L'appart épisode 10 : Marc Schillaci d'Oxatis

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Le 25 / 08 / 14 | Posté par la rédaction de SFR
L'appart épisode 10 : Marc Schillaci d'Oxatis

Tous les 15 jours, nous recevons à L’appart SFR un décideur de l'innovation pour un entretien vidéo mené par Jérôme Colombain et François Sorel, de La Chaîne Techno.
Chefs d'entreprise, créateurs de start-up, ingénieurs, chercheurs… Ils nous font part de leur actualité, de leurs réalisations, succès et échecs, sans oublier de nous recommander les dernières tendances de l'innovation. Notez que ce 10ème épisode clotûre la saison 1 de L'appart. Dès le mois prochain, la seconde saison commencera. Elle sera dédiée aux entrepreneurs du Web.


Pour ce 10ème épisode de L’appart, nous recevons Marc Schillaci, le PDG d’Oxatis.


Marc Schillaci est un serial-entrepreneur. A 19 ans, il crée un logiciel de gestion de projet. Dans les années 90, installé aux Etats-Unis, il monte une entreprise de commerce en ligne destinée aux PME – EBZ.com - qu’il revend à des canadiens. De retour en France, il fonde Oxatis en 2001, une plateforme qui permet aux entreprises de créer leur propre site marchand. Il est aussi l’auteur du livre "Réussir sa boutique en ligne" (First Editions 2008).
Pour Marc Schillaci l’entrepreneuriat est une aventure moderne où les échecs servent à progresser.

Transcript de la vidéo

La Chaîne Techno (LCT) : Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau numéro de L'appart. L’appart, c’est toutes les deux semaines, un entretien intime avec un décideur de l’innovation. Et aujourd’hui, nous parlons de e-commerce, nous recevons Marc Schillaci, fondateur de la société Oxatis.

 

REPORTAGE

Marc Schillaci est un serial entrepreneur. A 19 ans, encore étudiant, il crée un logiciel de gestion de projets. Installé aux Etats-Unis dans les années 90, il monte une entreprise de commerce en ligne destinée aux PME, qu’il revend à des Canadiens. De retour en France en 2001, il fonde Oxatis, une plateforme qui permet aux entreprises de créer leurs propres sites marchands. Il est auteur du livre Réussir sa boutique en ligne. Pour Marc Schillaci, l’entreprenariat est une aventure moderne où les échecs servent à progresser.

 

La Chaîne Techno (LCT) : Bonjour Marc Schillaci.

Marc Schillaci (MS) : Bonjour.

LCT : Merci d’avoir accepté notre invitation dans L'appart. Alors vous êtes le patron d’Oxatis, une société qui est basée à Marseille, alors qui est très réputée dans le monde du B2B comme on dit, peut-être pas auprès du grand public, même si on a accès à vos services forcément sans peut-être s’en rendre compte, est-ce que vous pouvez nous présenter Oxatis ?

MS : Alors Oxatis, c’est une plateforme de sites marchands, c’est-à-dire que nous permettons à des entreprises, à des commerçants, de commercer sur Internet, de créer leur propre site sans avoir de connaissances particulières. Ils vont commercer avec un site classique, avec un site mobile, avec des sites sur Facebook, où ils vont aussi faire ce qu’on appelle du commerce sur des plateformes marchandes, comme par exemple Amazon ou ebay. Et l’ensemble de ces sites, on a plus de 10 000 sites marchands en Europe, en Angleterre, en France, en Italie, en Espagne, représenterait le 6e ou 7e site marchand français. Donc en effet, quand vous achetez régulièrement sur le Net, vous tombez souvent sur un site Oxatis sans le savoir.

LCT : Donc, en fait, vous vendez la brique ?

MS : Absolument, la brique et le service si vous avez besoin de services complémentaires, ou ce que vous ne savez pas faire, un graphisme extraordinaire, un référencement à votre niveau, du marketing etc. Donc on commence par la base qui est le logiciel loué, et on continue ensuite par une série de services.

