTube ; c’est aussi M6 en France, M6 Replay, c’est aussi Media 7 en Italie, c’est Skyplayer... Donc c’est du global local.

La réalité des utilisateurs, c’est qu’ils ont plusieurs fournisseurs à la maison. Donc comment vous allez expliquer que sur votre télé LG vous accédez à tel type de VOD, à tel type d’interface, vous avez tel type d’expérience client, et sur votre télé Samsung, c’est une autre expérience client, et puis sur votre PC, c’est autre chose. Non, moi je pense qu’au contraire, c’est une opportunité pour nous pour apporter peut-être des box un peu différentes, peut-être moins importantes, plus réduites, plus simples éventuellement un dongle, que sais-je , mais qui amènera l’expérience consommateur de façon homogène et uniforme, notamment parce que les utilisateurs, si on veut s’adresser vraiment, en dehors des geeks, au grand public, il faut finalement que la méthode d’accès à la télévision soit fluide, elle soit homogène d’un écran à l’autre ; que les services soient disponibles sur tous les écrans de la maison.

 # PORTRAIT DE GEEK

LCT : Alors quel genre de geek êtes-vous ? D’abord côté mobile, vous êtes plutôt iPhone, Androïd, Windows Phone ?

CA : Alors moi, j’ai plutôt été toujours connecté, donc il se trouve, et ça va vous surprendre ou pas vous surprendre, que j’ai un Windows Phone pour mon accès...

LCT : A c’est vous !

CA : C’est moi, finalement, la part de marché. Oui, j’ai un Windows Phone.

LCT : Vous avez encore des gènes Microsoft alors, Christophe Aulnette…

CA : Voilà, probablement. Il y a deux choses. Il y a un attachement… D’abord je pense que Windows Phone, pour mon utilisation professionnelle, c’est très bien, c’est très bien intégré à mon environnement et j’en suis très satisfait. Donc il y a peut-être un peu d’attachement émotionnel. Et puis il y a une petite dose de provocation puisque je suis entouré de beaucoup de gens qui me considèrent comme un vendu à Microsoft, donc je l’ai fait un peu par provocation. Mais j’en suis très content.

Et puis à titre personnel, j’ai un Androïd Galaxy S2, et je l’ai fait essentiellement pour... Avant j’avais un iPhone, c’est pour rester ouvert aussi à d’autres écosystèmes et puis comprendre ce qui se passe dans ce monde-là, ce monde Androïd qui est aussi très important dans notre univers professionnel.

Donc, voilà j’ai les deux téléphones. Et je suis plutôt du genre toujours connecté.

LCT : Alors justement, si vous êtes toujours connecté, vous êtes présent sur les réseaux sociaux aussi ? Vous êtes plutôt Facebook, plutôt Twitter ? Les deux ?

CA : A titre professionnel, je suis essentiellement LinkedIn en fait, et je trouve qu’il y a eu beaucoup de progrès fait sur LinkedIn, que même la home page, la façon dont ils l’ont enrichie récemment...

LCT : Donc là, c’est plutôt pour le business, et pour poursuivre votre carrière professionnelle...

CA : C’est plutôt pour rester en contact avec tout un ensemble. On dit qu’il faut aller prospecter, je ne sais pas, Télécom Slovénie, je dis : « Bon, voilà sur mon réseau, qui connaît le patron de Télécoms Slovénie ? » Comme ça, j’arrive à avoir les contacts. Et ça marche très bien. Donc, je l’utilise aussi beaucoup pour le business. J’ai environ 900 contacts professionnels du monde telco, télécoms, média. Sur LinkedIn, je suis très strict sur le fait de ne pas accepter d’autres sollicitations.

LCT : Oui, c’est vraiment un axe professionnel.

CA : J’avoue que Facebook, je l’utilise de moins en moins, peut-être le côté un peu « expose yourself », ado attardé, ce n’est pas mon truc. Voilà, ça permet de se maintenir un peu à l’actualité personnelle d’un certain nombre de personnes essentiellement.

LCT : Et puis pour suivre peut-être vos enfants ou votre famille ?

CA : Voilà, par des voies diverses, mais enfin, les enfants vous excluent rapidement de la zone d’amis, mais enfin vous avez quelques espions.

Et puis j’utilise beaucoup Twitter, de plus en plus. En fait, j’ai switché de Facebook vers Twitter, et j’alimente d’ailleurs Facebook par Twitter. Et je trouve que Twitter, c’est formidable. On parlait un moment des portails, vos portails personnalisés. D’une certaine façon, Twitter, c’est devenu ça. C’est-à-dire que vous vous connectez sur Twitter le matin, vous avez vos abonnements, vos followers qui vous donnent des infos sur ce qui vous concerne. Vous avez vos hashtags ; et finalement, vous prenez le pouls de tous vos centres d’intérêts. Et comme j’ai aussi un engagement politique par ailleurs, puisque je suis premier adjoint à la mairie de Neuilly et adjoint aux affaires économiques, je constate à quel point Twitter est devenu un outil extrêmement utilisé en politique. Et je l’utilise aussi beaucoup dans ce domaine-là.

LCT : On sait où vous joindre. Merci beaucoup, Christophe Aulnette, d’avoir été notre invité dans l’Appart.

CA : Merci.

LCT : On se retrouve bien sûr dans deux semaines pour encore une fois rencontrer un décideur de l’innovation. A très vite.

Salut à tous.

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