[Tendance] Digital Actifs

Le 22 / 10 / 12 | Posté par la rédaction de SFR PLAYER
[Tendance] Digital Actifs

Le travail de demain nécessitera une certaine culture numérique, qu’une grande partie des salariés n’a pas encore aujourd’hui. Ceux qui sont nés avec les TIC devront, quant à eux, apprendre à les mettre au service de l’entreprise. Devenir des professionnels du numérique : un enjeu de taille.

 Alors que, logiquement, les seniors occupent la majorité des postes à responsabilité dans les plus grandes entreprises, l’émergence du numérique remet en cause cette organisation traditionnelle. Les hiérarchies verticales n’étant plus adaptées au travail en réseau, dont la structure est par nature horizontale, il faut repenser les organigrammes, la gestion des ressources humaines et les relations individuelles entre collaborateurs. Arthur Kannas, directeur général du groupe de marketing et communication online Heaven, témoigne : « Une pyramide, ça trace un chemin de carrière, et à notre sens un faux chemin de carrière. Avec l’arrivée du digital, beaucoup de nouveaux métiers se créent qui ne rentrent pas dans cette structure. Chez Heaven, on favorise le mélange générationnel : par exemple, quand il y a des brainstorms à l’agence, il y a à la fois le directeur de création et des stagiaires. Tout le monde, finalement, est invité à créer ensemble. Je pense que c’est ça qui fait la richesse de la réflexion. »

Difficile pour une génération de cadres dirigeants qui se sentent parfois dépassés par tant d’innovations récentes. « Je pense que quand les digital natives arriveront dans la gouvernance des entreprises, les choses changeront », prophétise Henri Verdier, président du pôle de compétitivité Cap Digital. Mais, pas dupe du discours en vogue sur les prétendues compétences innées des jeunes diplômés, il poursuit : « Je me méfie de la paresse consistant à penser que le numérique serait une sorte d’évidence pour les digital natives, qu’ils sauraient spontanément des choses que nous ne savons pas et qu’il suffirait de s’adapter à ce qu’ils sont. » D’abord, selon une étude de Millward Brown pour Google, les cadres supérieurs français sont 68 % à utiliser les outils sociaux à leur disposition au moins une fois par semaine, contre seulement 49 % des juniors.

Contrairement aux idées reçues, la maîtrise des TIC est donc loin d’être l’apanage de la génération montante. Henri Verdier l’affirme : « La société tout entière est en train de devenir jeune, parce qu’elle est obligée d’inventer des pratiques, des usages, des business modèles. Elle le fait par l’expérimentation, avec une sorte de jubilation. » Trop souvent assimilé à un choc générationnel, ce bouleversement s’apparenterait-il donc à un choc culturel ?

 Comment mieux travailler ensemble, quel que soit notre âge, dans un monde du travail toujours plus numérique ? La Fing et les participants de notre atelier ont répondu par une fiction...

 2012 : le jeunisme ambiant en matière de TIC rencontre des limites flagrantes. Les entreprises n’ayant embauché que des jeunes se retrouvent en grande instabilité, ceux-ci quittant l’entreprise dès qu’elle ne répond plus à leurs attentes. On se remet alors à embaucher des seniors à des postes intermédiaires. Mais rapidement, on réalise qu’il faut aussi revoir l’organisation des entreprises de manière horizontale. Dès lors, la solution retenue consiste à mieux panacher les équipes.

En 2014, c’est le boom des structures coopératives. Les seniors et les jeunes ayant quitté l’entreprise y retrouvent un cadre de relations et de mutualisation des charges. Les liens intergénérationnels se retissent selon des méthodes d’apprentissage réciproque entre jeunes et plus âgés. Dans ces « fab labs », les hiérarchies sont aplanies et les nouveaux outils numériques s’associent aux savoir-faire industriels anciens.

Dès 2017, le « binôme intergénérationnel » devient un profil recherché par les entreprises. Et les offres d’emploi « d’encadrement partagé » à niveau hiérarchique égal se multiplient.

Mais cette formule rencontre à son tour de fortes résistances. On dénonce l’inégalité de salaires et de niveaux hiérarchiques à responsabilités égales, tandis que les 25-45 ans se sentent discriminés. La plupart des binômes se dissolvent assez vite, surtout lorsqu’ils sont constitués de manière artificielle, pour bénéficier d’incitations financières. En revanche, c’est souvent des binômes intergénérationnels « spontanés » que viennent les idées neuves, les valeurs essentielles. En admettant la scission des générations, aurait-on finalement enrichi leur interaction ?

 

... Et par quelques avis tranchés sur la question.

À prendre

« En matière de technologies numériques, là où nos aînés devaient faire la preuve de leurs compétences, on considère que les nôtres sont innées. La société actuelle, nous en sommes membres de droit. », un graphiste et webdesigner indépendant.

« Le numérique permet de mieux mesurer le talent de chacun pour le rémunérer en fonction de ses compétences, et non plus de son ancienneté ou de son statut. Cela peut contribuer à restaurer la confiance entre collaborateurs. », un ingénieur dans un groupe industriel.

À laisser

« La crise du travail que nous connaissons est liée à la fin d’un modèle. Avant 30 ans et après 55 ans, il est devenu très difficile de trouver un job. Il y a donc une désillusion légitime et une méfiance justifiée à l’égard de l’entreprise-Big Brother. », un cadre de la direction générale du travail.

« Le problème des digital natives, c’est qu’ils prennent le travail comme un jeu et n’ont pas toujours conscience de certains risques lorsqu’ils communiquent avec l’extérieur de l’entreprise. En tant que manager, je suis obligé de les fliquer. », un fondateur d’une agence de communication digitale.

 

> Retrouvez cet article dans le numéro 9 du magazine SFR PLAYER Travail connecté, mutation en cours !