[Tendance] Flexijobs

Le 16 / 10 / 12 | Posté par la rédaction de SFR PLAYER
[Tendance] Flexijobs

La mise en réseau des internautes éclate l’ancienne dichotomie producteur / consommateur pour nous faire entrer dans une ère de la contribution généralisée, à titre gratuit ou payant, avec des partenaires de plus en plus occasionnels et variés. Une mutation qui remet en question de nombreux schémas. Explication.

Que nous apprend la multiplication des plateformes contributives telles que Kaggle (participation volontaire de scientifiques à des questions posées par des entreprises ou des gouvernements) ou Amazon Mechanical Turk, où chacun propose une rémunération pour la réalisation de « minitâches » ? Pour Henri Verdier, président du pôle de compétitivité Cap Digital, ce genre de nouveaux services démontre que « nous sommes entrés dans une nouvelle ère industrielle, où il y a beaucoup plus d’intelligence à l’extérieur des organisations qu’à l’intérieur. »

Cette externalisation de l’intelligence pose question : collaborer de l’extérieur prive-t-il du lien social et collectif ? Comment assurer la qualité de la production d’un contributeur ou, d’une équipe éphémère ? Sans oublier la délicate question de la précarité : proposer librement ses compétences et se voir rétribué à la tâche pourrait bien représenter un changement positif, pourvu que chacun trouve sa place sur un marché de la « contribution » généralisée. Michel Sasson, consultant en management de l’innovation, distingue justement trois types de collaboration : la collaboration de « valorisation, telle la contribution Wikipédia, où l’expertise prédomine ; celle d’obligation, incitée par l’employeur ou destinée à bénéficier d’une rémunération ; et celle de substitution, inévitable, pour faire face à une crise économique ». La première typologie présente l’avantage de lier les contributeurs selon de nouvelles bases sociales, sans monétisation. Quant aux deux autres, seule une dimension volontaire et valorisante permettrait aux travailleurs de trouver du sens, de s’engager sur des projets convenant davantage à leurs compétences et à leurs valeurs. À l’image de certains travailleurs hyperflexibles et cumulards appelés slashers (2,5 % de la population), qui nous donnent un aperçu d’un avenir où les travailleurs, comme les contributions atomisées du Net, passent d’un projet ou d’une entreprise à une autre au gré de leurs envies. Symptôme principal des effets de cette culture de la contribution sur le marché du travail : la cote des « entreprises éphémères » montées le temps d’un projet éducatif ou associatif. Ces nouvelles structures, qui font leur miel de l’ADN contributif et collaboratif du Net, préfigurent sans doute les nouvelles formes de travail qui succèderont à celles d’un modèle aujourd’hui en crise : le contrat à durée indéterminée et la carrière linéaire dans une grande entreprise. La création d’une entreprise sur deux en 2011 sous le statut d’auto-entrepreneur est peut-être aussi à considérer sous cet angle.

Comment travaillerons-nous lorsque les entreprises feront massivement appel à des contributeurs peu ou pas rémunérés ? La fing et les participants de notre atelier ont répondu par une fiction...

En 2013, de nombreuses entreprises subissent encore de plein fouet la crise. Il leur faut impérativement trouver les moyens de diminuer leurs coûts fixes tout en devenant encore plus réactives. Dans ce contexte, toute forme d’apport venu de l’extérieur est non seulement bonne à prendre, mais salvatrice. Une véritable « économie de la contribution » prend forme, et les organisations misent sur le crowdsourcing pour mener à bien un maximum de leurs activités. Les services de R&D rémunèrent les meilleures réponses à des questions posées sur des plateformes contributives, l’assistance et la maintenance se font via des forums où les plus actifs sont récompensés… Et en 2017, 40 % du chiffre d’affaires d’Ikea proviendront de la vente des procédés de fabrication et des matériaux bruts, les clients faisant le reste. Les services marketing surfent sur la vague de la « consommation collaborative » et invitent les consommateurs à concevoir eux-mêmes des publicités ou à devenir community managers en échange de divers avantages. Si ces contributions « payées » symboliquement ont d’abord été considérées comme autant d’opportunités d’arrondir ses fi ns de mois, leur systématisation fi nit par être sévèrement remise en cause suite au lancement de la Fiat Mio, voiture intégralement conçue de manière collaborative par des  automobilistes du monde entier. Entreprises et pouvoirs publics eux-mêmes doivent se rendre à l’évidence : s’assurer l’exclusivité d’une expertise ne peut se faire que par contrat, et moyennant une rémunération digne de ce nom.

… Et par quelques avis tranchés sur la question.

À prendre

« L’approche binaire qui qualifie alternativement les individus de travailleurs et de consommateurs est à bout de souffle : la contribution comme complément de revenus ou pour le plaisir permet de sortir de cette bipolarité sans issue. », un cadre dans une société d’assurances.

« Quand on donne un conseil sur un forum de bricolage, on ne demande aucune contrepartie mais on peut ensuite être contacté directement, et se faire payer pour donner un coup de main à quelqu’un qui en aurait besoin. », un auto-entrepreneur dans le bâtiment.

À laisser

« Le problème de l’atomisation du marché du travail, où l’on deviendrait tous des microentreprises, est qu’elle aboutit à une mise en concurrence individuelle de chacun avec tous. Seuls les mieux équipés et les mieux formés, en matière de technologies numériques notamment, s’en sortiront. », un professeur d’économie à l’université.

« On multiplie aujourd’hui les entreprises éphémères, avec très peu de temps pour se créer un tissu industriel autour de soi. Désormais, un travail peut durer une semaine, puis on doit passer à autre chose. », un administrateur civil à la direction générale du travail.

> Retrouvez cet article dans le numéro 9 de SFR PLAYER "Travail connecté, mutation en cours !