[Education] Numérique éducatif : au-delà de l’équipement, miser sur la formation

Le 20 / 11 / 12 | Posté par la rédaction de SFR
[Education] Numérique éducatif : au-delà de l’équipement, miser sur la formation

L’intégration du numérique dans le parcours scolaire des jeunes Français doit encore progresser. Il s’agit en effet d’un enjeu essentiel dans notre société de plus en plus connectée, dont l’école ne peut être exclue. C’est pourquoi le gouvernement a décidé de s’emparer du problème en évoquant plusieurs projets.  

On ne peut pas refonder l’école de la République et faire la République du XXIe siècle si nous ne prenons pas en compte clairement, volontairement et efficacement la dimension nouvelle introduite par le numérique dans notre culture et dans notre civilisation. » Pour le ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon, qui s’exprimait le 28 août à l’université d’été Ludovia, « de très nombreux secteurs de la société sont modifiés par le numérique et le seront encore plus demain, et particulièrement par Internet ». Impossible, donc, de laisser le numérique « à la porte de l’école ».

Et pourtant, c’est bien ce qu’il se passe aujourd’hui en France. Si les jeunes de 13 à 17 ans passent cinq heures par jour connectés à Internet, deux sur trois ne l’utilisent jamais sur leur lieu de scolarité, selon les chiffres de l’Arcep (Autorité de régulation des télécommunications électroniques et des postes). Surconnectés, à Facebook, Twitter, Google, sur ordinateur, mobile ou tablette, ils voient naître régulièrement de nouveaux outils qui transforment leurs usages et leur quotidien. Mais tout cela reste en dehors de la salle de classe. Les jeunes Français ne bénéficient d’aucun accompagnement, ou presque, dans leur dé couverte et leur utilisation du numérique.

L’autre fracture numérique

Et pour cause : selon un rapport récent de l’Éducation nationale, seul un professeur sur vingt utilise le numérique au quotidien dans son enseignement. Pire, un sur cinq n’est « pas du tout convaincu » de l’intérêt des nouvelles technologies. Par ailleurs, en matière d’équipe - ment, la France est en retrait par rapport à ses voisins européens : le Danemark compte trois fois plus d’ordinateurs par collégien et la Grande-Bretagne deux fois plus ! Dans ce pays, l’usage du numérique est obligatoire dans toutes les matières. D’après le rapport du maire d’Élancourt, Jean-Michel Fourgous, la France se place au 24e rang européen en ce qui concerne « l’accès à l’outil numérique » mais aussi « sa maîtrise dans un contexte pédagogique ». En effet, le matériel ne suffit pas. Aujourd’hui, la question de la fracture numérique concerne moins l’équipement, désormais accessible à la grande majorité de la population, que la culture numérique. Il existe aujourd’hui un fossé entre les personnes capables de comprendre le numérique, de s’approprier ses outils, voire même de développer les leurs et celles qui n’effectuent que quelques manipulations basiques et répétitives sur leur ordinateur. Savoir faire une recherche efficace d’information, échanger sur un forum, ouvrir un blog, connaître les codes et la culture du Web… Toutes ces compétences deviennent de plus en plus nécessaires dans notre société, et de plus en plus demandées dans le monde professionnel.

Former les enseignants

C’est que le chantier est vaste et les difficultés, nombreuses. Quand un collège se retrouve doté de matériel informatique performant, encore faut-il former les professeurs… Et s’ils le sont, encore faut-il qu’ils dis - posent de ressources pédagogiques pertinentes. Et tout cela doit se renouveler régulièrement. En numérique, les outils, les usages et le matériel sont rapidement obsolètes. La maintenance des équipements est trop rare, et quand un professeur décide d’utiliser le numérique lors d’un cours, il se retrouve souvent confronté à différents problèmes : incompatibilité de certains maté - riels, logiciels trop vieux, connexion trop lente… De quoi décourager la plupart d’entre eux. Afin de donner un nouveau souffle au numérique éducatif, le gouvernement souhaite lancer de nouveaux projets, dont Vincent Peillon a déjà donné les grandes directions. Selon lui, il faut former tous les enseignants à l’usage du numérique à l’école, mais aussi leur fournir des ressources pédagogiques. Il souhaite même développer une « offre de services publics numériques éducatifs » pour le soutien scolaire en ligne, et pour que les enseignants échangent entre eux et mutualisent leurs productions. Vingt millions d’euros seront attribués à ces projets lors de ces prochaines années.

Une option « Sciences du numérique » au lycée

Sur le plan de la formation disciplinaire, un grand pas a déjà été franchi à la rentrée, avec la mise en place d’une option « Sciences du numérique » pour les Terminales S. Pendant deux heures par semaine, les lycéens découvriront les rouages de leurs ordinateurs, l’utilisation de langages informatiques ou encore le fonctionnement des algorithmes. C’est la première fois qu’une telle matière trouve sa place dans une filière générale de l’enseignement public. Pour l’instant, seuls 500 lycées sur 2 400 la proposent, mais dès la rentrée prochaine cette option sera étendue à toutes les terminales générales. Et le secteur de l’enseignement supérieur pourrait bien, lui aussi, proposer de nouvelles formations. La ministre chargée des PME, de l’Innovation et de l’Économie numérique, Fleur Pellerin, a notamment annoncé qu’elle réfléchissait à créer une filière consacrée aux nouvelles technologies. Aujourd’hui, les grandes écoles formant aux métiers du numérique sont essentiellement privées. L’État compte donc s’y faire une place, pour contribuer à former les centaines de milliers de professionnels dont le secteur numérique européen aura besoin dans les années à venir.

Par M.T.

Article tiré de l’Hémicycle spécial « Numérique et Territoires » coécrit et coproduit avec SFR. L’Hémicycle est l’hebdomadaire de la vie politique et économique destiné aux élus et décideurs.    

 

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