[Tendance] Open savoir

Le 25 / 05 / 12 | Posté par Cécile Chapron
[Tendance] Open savoir

Apprendre hors les murs, après son diplôme, voire même sans prof ou sur son smartphone… En rendant l’action éducative plus ouverte et plus collaborative, le numérique bouleverse l’accès au savoir et ses modèles de transmission. Les préoccupations et fonctionnements de la génération Internet vont nous amener à passer à des méthodes d’enseignement et des contenus plus interactifs et individualisés. Le savoir se consomme à la carte, en fonction des besoins de chacun, et les citoyens peuvent contribuer, à leur échelle, à l’enrichir. La connaissance en mode illimité, c’est maintenant.

En moins d’une décennie, nous avons vu Google, Wikipedia, iTunes U et l’arrivée d’applications pour smartphones faciliter considérablement notre accès au savoir. Les caractéristiques démocratiques et communautaires de ces outils internet donnent l’opportunité à des passionnés de partager leur savoir sans pour autant être éducateurs de métier, et aux internautes de trouver des informations sur les sujets les plus divers, en quelques clics. Il est intéressant alors de se pencher sur les manières dont les institutions traditionnelles du savoir répondent à cette tendance pour mieux coller aux besoins et aux attentes d’une génération d’élèves connectés. L’annonce récente qu’après deux cent quarante-quatre ans d’existence, l’encyclopédie Britannica tournait une nouvelle page de son histoire en décidant d’arrêter son édition papier est un exemple patent de ce changement de modèle.

De nombreuses universités prestigieuses commencent à mettre en ligne gratuitement leurs cours, comme en témoigne l’initiative open vidéo éducation et d’autres, comme l’université de Stanford, ont permis à des personnes qui n’y sont pas inscrites de suivre certains cours, et même de participer aux examens et d’obtenir des crédits universitaires – le tout en ligne. Pour Juan de Castro, professeur d’université à Madrid et fondateur du réseau éducatif Gnoss, « cela bouleverse la philosophie de l’enseignement », avec l’émergence d’un savoir « collectif, informel et cumulatif ».

Dans les écoles, le métier de professeur s’en voit radicalement transformé. « Le savoir étant facilement disponible, les objectifs pédagogiques se focalisent sur l’appropriation des connaissances », écrit Christine Dioni, chercheuse à l’Institut français de l’éducation dans Métier d’élève, métier d’enseignant à l’ère numérique (INRP, 2008). « On ne va pas apporter aux élèves le savoir, mais le moyen de triturer, d’analyser, de rechercher du savoir. » L’enseignant n’est donc plus le passeur mais le « médiateur de la connaissance ». Juan de Castro défend l’idée que le rôle de l’enseignant tend vers un modèle de community manager, avec l’explosion des réseaux sociaux dans l’univers de l’enseignement universitaire.

Le numérique transporte l’apprentissage hors des classes. Il permet aux enfants et aux adultes n’ayant pas accès aux infrastructures de l’école ou à des enseignants qualifiés d’apprendre de façon autonome, avec des programmes et appareils numériques conçus expressément pour un apprentissage en solo. Le concept du "self-learning" est défendu par Nicholas Negroponte, fondateur de One Laptop per Child, dans l’interview qu’il donne en exclusivité dans ce numéro. Le projet Hole in the Wall ("trou dans le mur") de Sugata Mitra a par ailleurs démontré qu’en l’absence de professeurs, des enfants pauvres de New Delhi étaient capables d’apprendre et même d’enseigner aux autres par eux-mêmes, grâce à des ordinateurs à vocation éducative, placés littéralement "dans les murs" sur la voie publique.
Qui plus est, le numérique crée de l’enseignement sur mesure. « C’est un outil qui peut beaucoup mieux s’adapter aux besoins particuliers », assure Sebastian Thrun, créateur de l’université en ligne Udacity. «On peut par exemple revoir un cours en vidéo autant de fois qu’on le veut, ce qui est impossible dans une salle de classe.»

Mais l’informatique n’est pas pour autant un outil miracle. Une expérience, citée par l’économiste Esther Duflo, montre que l’achat d’un ordinateur dans une école n’a pas plus d’impact que l’embauche d’une personne supplémentaire. Or il coûte plus cher, dans les pays en développement, et nécessite de former les enseignants et les élèves. Le numérique ne risque donc pas de supplanter tout de suite les méthodes traditionnelles de l’éducation. Il reste néanmoins une chance formidable pour le futur de l’enseignement.

OPEN SAVOIR. LE COUP DE COEUR DU PARRAIN
Pour choisir les projets et les idées les plus marquants de ce numéro spécial "Faisons du numérique une chance", SFR PLAYER s'est appuyé sur quatre témoins clés. Florence Durand-Tornare, fondatrice de l’association des Villes Internet, livre à SFR PLAYER son coup de coeur.

 

GNOSS

En 2009,Juan de Castro, professeur à l’université de Madrid, économiste et consultant stratégique, a décidé de révolutionner la connaissance en donnant naissance à Gnoss. Cette plateforme participative, sorte de réseau social éducatif, est destiné aux enseignants, aux étudiants et aux organisations éducatives. Chacun peut y créer des espaces, s’approprier l’outil à sa guise et partager son savoir avec les autres. Au fil des années, les informations s’accumulent, se recoupent, évoluent et participent à l’élaboration d’un immense savoir collectif accessible à tous.

En quoi les nouvelles technologies et des projets comme Gnoss peuvent-ils améliorer l’enseignement ?
Pour la première fois, enseignants et étudiants sont en mesure de transformer le savoir, qui ne se transmet plus du haut vers le bas, de façon linéaire et formelle. Ces nouveaux outils nous rapprochent d’un idéal, celui de pouvoir bâtir ensemble l’intelligence.

Comment cela transforme-t-il le métier d’enseignant ?
Le potentiel de cette nouvelle mentalité s’illustre par Didactalia, une communauté Gnoss où trois mille enseignants du primaire et du secondaire mettent en commun leurs outils pédagogiques. À tout moment, au fin fond de l’Amazonie, un professeur peut y trouver des dizaines d’outils adaptés à ses besoins. Nous nous dirigeons vers une collaboration mondiale…

Comment envisagez-vous le futur de l’éducation ?
Je crois que l’avenir appartient aux enseignants qui continueront à être présents auprès des étudiants, dans un nouvel espace éducatif à la fois physique et numérique. À ceux qui auront le courage d’assumer le fait qu’en co-fabriquant du savoir, ils contribueront au bien commun et à la création d’une société meilleure pour les générations futures.

 

FLORENCE DURAND-TORNARE
Fondatrice de l’association des Villes Internet

« Au-delà du risque de nouvelles inégalités liées à l’accès, les réseaux numériques favorisent l’autonomie, la responsabilité et la liberté des individus. Regardons comment les personnes en situation d’exclusion culturelle, économique ou sociale s’emparent du numérique pour la recherche d’emploi, la réussite scolaire ou la démocratie locale et les échanges interculturels ! »



> Retrouvez cet article dans le numéro 8 du magazine SFR PLAYER spécial Faisons du numérique une chance
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