#TIMELINE

 Oxatis, on a créé ça en France, mais auparavant, je l’avais créé aux Etats-Unis. C’est d’ailleurs une des timeline pour moi. En 96, en fait, on vendait à l’époque des composants logiciels. Et un jour, j’ai mon associé américain, je me rappelle c’était en 96, un soir, il m’appelle, j’étais au restaurant avec des amis, il me dit : « Marc, il faut qu’on fasse un site Internet. » Je lui dis : « Ben écoute, tu me rappelles demain.. » Je ne savais même pas ce que c’était, franchement. Et il insiste. J’ai fini par dire oui. Pour vous donner une idée à quel point c’était innovant à l’époque, on avait réussi à avoir un nom de domaine en trois lettres. Aujourd’hui, ça n’existe plus. Ils sont tous pris, c’est clair. Et on lance ça. Au bout d’un mois, on avait quelque chose qui marchait à peu près. C’était une page. Et en fait, on ne s’était pas rendu compte qu’il y a quatre serrures pour le e-commerce, et c’est toujours valable aujourd’hui. Quand vous êtes dans un pays que vous vous demandez : « Nous, est-ce qu’on peut se lancer dans un pays ? », pour le e-commerce, il faut qu’il y ait quatre serrures. La première serrure, donc la clé bien sûr, c’est l’équipement qui vous permet de voir le site. Ça paraît idiot, mais : est-ce qu’il y a un équipement mobile ? Est-ce qu’il y a un équipement à la maison ? Là, nous, on s’adresse à des ingénieurs. Ils avaient tous un PC, en 96. Est-ce que vous avez un accès à Internet ? Aujourd’hui encore ça nous paraît trivial, mais en 96, ce n’était pas évident. Les ingénieurs avaient un computer, pas hyper rapide, mais les pages étaient d’une telle sobriété que ça se passait bien. Après, il y a le système de paiement. Et à l’époque, on n’avait pas toutes ces craintes que l’on a certainement, justifiées, aujourd’hui, sur le fait de ne pas donner son numéro de carte bleue. On donnait son numéro de carte pour réserver l’hôtel. On tapait sur le minitel le numéro de carte de crédit, ce n’était pas en crypté à l’époque. Donc, aucun problème. Quelqu’un se mettait à la porte de chez vous, il voyait les octets. Ce n’était pas difficile de vous pomper un numéro de carte. Et enfin, la quatrième serrure, c’est la logistique. Dans tout pays, est-ce qu’il y a une logistique qui est valable ? Et là, la logistique, c’était le téléchargement. Et donc, conclusion, il y avait les quatre clés dans les quatre serrures, et en deux ans, on a détruit l’organisation de notre réseau de distribution. C’est-à-dire qu’il est resté les revendeurs qui étaient vraiment des revendeurs à valeur ajoutée et qui organisaient des conférences de développeurs etc., mais tous ceux qui ne faisaient que de bouger des boîtes ont disparu.

# FAILS

LCT : Alors quels sont les fails qui ont peut-être marqué votre vie d’entrepreneur ?

MS : Alors une période de fails assez intéressante, c’est quand on est aux Etats-Unis et qu’on développe ce premier logiciel en ligne, nous, on travaille vraiment sur le business. On veut créer du business. Nos abonnés sont de vrais abonnés qui paient chaque jour quelque chose etc. C’est un tout petit peu avant l’explosion de l’Internet, donc 99, et tout d’un coup, l’argent coule à flots fin 99, début 2000 ; et se crée tout un tas d’acteurs pour lequel le business va changer. Le modèle économique va changer, et nous, on ne comprend pas ça. On ne comprend pas que les règles du jeu peuvent être différentes. On est éduqué, si j’ose dire, en entrepreneurs qui disent : « On dépense un peu. Voilà et il faut gagner. »

LCT : Vous n’êtes pas des enfants de la bulle, en fait.

MS : Non, et on ne savait pas que vendre à AOL six millions de dollars de pub et que lui achète six millions de dollars de pub chez vous, ça peut faire faire du business. Voilà, on n’a pas compris ça. Et donc, on échoue. On vend notre société à une société canadienne qui elle a compris, et c’est coté en Bourse etc., puis on revient en France, et on s’est dit : « Ce n’est pas possible d’avoir échoué là-dessus. L’idée est trop bonne, on refait la même chose. » Et donc on refait la même chose en 2001 en France. Et là, c’est trop tôt. Donc, deuxième fail.

LCT : Un problème de timing.

