[Tendance] Le travail dans tous ses états

Le 15 / 10 / 12 | Posté par la rédaction de SFR PLAYER
[Tendance] Le travail dans tous ses états

En attendant la sortie du prochain magazine SFR PLAYER dédié au travail à l’ère digitale, la rédaction a assisté à la conférence Chronos « Travail mobile, une opportunité pour les territoires ». Compte-rendu des débats.

Travail à distance, connecté ou mobile : aujourd’hui, 37% du temps de travail se passent déjà hors les murs de l’entreprise1. La révolution numérique redessine les contours et les frontières de nos pratiques professionnelles et fait entrer le travailleur dans une toute nouvelle ère.

Quels enjeux et opportunités pour les territoires et les entreprises ? Ce sont près de 80 personnes qui s’étaient donné rendez-vous à L’appart SFR le 10 octobre dernier, pour débattre et tenter de d’apporter quelques éléments de réponse.

Dessines-moi le portrait du travail mobile

C’est Bruno Marzloff, sociologue et directeur du Groupe Chronos, cabinet d’études sociologiques et de conseil en innovation, qui introduit la matinée. Objectif : dresser, sur la base d’une étude menée au début de l’année par Chronos, le portrait du travail, et du travailleur, à l’heure de l’hyper-mobilité.

Sur la base des cinq items étudiés – localisation, temporalités, sociabilités, instrumentations et maîtrise des usages – nous pouvons retenir que…

… Le travail mobile procède, à la fois, d’un modèle de production post-tayloriste en rupture, des excès de transport domicile-travail et d’une transformation des rythmes quotidiens.

… Le travail mobile révèle une automatisation des pratiques, un brouillage des frontières entre les sphères « travail » et « hors travail » et une agilité générale des pratiques servies par l’imprégnation de plus en plus forte du numérique et des outils.

… Le travail mobile recèle des opportunités pour le travailleur en termes de qualité de vie et de sociabilité, pour l’entreprise en termes de productivité mais aussi pour les collectivités sur les questions environnementales, d’équilibre des territoires ou encore de transports.

Télécentres, tiers-lieux et nomadisme : le temps du débat

Arrive le temps fort de cette matinée : le débat. Réunis autour de Bruno Marzloff, Cédric Verpeaux, Responsable du Pôle « Ville numérique et durable » à la Caisse des dépôts, Joël Gayssot, directeur général de l’Agence du développement du Val-de-Marne et Nathanaël Mathier, co-fondateur de Neo-Nomades et LBMG Worklabs.

« Les télécentres constituent un moyen de massification du télétravail », Cédric Verpeaux

Cédric Verpeaux rappelle que dans le cadre du programme Investissements d'Avenir, la création du Fonds national pour la Société Numérique (FSN), vient, entre autre, soutenir le développement de l'économie numérique. Ce développement passe, notamment, par la multiplication de l’implantation sur les territoires de télécentres.2

Pour Cédric Verpeaux, « les télécentres, qui représentent des lieux complémentaires au télétravail à domicile, vont permettre de massifier le travail à distance et sensibiliser les populations les plus sédentaires de l’entreprise. » Or, aujourd’hui il y a peu d’offres professionnelles d’espaces de ce type. « Les espaces de co-working existant touchent encore des tranches spécifiques de travailleurs. L’idée est désormais de développer des lieux en zones péri-urbaines pouvant s’adresser à tout type de population », poursuit Cédric Verpeaux.

Les investissements qui seront engagés « viseront à faire émerger des sociétés d’exploitation de télécentres et favoriseront la naissance de nouveaux acteurs économiques. Notre rôle consiste à étudier les retours sur investissements d’un point de vue financier. L’exploitation de ces lieux sera elle confiée à des acteurs du secteur privé. » Croissance, productivité, compétitivité : autant d’externalités positives qui vont dans le sens d’un nécessaire encouragement des initiatives. A titre d’exemple, il rappelle que « près d’un tiers des accidents du travail en France surviennent sur le trajet domicile-lieu de travail. Le développement du travail à distance permettrait de réduire ce chiffre… et donc de faire un réel gain financier. »

Cependant, Cédric Verpeaux temporise en rappelant qu’  « il ne suffit pas uniquement d’ouvrir des lieux mais bien de provoquer des mutations culturelles tant dans le secteur privé que dans le secteur public. » D’ailleurs, la prochaine étape sera de « convaincre les administrations nationales et territoriales, à l’image des Pays-Bas où l’Etat a décidé, non pas d’investir, mais de faire de 15% de ses effectifs des télétravailleurs. »

