[PLAYERS] Prendre le contre-pied des générations

Le 03 / 10 / 13 | Posté par la rédaction de SFR PLAYER
[PLAYERS] Prendre le contre-pied des générations

Carine Dartiguepeyrou est consultante en prospective et anime le programme de prospective « Transformation numérique de l’entreprise » du think tank Futur numérique de la Fondation Télécom (Institut Mines-Télécom). Elle vient de publier le cahier de prospective « Les générations et la transformation numérique de l’entreprise », accessible sur le site de la Fondation Télécom.

Pour cette prospectiviste, les évolutions sociétales liées au numérique innervent les générations de façon beaucoup plus large qu’on ne le croit. Alors, tous génération Y ?

De quoi parle-t-on réellement lorsque l’on parle des générations X, Y et Z ? Le marketing générationnel a eu tendance ces dernières années à aller trop loin dans la stigmatisation des valeurs et des comportements des générations. Il n’y a qu’à regarder autour de soi pour se rendre compte rapidement qu’un Y n’est pas forcément une personne branchée, contestataire et individualiste, et qu’un senior n’est pas nécessairement déconnecté, traditionaliste et généreux ! On voit bien qu’à vouloir trop marquer de différences entre les générations, on les sépare plus qu’on  ne les relie, et qu’on continue de les caricaturer… Il existe bien, cependant, des évolutions qui poussent les jeunes générations à aspirer à de nouvelles valeurs. Quelles sont-elles ?

Transcendance

Ce sont des valeurs d’émancipation et d’interdépendance. Émancipation, car les minorités actives aspirent à plus de liberté et à s’épanouir, non par l’hyperconsommation, mais en profitant du temps, de la nature, de leurs amis. Cette recherche de transcendance se manifeste à la fois dans l’art, la création, la spiritualité et la philosophie. L’individualisme n’est ainsi pas une fin en soi, mais plutôt un passage vers plus d’« individuation », une recherche de soi-même. D’où une quête essentielle de simplicité et d’authenticité. Avec la mondialisation, une part croissante de la population aspire à un autre regard : plutôt que la globalisation qui uniformise, une ouverture au monde et à sa richesse culturelle. On remarque également le souhait de tisser des liens avec des personnes qui habitent loin géographiquement mais qui sont proches affectivement. C’est ce que permet le numérique.

Chevauchement

Les minorités actives, que l’on appelle aussi créatifs culturels, représentent plus de 30% de la population et sont en forte croissance. Elles viennent compléter la catégorie des « modernes », qui se retrouvent dans l’appartenance à la société de la consommation (foi dans le progrès technologique, domination de l’homme sur la nature), et celle des « traditionnels », qui se reconnaissent dans des valeurs familiales, de terroir, plus conservatrices.

Les jeunes comme les seniors sont présents sur l’ensemble de ces catégories socioculturelles. La culture numérique s’imprègne du courant postmoderne, le nourrit et y contribue à la fois. D’où un chevauchement de valeurs propres au numérique et aux digital natives, qui naissent et se développent avec les différentes phases des évolutions technologiques (Web, Web 2.0, Web 3.0, etc.). Certes, la NetGen et les générations Y et Z montrent plus d’agilité dans l’apprentissage du numérique. Mais la métamorphose numérique ne prendra vraiment corps que si elle rassemble toutes les générations. L’enjeu est bien là, dans l’intégration des diversités culturelles plus que dans la stigmatisation des générations.