[Players] « Travailler de manière collective et à ciel ouvert », Daniel Kaplan

Le 22 / 10 / 12 | Posté par la rédaction de SFR PLAYER
[Players] « Travailler de manière collective et à ciel ouvert », Daniel Kaplan

Les « Questions numériques » à l’origine de ce grand dossier sur le travail sont l’œuvre de la Fing (Fondation Internet nouvelle génération). Son délégué général, Daniel Kaplan, nous explique en détail cette initiative.

Avec « Questions numériques 2012-2013, le temps des ruptures… », la Fing présentait pour la deuxième année une démarche collective de prospective à l’intersection des innovations techniques, des mutations économiques et des transformations sociales. Ces « ruptures » publiées sous forme de scénarios ont donné à SFR PLAYER l’opportunité de les explorer à sa manière, en se concentrant sur la thématique du travail.

Daniel Kaplan, le délégué général de la Fing, revient pour nous sur les objectifs et singularités de cette démarche collective.

Quels étaient les objectifs de « Questions numériques 2012-2013 » ?

La Fing a besoin d’identifier les nouveaux territoires d’innovation à explorer. Ces questions, chacun d’entre nous se les pose régulièrement à sa manière, dans son activité. Mais trop souvent sans y passer le temps nécessaire, sans échanger suffisamment, sans tirer parti des idées des autres. D’où l’envie d’un travail collectif et à ciel ouvert.

Avec quels partenaires la Fing a-t-elle mis en œuvre ces « Questions numériques » ?

SFR, la Société Générale, le pôle Cap Digital et les « grands partenaires » de la Fing que sont Alcatel-Lucent, la Caisse des Dépôts, La Poste, Laser et la région Paca ont soutenu « Questions numériques ». Ils ont bien sûr participé aux ateliers, mais l’enjeu consistait également à leur permettre de s’en approprier les résultats. La démarche varie selon les entreprises : présentation lors d’universités internes ou de séminaires de direction, ateliers de travail internes ou encore, comme avec SFR, ateliers ouverts de coproduction sur certains des scénarios non encore développés.

Une anecdote vous a-t-elle particulièrement marqué ?

L’un de nos scénarios lié à cette thématique du travail, « Génération chacun pour soi », racontait l’histoire d’une entreprise qui, prenant acte des différences irréductibles entre les générations, organisait les étages de sa nouvelle tour de bureau par classes d’âge : les 50 ans et plus tout en haut, les plus jeunes tout en bas, et ainsi de suite… Les participants de nos ateliers en France ont rejeté ce scénario et tenté de raconter l’histoire d’un échange fluide entre générations, où les plus âgés et les plus jeunes s’entraident. Mais lors d’un atelier mené à Genève avec des participants venant surtout d’Europe du Nord, la réaction a été toute différente : « Pourquoi voulez-vous que les jeunes aillent travailler dans une tour ? »

À qui sont destinés les enseignements tirés de « Questions numériques » ?

« Questions numériques » existe sous la forme d’une publication papier, mais aussi d’un site web. Les scénarios sont librement réutilisables. Mais bien sûr, nous les destinons en priorité à tous ceux qui veulent nourrir leur réflexion stratégique en anticipant les ruptures possibles dans un avenir proche.

La Fing « produit des idées neuves et actionnables pour anticiper les transformations numériques ». Dans quelle mesure l’évolution de nos conditions de travail en fait-elle partie ?

L’informatisation, l’interconnexion et la numérisation ont contribué à une profonde transformation du travail. Celle-ci concerne à la fois le travail au quotidien, son organisation collective et les itinéraires professionnels de chacun. Il apparaît donc essentiel d’aller chercher les manières dont le numérique pourrait renouer le lien entre objectifs individuels, organisationnels et collectifs.

Au vu de ces premiers résultats, quels sont les effets les plus négatifs de l’intrusion rapide du numérique dans l’univers du travail ?

En facilitant un management de plus en plus quantitatif, en automatisant à outrance, le numérique est, dans une large mesure, à la source de la crise actuelle du travail. Sans parler de tous ceux qui, dans les entrepôts ou les centres d’appel par exemple, subissent une véritable taylorisation de leur métier. Entre un numérique « libérateur » et un numérique orienté vers le contrôle, l’optimisation, la formalisation des processus et des relations, la tension parcourt aujourd’hui toutes les organisations. Comme le dit l’économiste Michel Volle : « Le bon dosage à respecter pour que l’alliage du cerveau humain et de l’automate soit efficace est encore généralement ignoré. »

À l’inverse, quels sont les changements plus positifs ?

Le numérique au travail peut rendre celui-ci plus riche, plus collaboratif, plus souple et plus divers. Il peut favoriser la diversité des affiliations et des expériences. Il permet à beaucoup de personnes d’oser des expériences nouvelles, de s’engager dans des aventures collectives, de s’exprimer. Encore faut-il que les organisations veuillent que ça se passe comme ça, et que les compétences nécessaires soient plus largement distribuées. Ces compétences n’ont en général rien de technique : travailler de manière collective, argumenter et convaincre, expérimenter et apprendre de ses réussites comme de ses échecs… Mais on l’apprend rarement à l’école.

SFR PLAYER et la Fing remercient les participants de l’atelier qui a produit, en mode collaboratif, les nombreuses idées synthétisées dans ce magazine. Parmi eux :

Abderrahim, Adil, Anne-Caroline, Anouar, Antoine, Arnaud, Benjamin, Blandine, Bruno, Bruno, Candide, Chantal, Christophe, Claire, Daniel, Daniela, David, Denis, Émilie, Éric, Frédérique, Frédérique, Gabriel, Gilles, Guillaume, Jean-Baptiste, Jean-Paul, Jeanne, Jeff, Laurent, Luc, Lucie, Lucile, Marie, Marie-Claire, Matthieu, Maud, Maud, Michel, Nicole, Noîl, Olivier, Pascal, Pascal, Patrick, Pierre, Pierre-Julien, Philippe, Romain, Sandie, Sophie, Stéphane, Stive, Sylvie, Tamer, Valérie, Yann, Yves.

> Retrouvez cette interview dans le numéro 9 du magazine SFR PLAYER Travail connecté, mutation en cours !