[PLAYERS] François Taddei, enseignant-chercheur

Le 24 / 09 / 13 | Posté par la rédaction de SFR PLAYER
[PLAYERS] François Taddei, enseignant-chercheur

« Le savoir est disponible tout le temps, partout. » François Taddei, chercheur

Passionné d’éducation et de nouvelles technologies, ce biologiste a créé au sein de l’université Paris-Descartes le Centre de recherche interdisciplinaire, où il mène des expérimentations pédagogiques interdisciplinaires.

Qu’est-ce que le numérique change dans notre rapport à l’apprentissage ?

Avant, le savoir était dispensé de la maternelle à l’université, puis éventuellement par certaines formations d’entreprise, mais c’est tout. C’était quelque chose de très réglementé, il fallait disposer de tels prérequis pour accéder à telles connaissances. Maintenant, le savoir est disponible tout le temps, partout. Le numérique décloisonne les classes, permet aux élèves d’avoir accès à des ressources beaucoup plus vastes et de mettre en relation des personnes qui s’intéressent aux mêmes sujets. Il se crée ainsi un écosystème d’apprentissage collaboratif, où chacun peut partager les chemins qu’il a utilisé pour arriver à tel savoir, conseiller des ressources, adapter ses connaissances à différents publics.

Aujourd’hui, beaucoup de contenus académiques présents sur le Web sont protégés ou en accès payant. Est-ce un problème selon vous ?

Il existe un danger de créer un savoir à deux vitesses. Même aujourd’hui, ceux qui savent le mieux se servir des outils numériques sont ceux qui ont le plus de livres à la maison. Ils savent séparer le bon grain de l’ivraie, trouver les bons sites dans un océan de contenus très inégaux. Je crois que l’accès au savoir est une mission de service public. Il faudrait que le mouvement de l’open source soit soutenu par l’État, sans que celui-ci veuille le contrôler. Sinon, le risque est de creuser les inégalités.

Que pensez-vous du développement fulgurant des MOOC ?

Ce développement est à la fois génial et effrayant. Le risque, c’est la privatisation de la connaissance. Aujourd’hui, les principales sociétés qui diffusent ces cours sont privées. Il n’est pas possible de traduire un MOOC, de l’adapter à différents niveaux… Lorsqu’on s’inscrit sur Coursera, on doit renoncer à la propriété des idées que l’on pourrait émettre dans le cadre d’un cours ! Il faudrait une offre publique de MOOC, quelque chose de plus ouvert.