[Tendance] Micro-engagés

Le 22 / 05 / 12 | Posté par Cécile Chapron
[Tendance] Micro-engagés

Les nouvelles technologies ont fait naître de nouvelles formes de solidarité "light", loin du terrain et du militantisme traditionnel. Un engagement accessible à tous, qui représente une formidable opportunité d’éveiller les consciences d’un nouveau public, à l’ère du surf permanent

Désormais, il suffit d’un seul clic pour s’engager. Internet a réinventé la mobilisation : plus simple, plus accessible, moins onéreuse… et au succès souvent retentissant. Une pétition demandant aux dirigeants d’agir pour le climat a, par exemple, réuni dix millions de signatures. Le jeu en ligne FreeRice a quant à lui conquis un million de joueurs qui ont généré, clic après clic, cinq millions de repas financés par la publicité.

« C’est un formidable moyen, pour les associations, de rencontrer un nouveau public », s’enthousiasme Bruno Humbert, fondateur d’Equitel et promoteur du micro-don. Comme les jeunes, les professionnels débordés, ou encore les plus modestes, qui manquent parfois de temps ou d’argent pour s’engager. Cette nouvelle forme de militantisme mène également à « une meilleure prise de conscience de l’opinion publique », selon Ian Bogost, développeur de jeux en ligne solidaires et chercheur à l’université Georgia Tech.

Mais peut-on vraiment parler d’engagement ? Le don est indolore, l’action militante se résume à quelques secondes, le tout souvent sous couvert de pseudonyme… « C’est un genre de mode », regrette Ian Bogost. Pour lui, ces nouvelles manières de s’engager servent à se mettre en valeur et « permettent de se donner bonne conscience sans s’impliquer ». Mais pour Nathan Stern, ingénieur social et fondateur notamment du site Peuplade, « le bénéficiaire du geste ne voit pas les choses du même oeil : il connaît l’impact d’un acte, et peu lui importe de savoir s’il est purement altruiste. »

Qui plus est, « chaque pas, si dérisoire soit-il en apparence, accroît la probabilité du pas suivant. » Ces micro-engagés auraient donc vocation à s’impliquer davantage avec le temps. Jusqu’à devenir, à terme, les « vrais » militants de demain.

MICRO-ENGAGE. LE COUP DE COEUR  

 



Microdon : « une première démarche de sensibilisation »

Pierre-Emmanuel Grange dirige depuis 2009 Microdon, une entreprise française consacrée au don sur salaire. Le principe : permettre aux salariés qui le souhaitent de verser, automatiquement, les centimes de leurs fiches de paie à des organisations caritatives. Une formule rendue possible grâce au réseau.

En quoi les nouveaux moyens de donner sont-ils une opportunité pour le secteur caritatif?
Pierre-Emmanuel Grange : Ils permettent de toucher un public plus large, notamment les 20-30 ans, qui donnent peu aux associations. Pour beaucoup, faire un chèque de 30 €, prendre le temps d’y penser, de compléter un formulaire et de le poster peut paraître fastidieux ! C’est pourquoi nous travaillons à développer des outils de don simples et accessibles à tous. 

Peut-on vraiment parler d’engagement, quand on se contente de dons automatiques et « indolores » ?
Pierre-Emmanuel Grange : Le microdon est avant tout un don d’appel, une première démarche de sensibilisation vers les non-donateurs. Une première contribution qui pourra déboucher demain sur une forme d’engagement plus fort : dons plus importants, bénévolat, partenariat…

Comment voyez-vous évoluer la générosité ?
Pierre-Emmanuel Grange : Face à la démesure de certains chiffres auxquels les individus ne comprennent plus rien, on voit se développer des micro-actions plus parlantes, comme le microcrédit ou le crowdfunding. Toutes sont animées par le même esprit : « les petits ruisseaux font les grandes rivières ». Cela résonne chez les gens car c’est indolore, ludique, accessible et surtout transparent et efficace.

 

> Retrouvez cet article dans le numéro 8 de SFR PLAYER spécial "Faisons du numérique une chance"
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