[Tendance] Dis-moi où tu travailles…

Le 16 / 10 / 12 | Posté par la rédaction de SFR PLAYER
[Tendance] Dis-moi où tu travailles…

D’un côté, certains perdent des heures à rejoindre leur lieu de travail. De l’autre, des télétravailleurs indépendants se retrouvent trop isolés… Les outils numériques posent de façon de plus en plus aiguë la question de la distance entre entreprises et travailleurs. Un enjeu qui exige des réponses nouvelles. Aperçu.

À la question « Où se situe votre lieu de travail ? », un nombre croissant de travailleurs semble avoir du mal à répondre. La multiplication des fonctions des smartphones et la possibilité de se connecter facilement en tout lieu (liée à l’accroissement des flux d’informations numériques stockées dans le cloud) autorisent un travail de plus en plus mobile, agile, voire dispersé.

Une tendance semble cristalliser ce phénomène : l’apparition des tiers-lieux, espaces professionnels entre la maison et le travail. Cécilia Durieu, cofondatrice du service eWorky.fr (répertoire de lieux de travail), précise : « Les tiers-lieux de travail se multiplient : espaces de coworking, télécentres, centres d’affaires, ou même cafés équipés de WiFi. » Pour Christine Balaï, consultante et ex-rédactrice en chef de la lettre Innovation & Administration : « Ces lieux ouverts, marqués par une culture d’échange, de partage et de convivialité, favorisent la créativité, l’innovation et le vivre ensemble, selon leur spécificité. Espaces de coworking, lieux culturels ou autres “maisons” ont une dimension culturelle forte à la fois numérique, sociale et d’innovation. » Dans ces lieux réside un esprit de partage qui favorise, outre la possibilité de travailler ailleurs que dans son entreprise, l’intelligence collective, la créativité, l’interdisciplinarité ou encore la fertilisation croisée.

Autre élément : non seulement le télétravail a la peau dure, mais il semble, aussi clairement ancré dans le paysage du travailleur : « Aujourd’hui, 12,4% de la population active française télétravaille », indique Cécilia Durieu. Pour l’employeur, cela recouvre quelques avantages : une flexibilité accrue des employés, une charge locative moins élevée et une baisse de l’absentéisme. L’employé, lui, y gagne une réduction du temps de transport ainsi qu’une gestion plus personnelle des horaires. Encore mieux : selon une étude Greenworking, le gain de productivité serait de 22 %. Pourtant, cette façon de travailler en mobilité bouscule la distance entre employé et supérieur, le modèle managérial ainsi que l’esprit d’équipe. Laurent Taskin, professeur de management et des organisations, parle de phénomène de déspatialisation : « En rompant avec une certaine unité de temps, de lieu et d’action, le télétravail bouleverse l’organisation du travail et l’exercice traditionnel des pratiques de management. » À cet enjeu managérial s’ajoute une nouvelle question : quelles règles inventer pour ne pas mélanger, chez soi, vie privée et vie professionnelle ?

 La connexion permanente aurait donc le potentiel de conduire à une meilleure répartition territoriale des lieux de travail et à davantage de productivité. Une réalité que les pouvoirs publics semblent prendre à bras-le-corps : deux lois ont été promulguées cette année pour encadrer, justement, le télétravail.

Qu’arriverait-il dans un monde où le numérique aurait complètement bousculé nos lieux de travail ? La fing et les participants de notre atelier ont répondu par une fiction...

Septembre 2012 : une panne prolongée du RER A provoque un blocage de la circulation automobile et contraint de nombreux cadres de la Défense à trouver des solutions de fortune pour se loger sur place. Caravanes, tentes et camping-cars font leur apparition sur l’esplanade, tandis que se multiplient les bureaux-dortoirs et que les propositions de colocation explosent sur les plateformes en ligne. Mais dans les mois qui suivent, des centaines de cadres démissionnent pour se mettre à leur compte ou exigent le droit de travailler de chez eux. Rapidement, les entreprises comprennent : elles ne pourront exiger éternellement de leurs employés qu’ils viennent à elles, moyennant parfois jusqu’à deux heures et demie de transports par jour. Certaines décident alors d’ouvrir des lieux de travail plus proches des zones où leurs salariés habitent et d’investir dans des réseaux ultrasécurisés dédiés à leurs « télécollaborateurs ». De leur côté, de très nombreux professionnels vivant à la campagne ou dans de petites agglomérations s’organisent : pour ne pas que leur activité professionnelle empiète sur leur vie de famille, ils se réunissent dans de nouveaux espaces partagés disposant des outils numériques nécessaires. Problème : des inégalités apparaissent entre les régions, selon que les municipalités et autres collectivités locales choisissent ou non de soutenir ou de prendre elles-mêmes ce type d’initiatives.

… Et par quelques avis tranchés sur la question.

À prendre

« Entre la perte de temps et le stress qu’ils représentent, économiser les transports pour se rendre au travail est, en soi, un apport essentiel… Sans oublier la dimension écologique d’un tel changement. », un cadre à la Défense.

« Certains métiers sont mobiles par nature, dès lors il est bon que l'État et les entreprises prennent en compte de façon plus fine ces typologies de travailleur pour adapter leurs règlements. », un directeur commercial

À laisser 

« Le problème du télétravail 100 % numérique, c’est qu’il donne une illusion de liberté et d’autonomie. Alors qu’en réalité, tout ce qui passe par les réseaux peut être surveillé et mesuré. », un consultant en sécurité des systèmes d’information.

« Comment voulez-vous tenir vos équipes et les faire avancer dans le même sens si chacun reste chez soi et que personne ne se côtoie physiquement… C’est comme si chacun jouait pour soi dans un sport collectif, impossible. », un cadre dirigeant d’une entreprise industrielle.

> Retrouvez cet article dans le numéro 9 du magazine SFR PLAYER "Travail connecté, mutation en cours !"