[Players] Dialogue sur la ville de demain avec Saskia Sassen

Le 14 / 11 / 11 | Posté par admin
[Players] Dialogue sur la ville de demain avec Saskia Sassen

Saskia Sassen est professeur de sociologie et co-présidente du Comité pour la pensée globale de l’université de Columbia. Spécialisé dans l’espace urbain, elle a récemment publié La Globalisation, une sociologie (Gallimard, 2009) et Critique de l’État : territoire, autorité et droits, de l'époque médiévale à nos jours (Demopolis, 2009).

Nous l’avons rencontrée au cours d’un entretien exclusif pour sfrplayer.com. Elle nous fait part de ses réflexions actuelles sur la ville du futur. Sur le volet numérique, elle parie sur la mise en place de systèmes fondés sur l'échange d'informations entre tous. De quoi intégrer l'humain autant que la technologie dans les phases de conception et de gestion.


Quelle serait votre définition de la simplicité appliquée aux villes ?

La question des villes et de la simplicité est une question de transparence et de visibilité. Il s’agit de rendre les fonctions et les particularités physiques de la ville lisibles pour ses habitants et pour ses visiteurs. On peut le voir comme une forme de simplicité. Un lieu dans une ville peut facilement apparaître comme simple parce qu’il est ordonné, cohérent. On peut penser que le fait de concevoir ou de « sur-concevoir » un espace urbain offre l’expérience de la simplicité. Mais cet espace trop bien conçu se trouve en tension avec le caractère complexe et déséquilibré de nos villes.

Qu’est-ce qui peut, selon vous, changer la donne dans les dix ans à venir pour rendre nos villes plus simples et plus faciles à vivre ?

Je pense que les villes vont devenir intelligentes. Cela peut en effet rendre la vie quotidienne plus simple. Mais le grand risque est alors que les bâtiments pleins à craquer de systèmes intelligents deviennent obsolètes bien plus rapidement que les vieux bâtiments traditionnels. Nous savons que le temps qu’il faut à une technologie pour devenir obsolète est devenu extrêmement court. Cela va constituer un changement important par rapport au passé, quand les villes réussissaient à survivre aux royaumes, aux empires, aux républiques et aux multinationales. Pensez à Istanbul ou à Paris… ces villes ont traversé différentes époques et différents systèmes de pouvoir.

Quel usage spécifique de la technologie appliquée à la ville voudriez-vous le plus voir apparaître ?

Des systèmes, petits ou grands, qui permettent aux habitants d’engager avec le gouvernement local, les entreprises locales, les journalistes et les médias, les autres citoyens, un véritable dialogue qui leur permettrait d’aborder les grands défis urbains de manière efficace. Il ne s’agit pas de discours, il s’agit de prendre part à la recherche concrète de solutions aux grands problèmes posés. Aborder les grands défis auxquels nous faisons face exigera une participation active de la part des habitants. Utiliser la technologie pour mettre en œuvre une plateforme comme celle-ci, à partir de laquelle d’autres projets peuvent être développés, serait un pas vers la résolution de nos problèmes.

On entend beaucoup parler des « villes intelligentes » comme de villes qui intègrent la technologie. Quelle est votre définition d’une ville intelligente ? Pourriez-vous nous donner un exemple ?

La première phase des villes intelligentes est enthousiasmante. La ville devient un laboratoire vivant pour des technologies urbaines intelligentes qui peuvent gérer tous les systèmes et les réseaux nécessaires à une ville – l’eau, les transports, la sécurité, le traitement des ordures, les bâtiments « verts », l’énergie propre, et les populations – par le biais à la fois des gouvernements locaux, des espaces publics et de tous les points d’intersection entre les habitants et le système.

On peut imaginer qu’une telle organisation donnerait lieu à une conversation générale, non seulement entre les résidents et les personnes qui dirigent la ville, mais aussi horizontalement, entre les citoyens qui comparent leurs impressions. Cela pourrait mener à un nouveau genre de réseau open source, dans lequel le principe de détection des problèmes de code du logiciel serait remplacé par un principe d’amélioration du système et de résolution des problèmes par la collectivité urbaine. C’est ce que j’appelle « l’urbanisme open source ».

L’intégration de la technologie dans la vie urbaine rend-elle la vie plus simple pour les habitants, ou nous noie-t-elle simplement sous une masse d’informations?

La technologie peut bien sûr rendre les questions pratiques plus simples. Mais la technologie ne suffit pas. Il faudra aussi que les systèmes et les organisations soient conçus de manière à inclure aussi bien les technologies que les personnes, les frictions créées par les transactions et les activités, et plus encore.