[TENDANCE] Apprendre toute sa vie

Le 24 / 09 / 13 | Posté par la rédaction de SFR PLAYER
[TENDANCE] Apprendre toute sa vie

Le numérique permet de se former partout et d’accéder à de nouvelles connaissances au-delà du cadre strict de la formation scolaire. Dès lors, le cours classique se « déstructure », se personnalise, et s’organise tout au long de notre vie.

L’année dernière, Weezie Yancey-Siegel a fait le grand saut. Cette étudiante de 21 ans a quitté son université californienne, pas assez stimulante à son goût, s’est créé son propre programme de cours, à base de MOOC, de conférences TED, de lectures et de webinars, et a relaté sa progression sur son blog. Elle est cette année en stage dans une ONG et assiste le soir à des conférences online ou des événements de networking organisés par Enstitute, une nouvelle « école » gratuite qui prône ce mode d’éducation alternatif. « J’avance à mon rythme, je choisis vraiment mes cours, et j’ai des expériences plus enrichissantes que la vie de campus. J’ai aussi arrêté de m’endetter », souligne Weezie.

Son cas n’est pas isolé. Aux États-Unis, ils sont des milliers à vouloir « hacker » le système éducatif traditionnel (et ses frais de scolarité exponentiels). Leur figure de proue ? Anya Kamenetz, auteur de DIY U (Chelsea Green Publishing, 2010), qui décrit dans son livre différentes manières de reproduire l’expérience universitaire de manière plus souple, plus personnalisée, et non limitée dans le temps.

Si ce mouvement reste pour le moment très américain, il est révélateur d’une tendance plus globale : la volonté de construire soi-même sa formation, tout au long de sa vie, grâce aux ressources disponibles en ligne. Les MOOC, ces cours en ligne assurés par des professeurs d’universités, qui donnent lieu à des évaluations, voire à des certifications (l’école en ligne française Enaco, en partenariat avec Stanford, propose par exemple des certificats validant les connaissances acquises) ont connu un essor fulgurant depuis 2012, en particulier au travers des plateformes Udacity et Coursera. Cette dernière rassemble à ce jour quatre cents cycles de cours gratuits, issus de soixante universités dans le monde.

En France, certaines grandes écoles commencent à se lancer, comme Télécom Bretagne, qui a créé un MOOC sur… l’utilisation d’Internet à des fins pédagogiques. Lancé en septembre 2012 et considéré comme le premier MOOC français, il a tout de suite été un succès, avec 1 500 inscrits. « Cela marche car c’est une forme d’apprentissage très souple. Les élèves vont à leur rythme, peuvent revoir les vidéos, interagir sur les forums avec les autres étudiants ainsi qu’avec le professeur. Ils sont aussi impliqués dans la correction des travaux de leurs pairs. À la fin, l’apprentissage est plus profond et plus pérenne », selon Michel Briand, directeur adjoint de Télécom Bretagne.

L’apprentissage online passe aussi par des formes plus souples que les MOOC. ITunes U rassemble 500 000 contenus mis en ligne par les universités. Les conférences TED donnent de la matière à penser sur des sujets allant de la génétique à la sociologie, en passant par la philosophie. Aux États-Unis, les start-up qui proposent des cours à la carte sont en plein essor. Parmi elles, Skillshare permet de donner des cours (de la cuisine à l’informatique, en passant par le marketing) et d’en suivre en retour, sur le mode du peer-to-peer learning.

Autre start-up en vue, General Assembly, qui possède six implantations aux États-Unis, propose chaque jour des dizaines de cours ou d’ateliers on- ou offline : il suffit de s’inscrire sur le site. « Au début, c’était un espace de rencontre pour des développeurs et des entrepreneurs, raconte Brad Hargreaves, le fondateur. Puis chacun a commencé à partager ses connaissances avec les autres, et le réseau s’est structuré. Nous constituons aujourd’hui une alternative aux études, en particulier au niveau master, en apportant à la fois des connaissances et un réseau. »

Reste une question : quelle valeur accorderont les recruteurs à ces formations online ? À l’école de management ESC Grenoble, Jean-Francois Fiorina voit déjà passer des CV d’étudiants qui mentionnent le suivi de MOOC. « Ces éléments vont certainement prendre de la valeur dans une candidature », assure-t-il. « Pour les formations certifiant des compétences techniques, la reconnaissance des recruteurs sera plus rapide que pour les cours plus généraux, car les résultats seront plus flagrants », prédit Rémi Bachelet, professeur à Centrale Lille. « Mais ce que le suivi de ces formations démontre, in fine, c’est une volonté d’évoluer, de se former, et une certaine autonomie. Pour beaucoup de recruteurs, c’est la clé de la réussite. »