[Tendance] L'interview du mois – Nils Aziosmanoff : "La révolution numérique est une révolution culturelle!"

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Le 09 / 05 / 12 | Posté par Romain Levesque
[Tendance] L'interview du mois – Nils Aziosmanoff : "La révolution numérique est une révolution culturelle!"

Le blog "Faisons du numérique une chance" a rencontré Nils Aziosmanoff, le président du Cube, le centre de création numérique. Il évoque avec nous son rapport au numérique solidaire, son engagement pour une "ville plus intelligente" et ses futurs projets.


La première fois que le numérique a été utile pour vous ?

Lorsque jeune musicien j’ai découvert les potentialités de la micro informatique musicale. Je pouvais tout à coup accéder à une palette de timbres infinie et piloter à distance différents instruments et effets numériques. La musique n’était plus un jeu linéaire, elle devenait un processus de création qui faisait interagir en temps réel le son, l’image, la lumière ou les effets de scène. Une révolution qui bouleversait les codes et les écritures, et ouvrait la porte à de nouvelles formes d’expression multimédia… C’est dans cette période que j’ai cofondé l’association ART3000 qui plus tard aboutira à la création du Cube.

 

Quelles sont les prochaines innovations qui révolutionneront notre approche du numérique ?

Probablement celles de sa « disparition » au profit d’une sorte de magie fondée sur l’usage et la relation. Le numérique va bientôt se fondre dans tout ce qui nous entoure pour augmenter nos capacités d’interaction avec le monde. En s’hybridant, la sphère virtuelle et l’espace physique vont placer chaque individu au coeur d’un écosystème dynamique. A l’échelle planétaire, la convergence de la biosphère et de l’infosphère, la « bio(noo)sphère », va ouvrir un nouvel espace de sens, de création et de partage.

 

Quelles tendances numériques solidaires vous ont frappé dernièrement ?

La montée en puissance du smart grid dans la réflexion sur les nouveaux modes de production et de consommation de l’énergie. Grâce au numérique on voit apparaître de nouveaux modèles participatifs calqués sur la philosophie du web 2.0 : la production d’énergie directement par le consommateur, la mutualisation et la redistribution « intelligente » vont permettre de créer des quartiers, voire des villes entières à énergie positive ! La démarche individuelle est ici au cœur de la réponse collective, le smart grid associe révolution technologique et révolution des comportements. De la même manière, c’est l’ensemble des modalités du « vivre ensemble » qui va être réinventé dans les grandes agglomérations.

 

Vous êtes un des promoteurs de la Smart city. Comment utiliser les nouvelles possibilités offertes par le numérique pour faire d’une ville intelligente une ville plus solidaire ?

La révolution numérique n’est pas une révolution technologique, c’est une révolution culturelle de grande ampleur. Nous avons aujourd’hui un accès permanent à une masse de connaissance inouïe, notre smartphone c’est Babel dans notre poche. Mais à quoi sert l’accès à tout ce savoir si ce n’est pour libérer notre créativité ? La smart city peut, si elle s’en donne les moyens, susciter de nouvelles formes d’interactions sociales fondées sur la production collaborative de services relevant de l’économie solidaire, de l’écologie, de la culture ou encore de l’éducation. Etant à la fois plus proches et plus mobiles, et évoluant au sein d’écosystèmes se combinant de manière dynamique en fonction de nos activités, nous allons complètement réinventer notre rapport à l’espace public et au collectif.

 

Le numérique est-il une chance pour la création artistique ?

Grâce au numérique, les artistes peuvent travailler des matériaux aussi fabuleux que la relation ou l’empathie. Avec les technologies de l’intelligence artificielle, le design d’interaction ou encore la « big data » (l’accumulation des données produites chaque jour dans tous les domaines de la vie), ils inventent de nouvelles représentations du monde, rendent visible l’invisible, élaborent de nouvelles formes de narrativité, créent de nouveaux vecteurs de liens dans un monde où tout se recompose, s’accélère et se complexifie. Les artistes nous aident à élargir notre regard, notre imaginaire, tout en développant notre relation empathique et sensible avec le monde.

 

Pour conclure, quels sont vos projets en ce moment ?

Je participe à différents projets donc deux sont particulièrement passionnants. Le premier est « immatériel » : la conception d’une plateforme 3D de services et de contenus très innovante pour la smart city, expérimentée à l’échelle d’un territoire de 500 000 usagers. Ce projet, piloté par Navidis, réunit 10 partenaires industriels ainsi que les collectivités d’Issy-les-Moulineaux et de Grand Paris Seine Ouest. Le deuxième est un projet de lieu « physique » : la création d’un établissement culturel de nouvelle génération, le futur Cube 2, qui devrait voir le jour sur l’Ile Seguin. Ces deux projets ont beaucoup de liens entre eux car ils posent tous deux la question des nouveaux modes de vie dans un monde où l’espace et les richesses matériels vont se raréfier de plus en plus, mais où les richesses immatérielles et les relations seront de plus en plus abondantes.

 

 

En savoir plus sur Nils :

Nils Aziosmanoff est Président du Cube, 1er centre de création numérique en France, et de Navidis, entreprise spécialisée dans le design d'information géolocalisée.

Fondateur d'ART3000, association pionnière dans le domaine des arts et des nouvelles technologies, il a dirigé ISEA2000, lʼun des événements les plus réputés sur la scène internationale des arts numériques. Ex musicien, il a dirigé le Conservatoire de musique et de danse de Jouy-en-Josas et enseigné la micro informatique musicale à l'Institut National de l'Audiovisuel (INA) ainsi qu'à l'Institut International de l'Image et du Son (3IS). Lauréat du programme Challenge+ d'HEC, il a participé à la création de plusieurs entreprises de technologies innovantes. 

Nils Aziosmanoff co-anime Les Rendez-vous du Futur, émission interactive qui accueille des personnalités du monde des arts et des sciences, et dirige La Revue du Cube, qui réunit des experts et personnalités autour d’une démarche prospective sur la société numérique. Il est Chevalier des Arts et des Lettres.