[Players] Des chances en jeu

Le 14 / 11 / 12 | Posté par la rédaction de SFR PLAYER
[Players] Des chances en jeu

Michael Stora*, psychanalyste spécialisé dans l’impact des jeux vidéo sur les troubles psychiques, nous raconte la genèse de son premier jeu thérapeutique pour les enfants en difficulté.

Il y a quelques années, j’ai reçu Arthur, un enfant de 10 ans souffrant d’obésité. Il subissait les moqueries quotidiennes de ses camarades de classe. Lorsqu’il rentrait chez lui, il n’avait qu’une chose en tête : se venger ! Une vengeance bien symbolique, car virtuelle. Armé de son clavier et de sa souris, il jouait à Age of Empires. Incarnant Gengis Khan en campagne, il terrassait tous ses ennemis pour régner. Dans ces jeux qu’on appelle real-time strategy (RTS), le sentiment de puissance, de mainmise sur le monde est prégnant. On y joue contre des « personnages non jouables » (PNJ) dont la mission est d’empêcher le joueur de gagner. Ils sont des éléments de résistance nécessaires permettant de ne pas être dans la violence gratuite, d’avoir un ennemi qui vous résiste et ainsi de devoir persévérer. C’est en perdant que l’on apprend à gagner ! Le jeu vidéo propose un processus psycho­logique intéressant en mettant à mal le sentiment de toute-puissance.

THERAPEUTIC GAME

Arthur a un combat à mener dans la réalité : un régime, pour raison de santé. Il lui faut trouver à tout prix un espace de valorisation et des ressources. Un jour Arthur me dit : « Vous savez, les seules récompenses que j’ai, c’est dans les jeux vidéo ! » Ces longues années d’utilisation du jeu vidéo comme médiation thérapeutique et mon travail autour des problèmes de dépendance aux mondes persistants m’ont donné les clés nécessaires pour inventer un jeu à vocation thérapeutique.

C’est lors d’un appel à projet de serious game organisé par le secrétariat à l’Économie numérique que j’ai imaginé Archaos. C’est un social therapeutic game pour des enfants, des adolescents en surpoids ou souffrant d’obé­sité. Ce concept innovant reprend les formidables ressorts métaphoriques des contes de fées, des dynamiques de groupe des jeux de rôle massivement multijoueurs, des soutiens entre pairs dans les forums participatifs et du « masque libéra­toire » que représente l’incarnation en un avatar.

La particularité d’Archaos est l’enri­chissement du virtuel par des données réelles comme l’indice de masse corpo­relle ou des événements vécus impor­tants… Le patient joue avec l’aide de ses parents qui sont pour lui comme des alliés thérapeutiques. Cet accom­pagnement dure dix mois, en lien avec une prise en charge bien réelle par des psychothérapeutes, des nutritionnistes et des médecins. Le concept de jeu peut se décliner pour d’autres probléma­tiques que le surpoids : arrêt du tabac, insomnie, dépression… Lorsque le jeu vidéo devient un espace de récréa­tion dans le sens d’une re-création des tensions et des frustrations du joueur, alors nous pouvons dire que le jeu c’est sérieux !

* De formation de cinéaste, Michael Stora est psychologue clinicien pour enfants et adolescents au Centre médico-psychologique de Pantin où il a créé un atelier jeu vidéo. Il réfléchit sur l’impact des jeux vidéo sur les enfants souffrant de troubles psychiques mais aussi sur le lien interactif de l’homme à l’ordinateur et de ses conséquences sur les processus mentaux. Il est l’auteur de Guérir par le virtuel, une nouvelle approche thérapeutique (2005, Presses de la Renaissance) et de L’enfant au risque du virtuel (2006, Dunod).

> Retrouvez cette chronique dans le numéro 9 du magazine SFR PLAYER "Travail connecté, mutation en cours !"