MS : Problème de timing. A l’époque, nous, on voulait louer un logiciel en ligne, donc on payait chaque mois, à des gens qui déjà louaient leur abonnement à accès à Internet à l’heure. Donc, ils ne comprenaient absolument pas pourquoi ils devaient payer deux fois. Et en plus, ce n’était pas les vitesses de l’ADSL, ce n’était pas... Je pense que ça, ce sont des fails qui sont importants, qui durent longtemps, parce que ce sont des périodes qui sont sur plusieurs années, cinq, six ans, donc ça démontre d’un entrepreneur doit être persistant, il doit croire en ce qu’il fait. Beaucoup de gens vous disent : « Non, ça ne marchera jamais etc. » Et je me souviens, nos premières semaines, premiers mois, premières années, quand on faisait 200 euros de chiffre d'affaires par jour. Le mois d’après, c’est 250. Vous vous dites : « Super, j’ai fait 20 % de croissance. » Et votre épouse, elle vous dit : «  Bon, ce n’est pas encore gagné. » Donc, je pense que ces fails sont constructifs parce que ça doit éduquer l’entrepreneur. Et j’ai eu plein d’autres petits fails dans ma vie sur des entreprises que j’ai essayé de lancer, mais l’important, c’est de pouvoir en sorte que ces fails n’aient pas de conséquences dans votre vie d’entrepreneur, au sens que vous ne plantez personne, vous ne plantez pas de fournisseurs, vous ne plantez pas l’État etc. Et puis ça ne démotive pas, mais là, c’est un peu à l’envers. Ça peut aussi dépendre de comment vous avez commencé. Une fois que vous avez eu un succès, vous pouvez vous dire : « C’est possible de recommencer. » Et ce n’est pas à tous les coups que ça va marcher, il faut bien le comprendre que ça ne marche pas à tous les coups.

# INNOVATION

LCT : Revenons en 2012. L’e-commerce maintenant, aujourd’hui, fait partie du quotidien des Français et c’est formidable, ça a complètement bouleversé notre manière d’acheter. On voit aussi que maintenant, il y a de nouveaux usages qui apparaissent, notamment la mobilité, et je crois que vous misez beaucoup là-dessus. C’est-à-dire que demain, on va acheter en mobilité grâce à son mobile. Ça commence à arriver, de manière assez timide, mais vous êtes persuadé que c’est ça l’avenir ?

MS : On est persuadé en effet que ce qui est l’avenir, c’est un commerce connecté. C’est-à-dire que c’est le fait à la fois d’avoir des terminaux qui permettent de voir des produits, de pouvoir les acheter à peu près n’importe où ; et c’est vrai qu’on est très étonnés de ce qui s’achète sur les téléphones mobiles. Au début, on pensait simplement que ça serait du téléchargement de musique, des choses pas chères etc. Demandez aux gens qui vendent du voyage, ce qui n’est pas notre cas, ils vous diront qu’il y a énormément de voyages qui se décident le soir, avec un iPad, sur un canapé, en famille. On a d’abord tout sélectionné, et puis on se décide sur un mobile à un instant T. Nous, on voit passer des achats de plusieurs milliers d’euros...

LCT : On achète véritablement, on finalise l’achat sur un mobile.

MS : Absolument, absolument. Alors qu’elle a peut-être été étudiée avant soit au domicile, soit au bureau, avant. Mais nous, on voit passer des choses étonnantes, des choses à plusieurs milliers d’euros sur des mobiles chaque jour.

LCT : C’est ce qu’on dit : la tablette est la meilleure amie du canapé aujourd’hui.

MS : Absolument, absolument. Et on peut se demander aussi comment on peut acheter un tapis de 4 m² ou 6 m² sur un iPhone, et je ne parle pas d’un iPad ! Et ça marche, bon. Et puis, je pense aussi que ce qui est important, c’est de voir que le fait que, prenons un commerçant, un commerçant dans le centre ville, il a toujours eu un logiciel de gestion pour gérer ses stocks, pour faire sa compta etc. Et vous, quand vous vous rendez dans une ville, si vous cherchez une chemise, un jean, quelque chose d’une certaine taille, d’une certaine marque, pour la trouver, eh bien, c’est un peu au feeling. Vous connaissez vos adresses etc. Mais vous ne pouvez savoir où elles sont. A partir du moment où ces gens se...

LCT : On se connecte sur son logiciel.

