[Players] Les tuteurs Indiens à la rescousse

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Le 16 / 05 / 12 | Posté par Francis Pisani
[Players] Les tuteurs Indiens à la rescousse

Certaines belles aventures peuvent commencer par un dessin. Ganesh Krishnan était déjà le fondateur et patron d'un des premiers call center indiens lorsqu'il a vu, dans un journal américain, le dessin d'un père disant à sa fille boudeuse "non tu ne peux pas externaliser tes devoirs en Inde". Il l'a découpé, l'a mis sur le mur de son bureau jusqu'au moment où il s'est dit : après tout, pourquoi pas. Et c'est ainsi qu'est née TutorVista.com.

Piqué, Krishnan a fait ses recherches. Il s'est entretenu avec parents et professeurs, aux États-Unis et en Inde et s'est rendu compte de l'énorme opportunité qui s'offrait à lui.

"Les États-Unis ont un nombre record de Prix Nobel et de brevets. Ils ont les meilleurs universités du monde, mais leurs écoles sont en crise," m'a-t-il confié dans son modeste bureau de Bangalore. "Tous les dirigeants politiques veulent en relever le niveau. Les professeurs sont bons. Les écoles sont bonnes, mais il y a quelque chose qui ne marche pas."

Sa réponse : mettre en place un système de tutorat – de cours particuliers – à distance permettant aux élèves (américains pour la plupart) de se mettre en contact avec des professeurs (le plus souvent indiens) pour qu'ils les aident à faire leurs devoirs aussi bien qu'à préparer leurs examens.

"La difficulté ne provient pas des curriculums," explique-t-il, "on les trouve en ligne, mais des méthodes d'enseignement. En Asie on pratique plutôt la répétition et aux États-Unis, l'exemple." Il faut donc former les tuteurs (plus de 2000 aujourd'hui), tous professeurs dûment diplômés. Ça se fait en 3 semaines (60 heures) à distance en se servant de la même plateforme que pour les élèves.

Très complexe, la dite plateforme a demandé 2 ans de développement. "Elle renferme tous les départements d'une Université," explique Krishnan. Depuis le portail sur le net jusqu'aux systèmes de paiement en passant par les outils de collaboration et de prise de rendez-vous. "50 personnes y travaillent à plein temps, elle ne peut pas s'arrêter, ce serait comme une université qui fermerait ses portes."

Les étudiants – 20.000 à chaque moment en moyenne – s'y connectent quand ils veulent en suivant la modalité de leur choix: en prenant rendez-vous à l'avance avec un tuteur donné ce qui leur permet d'avoir toujours le même (ce qu'ils font dans 60% des cas) ou en demandant l'aide immédiate d'un de ceux qui sont en ligne quand ils sont bloqués par un problème.

Attention, TutorVista, n'est pas une organisation charitable. C'est une "entreprise d'éducation virtuelle" explique Ganesh Krishnan. Il a donc fallu trouver un modèle d'affaire qui marche. L'audace a été de ne pas mesurer le temps mais de proposer un forfait simple et bon marché : 100 dollars par mois pour un temps illimité (24/7, bien entendu) alors que les cours particuliers peuvent atteindre 40 voir 60 dollars de l'heure sur place. Ça a permis d'en faire la plus grosse entreprise de tutorat à distance et de lancer sur le même principe SmartThinking.com, destiné à offrir les mêmes services dans l'enseignement supérieur.

En 2011, Pearson, la plus grosse entreprise d'éducation dans le monde, a pris une participation de 77% dans le capital de TutorVista. "Ça leur donnait accès au marché indien ce qui est bon pour eux," m'a répondu Krishnan quand je lui ai demandé ses raisons, "et ça me permet, par leur intermédiaire de proposer mes services dans le monde entier."

Krishnan voit le tutorat en ligne comme une opportunité offerte par globalité et technologies de l'information. Ça marche grâce à la réputation de sérieux et de forts en math des Indiens qui, en plus, parlent anglais. Mais il y a toujours la question de l'accent. "Aucun problème" a répondu une mère lors d'une émission de radio, "mon fils l'a vite appris au cours des premiers mois." 


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Francis Pisani

Journaliste indépendant, Francis Pisani se balade depuis septembre 2011 dans les grandes villes de la planète pour un tour du monde des innovations et des médias sociaux. Son but: découvrir les alternatives méconnues qui fleurissent un peu partout, de Johannesburg à San Francisco. Retrouvez ses pérégrinations sur son blog Winch 5.