[Players] Obama, Romney : élections digitales

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Le 25 / 10 / 12 | Posté par la rédaction de SFR PLAYER
[Players] Obama, Romney : élections digitales

Obama vs. Romney : quelle stratégie digitale pour gagner ces élections américaines ? Quelles inspirations pour la France ? SFR PLAYER a rencontré Frédéric Tardy, CEO à l’Atelier BNP PARIBAS de San Francisco. Il nous livre son analyse aiguisée de français installé dans la Silicon Valley. Pour cet ambassadeur de l’innovation : « maîtriser le digital aujourd’hui, c’est maîtriser l’économie et la société de demain ». Entretien avec un insider.

 

Transcript

"Alors, quelle est la stratégie la plus payante entre Obama qui maîtrise absolument tous les réseaux sociaux et Mitt Romney qui se focalise sur Facebook ? Je pense que la stratégie la plus payante, c’est d’être crédible sur la maîtrise du digital. Le plus important au-delà de l’effet marketing, au-delà de l’effet de communication, c’est de maîtriser le digital et donc maîtriser l’économie et la société. Obama qui, en 2008, révolutionne la campagne en faisant du digital, révolutionne aussi un gouvernement en lançant de l’Open Data. Il révolutionne aussi la manière dont on fait du business en poussant énormément les start-up et innove encore aujourd’hui puisqu’il a récemment nommé un patron de l’innovation dans chacun de ses ministères. On voit donc cette forte volonté de digitaliser l’économie. Pour moi, la stratégie la plus crédible c’est appliquer le digital dans une stratégie de communication et de marketing pour en faire un objectif pour son pays. Au-delà de la stratégie de communication, de la stratégie marketing, quand Mitt Romney se plante sur Youtube avec une vidéo qui circule malgré lui, c’est une incompréhension de l’économie de demain. Ce qui est extrêmement clef, c’est de bien comprendre que le média Internet est aussi une économie. Si on regarde les dernières tendances fortes pour l’élection américaine, il est vrai que le digital devient vital. En 2008, lors de la dernière victoire d’Obama, ça avait été une victoire par KO puisqu’il maîtrisait le digital alors que son concurrent ne le maîtrisait pas. Pour ces élections, il y a un plus grand équilibre entre les deux candidats puisque tous les deux maîtrisent le digital, même si Obama a une nette avance sur son concurrent  vu qu’il utilise tous les réseaux sociaux et absolument toutes les pratiques digitales.

Comment on intéresse les jeunes, comment on intéresse les gens qui n’ont jamais voté ? C’est déjà en les motivant à s’enregistrer sur les listes électorales. Pour s’enregistrer sur une liste électorale, c’est assez simple. Nous avons, par exemple, MTV qui a fait un programme pour les jeunes en faisant un peu de Gamification, de ludification des élections en donnant une touche de jeu, de bonne humeur à cette approche électorale. On peut jouer avec son candidat, regarder comment il se débrouille sur certains thèmes et à la fin MTV vous dit : « Maintenant que vous maîtrisez un peu les élections et que vous y prenez plaisir, enregistrez-vous ». On va donc avoir un formulaire très concret pour s’enregistrer sur des listes électorales. Il y a déjà 11 états qui ont mis en place l’enregistrement électronique. L’état de Californie l’a voté il y a 15 jours, et maintenant dans l’état de Washington il est possible de s’enregistrer via Facebook. Ce sont donc des choses très innovantes pour mobiliser l’électorat jeune.

Aujourd’hui, on peut savoir foyer par foyer, sur un plan, qui vote pour qui. C’est un peu « Big Brother » et c’est vrai que c’est très surprenant pour nous, européens. Comment ça se passe ? Chaque américain qui s’enregistre sur les listes électorales doit marquer pour qui il va voter pour participer aux primaires. Ensuite, il y a beaucoup de systèmes qui permettent de regarder ce qu’il se passe dans chaque foyer. Les partis politiques vont acheter les fichiers de cartes de fidélité, les fichiers d’abonnement aux magazines et peuvent savoir ce que vous lisez, quels sont vos goûts, quelle est votre religion. Tout le jeu est d’orienter les intentions de vote par rapport à ces centres d’intérêt. Par exemple,  j’étais au Personal Democracy Forum à New-York cet été, qui est la grande conférence des ONG et des partis politiques, et j’ai découvert un outil qui s’appelle Voter Mapping qui permet d’adapter le message, maison par maison. Les partis politiques nous expliquaient, par exemple,  que pour les démocrates il est assez facile de faire passer un républicain dans leur camp. Il suffit de regarder si le foyer lit des journaux automobiles et dire que Mitt Romney veut la mort de l’industrie automobile américaine. Mécaniquement, si vous êtes fan de voitures, vous allez voter démocrate parce que les républicains veulent l’arrêt de l’automobile. C’est tout ce jeu que jouent les partis politiques américains pour cibler, hyper-cibler,  hyper-targeter des messages très précis et faire balancer, changer les intentions de vote.

Qu’est-ce qu’on peut appliquer des élections américaines pour les futures élections françaises ? Je pense que le côté ludique du digital est très important. C’est vrai que les élections sont souvent considérées comme ennuyeuses par les jeunes. Comment arrive-t-on à prendre plaisir à suivre des élections, ce qui ne veut pas dire simplifier les discours, mais vraiment susciter l’intérêt ? En France, nous avons un usage des réseaux sociaux qui n’est pas autant abouti qu’aux Etats-Unis, et il faudrait que nos candidats s’approprient beaucoup plus le digital car c’est un enjeu de société et un enjeu économique.

Si les élections américaines vous intéressent, si vous voulez savoir quels sont les sujets importants pour le monde de demain du côté américain et du côté européen, puisqu’on est dans un monde où l’Internet et le monde physique fusionnent, je vous invite à lire La république des réseaux, que j’ai coécrit avec Julie Jammot et Jean Rognetta. Nous vous ferons partager toutes les découvertes et les pépites que nous avons trouvées dans la Silicon Valley et qui feront le monde de demain."