MS : Voilà, à partir du moment où ces gens se mettent en ligne, ça veut dire qu’il faut qu’on se synchronise avec leur logiciel pour savoir ce qu’ils ont en stock etc. Donc, finalement, ils finissent par mettre dans le nuage les informations qui correspondent à leur magasin. Ensuite, notre métier chez Oxatis c’est de dispatcher tout ça où ils veulent, où ils le veulent, sinon on n’est pas obligé, et si un jour, par exemple, quelqu’un fait une application qui vraiment travaille sur la mobilité en disant : «  Moi, je rentre dans cette ville, je voudrais savoir où je peux trouver tel jean en telle taille. » Eh bien, automatiquement ces gens... Donc, je crois que ça, ça va transformer la façon dont les gens achètent, et pas uniquement en la faveur des plus grands, parce que c’est ça qui est étonnant dans le e-commerce, c’est qu’au début, on a cru que ça serait une affaire de très grands ; et je pense qu’il y a tout un spectre de commerçants qui sont concernés. Les petits ont eu peur au départ, ce qui est tout à fait logique. Regardez...

LCT : Et ça permet l’émergence du "pure player". On le voit avec Amazon par exemple.

MS : Alors d’abord, ça a permis l’émergence de pure player, et si vous regardez même sur les dix premiers Français aujourd’hui, je pense qu’il doit y en avoir au moins sept qui sont des pure players. Voilà. Mais ça ne veut pas dire... Et je pense que ces places sont extrêmement difficiles à prendre.

# PORTRAIT_DE_GEEK

LCT : Alors, Marc Schillaci on termine traditionnellement par un questionnaire de geek dans L’appart.

MS : D’accord.

LCT : Avec la question concernant votre mobile justement. Vous êtes plutôt iPhone, Android, Windows Phone ?

MS : Alors, c’est étonnant parce que moi, je suis Windows, et pourtant, j’ai un iPhone. Et en fait, j’ai un iPhone pour la même raison que celle que j’ai Windows, celle pour laquelle j’ai Windows pardon, en fait...

MS : Mes applications que je créais en 1981 sur MSDOS, elles fonctionnent toujours sur mon Windows d’aujourd’hui.

LCT : Là, vous parlez de votre PC ?

MS : Voilà.

LCT : Votre ordinateur à la maison.

MS : Voilà, mais c’est la même raison pour laquelle j’ai choisi un iPhone, parce qu’il y a une consistante aujourd’hui dans le développement des OS de l’iPhone, et quand on a commencé à sortir les premières applications mobiles, parce que vous avez parlé de sites mobiles, mais on a aussi des applications qui permettent à nos marchands de gérer leur site mobile, de valider leurs commandes, etc. Et quand on veut les développer sur Android, il y a à peu près autant de versions d’Android aujourd’hui, je ne dirais pas que de versions de téléphones, mais presque, et c’est très difficile de garder une stabilité. Donc, voilà une des raisons pour lesquelles aujourd’hui j’ai choisi d’avoir un iPhone.

LCT : Un iPhone, d’accord. Alors bon, les réseaux sociaux, on en parlait il y a un instant. Est-ce que c’est quelque chose qui, au-delà de votre métier, vous intéresse, les réseaux sociaux, Facebook, Twitter ?

MS : Alors, ça m’intéresse obligatoirement par rapport à mon métier. Oxatis est sur Facebook. Moi, j’utilise assez peu Facebook, il faut que je sois sincère avec vous là-dessus, simplement parce que j’aime bien garder ma vie privée pour moi. Par contre, je blogge, donc c’est peut-être un peu désuet, mais voilà je blogge. Je blogge sur l’entreprenariat et sur le e-commerce, et donc je twitte ce que je blogge. Et puis, de temps en temps, on se répond entre nous, on fait des choses sympas en twittant. Je pense que Twitter, c’est quelque chose d’assez agréable à utiliser.

LCT : Très bien, eh bien, merci beaucoup.

MS : Merci. Bonne journée.

LCT : Merci à Marc Schillaci d’avoir été notre invité dans L’appart. L’appart, vous le savez, c’est toutes les deux semaines un entretien avec un décideur d’innovation, et on se retrouve, bien sûr, Jérôme, dans deux semaines.

LCT : Dans quinze jours ! Portez-vous bien d’ici là. Salut à tous.

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