[Tendance] Mieux connectés, moins fatigués…

Le 22 / 10 / 12 | Posté par la rédaction de SFR PLAYER
[Tendance] Mieux connectés, moins fatigués…

 Alors que les outils numériques créent parfois une surcharge informationnelle, comment s’assurer que les innovations continuent d’améliorer notre productivité et notre créativité, sans menacer notre équilibre et notre efficacité au travail ? 

 Mails, messageries instantanées, réseaux sociaux… Nous sommes sollicités de toute part, fonctionnons en mode « multitâches » et mélangeons allègrement vie personnelle et professionnelle : selon une récente étude d'Olféo, entreprise spécialisée dans les logiciels de sécurité sur Internet, 78 % des cadres utilisent leur connexion professionnelle pour des usages sans rapport avec leur travail. Et 21,5 % d'entre eux emportent régulièrement du travail à la maison.

Une surcharge informationnelle et une « désorganisation » du travail qui peuvent nuire au salarié. Quand le numérique s’insère dans les interstices de notre vie privée, l’impression de ne plus pouvoir gérer notre temps crée un stress supplémentaire. Pour Marc Dumas, maître de conférences en sciences de gestion à l’université de Bretagne, c’est avant tout au travailleur d’évaluer ces risques de « surtravail » ou de « conflit entre vie professionnelle et vie privée ». Son diagnostic : « Si le salarié ne sait pas gérer, mettre des limites, il éprouvera une souffrance au travail qui nuira à ses relations sociales. Le manager doit être vigilant à son organisation et à son équilibre, définir ses priorités et celles de son équipe. » La question de la formation et de l’apprentissage devient ici essentielle.

En creux, ces phénomènes font émerger une tension entre deux forces. D’un côté la volonté de contrôle et de surveillance des collaborateurs, l’optimisation et la rationalisation (par des reportings). De l’autre, la nécessité de laisser s’installer des espaces et des moments plus « libres » pour favoriser l’échange et l’émergence de nouvelles idées : appels à l’initiative, à l’intrapreneuriat et à l’intelligence collective, mobilité professionnelle.

Certains géants du logiciel élaborent des solutions slow tech, destinées à ralentir les flux d’information pour lutter contre l’infobésité. Chez Google, par exemple, les salariés sont autorisés à consacrer 20 % de leur temps de travail aux projets qu’ils souhaitent développer en dehors de l’entreprise. Des initiatives qui décloisonnent les savoir et l’échange, favorisent la créativité. Et permettent au travailleur de se réapproprier son temps… Voire même de rencontrer des collaborateurs qu’il n’aurait pas eu l’occasion de se voir autrement ! Pour Daniel Kaplan, délégué général de la FING, « les poches de désordre existent et les entreprises ont intérêt à les cultiver, mais pas à les officialiser. » Contre ce que l’on appelle la « culture de la distraction » numérique, le défi semble donc plutôt de trouver comment faire le meilleur usage possible de nos nouvelles zones de liberté.

Quels problèmes pourraient poser une utilisation excessive des outils numériques et comment nous en préserver ? La Fing et les participants de notre atelier ont répondu par une fiction..

2012 : dans les tours de bureaux des plus grandes entreprises françaises, des cadres payés à prix d’or passent jusqu’à un tiers de leur temps « de travail » à interagir sur les réseaux sociaux. À cela s’ajoutent les mails, les appels téléphoniques, les SMS et autres sollicitations « urgentes », personnelles ou professionnelles, à n’importe quelle heure… Débordé, le cadre ne sait plus très bien quand il travaille ou pas. La BankX6, installée à la Défense, réagit d’abord de manière abrupte : elle décide d’interdire les smartphones personnels et de contrôler sévèrement l’usage des réseaux sociaux au bureau, avec des quotas de connexion par jour. Face à ces mesures, de nombreux cadres quittent l’entreprise pour retrouver davantage de liberté. Influencée par une offre pléthorique de nouvelles solutions slow tech, la BankX6 déploie alors un logiciel voué à ralentir les process et sortir de l’immédiateté. Objectifs : réduire la dispersion de l’attention et accroître la productivité. Mais rapidement, les contributions publiées sur l’intranet de la banque aboutissent toutes plus ou moins à la même conclusion : on est passé d’un extrême (l’accélération) à l’autre (le ralentissement), alors que les collaborateurs aspirent à la maîtrise du temps, du choix. Pour gérer « les temps » dans les organisations, la réponse par l’outil n’aura pas suffi. Mais elle aura permis de réaliser que l’urgence est ailleurs : du côté de l’apprentissage de nouveaux usages…

... Et par quelques avis tranchés sur la question.

À prendre

« Depuis que j’ai un smartphone professionnel en plus de mon téléphone personnel, il est plus facile pour moi d’empêcher ma vie privée d’empiéter sur mon temps de travail, et inversement. », un cadre dans un service marketing.

« Les petits désordres causés par l’utilisation d’outils numériques multiples sont nécessaires, pour se changer les idées et laisser libre cours à sa créativité. », une consultante en organisation.

À laisser 

« Le problème des réseaux sociaux, du mail et des messageries instantanées, c’est qu’ils créent une angoisse du vide, de la page blanche. On a l’impression qu’il faut participer à toutes les conversations pour exister… », une employée de banque.

« Plus de la moitié des cadres considèrent qu’être équipé d’un smartphone ou d’une tablette crée du stress et constitue une entrave à la vie privée, notamment parce qu’ils permettent de les surveiller à distance. », un délégué du personnel dans un grand groupe industriel.

 

> Retrouvez cet article dans le numéro 9 du magazine SFR PLAYER Travail connecté, mutation en cours !