« Une tendance qui va s’accélérer du fait des temps de trajet de plus en plus long », Joël Gayssot

Pour Joël Gayssot, l’adaptation des territoires aux nouvelles pratiques et le déploiement d’offres adaptées constituent un enjeu social de taille : celui de la compétitivité et de l’attractivité. Les collectivités doivent « travailler sur la diversité des produits à proposer dans le cadre d’initiatives déployées en partenariat avec le secteur privé. » En effet, ces initiatives représentent de véritables opportunités économiques, et ont « vocation à être rapidement rentables », à l’image de l’Hôtel de l’Innovation installé au cœur du centre d’affaires de Rungis et qui propose, dans un espace de 450m², les services adaptés aux jeunes sociétés innovantes.

« Les entreprises doivent être accompagnées dans la compréhension des enjeux économiques du travail mobile », Nathanaël Mathieu

Côté pile, il y a le fondateur de la plateforme Neo-Nomade, espace online, né en 2010, qui permet de trouver et de partager des espaces de travail en un clic. Observateur privilégié de l’émergence et de l’expansion du co-working, son constat est sans appel : « en une année, nous sommes passés de 20 à 80 espaces de co-working en France. » Il s’agit là d’une vraie tendance de fond qui présage de l’essor de nouvelles pratiques sur le territoire. 

Côté face, il y a le consultant auprès de grandes entreprises, qui retient que « la culture du management aujourd’hui empêche les entreprises d’évaluer les enjeux des externalités positives du travail à distance », qu’il s’agisse de la réduction des risques psycho-sociaux ou encore de l’augmentation de la productivité. Cette évaluation des externalités positives entre en conflit, selon lui, avec les problématiques de gestion rationnelle de l’organisation. Or « les entreprises représentent un chaînon fondamental dans le renforcement des pratiques du travail en mobilité. »

Il rappelle également que la question de l’intégration du travail en mobilité n’est pas simplement une question de lieu, « il s’agit également pour l’entreprise de s’adapter à une culture, à de nouvelles pratiques managériales. En effet, le travail hors les murs de l’entreprise doit aussi être porté par une véritable politique d’innovation RH. »

Une session d’échanges riche avec la salle vient clôturer cette matinée. Citations.

« L’aménagement des territoires dans le cadre de l’adaptation aux nouveaux modèles qui se dessinent est un facteur de désenclavement important des territoires ruraux et des zones en difficultés. »

« Il me semble que nous manquons aujourd’hui de connaissances sur les éléments différenciant le travail mobile du travail non mobile. Il ne s’agit pas simplement du déplacement d’un lieu vers un autre lieu. Nous devrions nous interroger sur le sens profond de la mobilité : en quoi est-ce constitutif d’une mutation ? De la même manière, nous ne savons que peu de choses sur l’invention sociale du travail. Aujourd’hui les travailleurs bricolent pour s’inventer de nouvelles conditions de travail, de nouveaux lieux, de nouveaux moments. »

« La question sémantique est importante. Nous avons privilégié la notion de travail mobile car nous avons à disposition une multitude de termes – télétravail, télécentre, tiers-lieu, co-working – qui recouvrent des pratiques différentes et qui ne sont pas adaptés à rendre compte du phénomène »

«  En tant que consultante pour des entreprises, je suis souvent confrontée à un frein lorsqu’il s’agit de parler de télétravail : comment concilier la culture d’entreprise et le travail à distance ? Il faut concevoir des lieux qui créent du lien et qui donne du sens. »

«  Les espaces de co-working participent de la construction d’un nouveau modèle social. Les co-workeurs recréent un nouveau contrat social en décidant de partager des espaces de travail avec des personnes issues d’autres secteurs, d’autres entreprises. Le tiers-lieu ne doit pas être un espace conçu comme un calque du modèle de l’entreprise… hors de l’entreprise. »

« La Seine-et-Marne a fait de réelles avancées sur le déploiement d’offres et de services adaptés aux travail mobile grâce au déploiement de la fibre optique sur le département. Le fibrage a été un facteur essentiel. »

 

1. Etude WITE 2.0 - 2011

2. Le télécentre est une ressource immobilière et logistique composée de bureaux disposant d’équipements informatiques et de télécommunications, conçus, réalisés et gérés par un opérateur public ou privé, et mis à la disposition de télétravailleurs.

 

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Par Cécile Chapron.