[Players] Organisateur assisté par ordinateur

Le 03 / 05 / 12 | Posté par Cécile Chapron
[Players] Organisateur assisté par ordinateur

Connu pour avoir propulsé Lille sur la scène mondiale de l’art contemporain, Didier Fusillier met en avant les formes nouvelles de l’art avec succès. Si le numérique occupe une place de choix dans ces événements, il représente aussi l’un de ses atouts essentiels en tant que professionnel de l’organisation.

Interview
 : Pascal Bories
Photographie : Maxime Dufour

Didier Fusillier cache bien son jeu. Actuellement aux commandes de la Maison des arts de Créteil (MAC) et de la scène Le Manège de Maubeuge, il se dit simplement directeur de théâtre. Mais sa curiosité pour toutes les nouvelles formes d’art et son sens du crossover lui ont valu une reconnaissance bien plus large. Après avoir décroché l’organisation de Lille 2004, Capitale européenne de la culture, il s’est vu confier par la municipalité et Martine Aubry, une déclinaison annuelle de l’événement sous l’appellation "lille3000". Avec un million de visiteurs par an, celui-ci a inspiré la Ville de Paris, qui souhaite désormais que Didier prenne en charge son Festival d’Automne. En attendant, le festival artistique EXIT, organisé à la MAC de Créteil du 8 au 18 mars, a encore remporté un succès impressionnant.

Mais comment peut-on en faire autant ? « Je suis un geek de base, répond l’homme-orchestre. J’ai un iPhone, un Mac, un iPad et un BlackBerry pour le travail. » Autant d’outils qui permettent de ne pas s’emmêler les pinceaux et de se souvenir de tout, lorsqu’on s’attaque à l’organisation d’événements multiples et d’une telle ampleur. Pour lui, ils constituent d’abord « une mémoire phénoménale », qui lui donne accès à tous ses anciens documents. Et puis : « J’ai une obsession, c’est le poids, confie-t-il. Entre un ordinateur et un iPad, la différence est déjà énorme. » Alors qu’il lui fallait auparavant transporter de lourds dossiers, il glisse désormais dans son sac une tablette et une clé USB. Pour aller loin, on le sait, mieux vaut voyager léger !

Celui qui travaille avec les plus grands collectionneurs d’art, a su tirer parti des technologies numériques. Moins pour s’amuser – « Je n’en ai aucun usage récréatif, à l’exception de Deezer ou de Spotify pour la musique », dit-il – que pour le travail. À quoi lui servent ses joujoux dernier cri ? « Je garde sous la main toutes les revues de presse, les films et les diaporamas dont j’ai besoin. » Le problème, précise-t-il tout de même, c’est que « ce sont des outils contraignants, qui reposent sur l’immédiateté ». Sollicité en permanence par mail, par texto ou par téléphone, notre homme considère donc que « le challenge, c’est de trouver comment créer des filtres » pour ne pas se laisser submerger.

Par exemple, Didier Fusillier a bien une page Facebook, mais il ne trouve pas le temps de s’en servir vraiment : « Ce n’est pas du snobisme, ça me sert quand même à garder le contact avec quelques amis en Russie ou aux États-Unis… Mais ça permet aussi un flicage flippant », analyse-t-il. En revanche, il s’enthousiasme pour l’aspect fédérateur, rassembleur, des appareils numériques qu’on utilise aujourd’hui au quotidien : « S’il y a bien quelque chose qui réunit les gens au-delà des générations, des confessions religieuses ou autres, c’est qu’on a tous un téléphone ! » C’est notamment sur ce constat que ce grand organisateur a fondé sa passion pour la présentation d’œuvres liées aux technologies numériques à l’occasion de ses festivals.

« Pour le festival EXIT à la MAC, nous avions une œuvre appelée Facebox : le visiteur met sa tête dedans et si quelqu’un d’autre s’en approche, elle lui propose d’en faire son ami », raconte le concepteur de l’événement. Fier de ces « formes exploratoires de l’art », il dit s’attacher à des artistes qui « utilisent la matrice numérique comme une composante de leur œuvre ». Mais s’il s’extasie devant l’augmentation des capacités des nouvelles machines, il sourit aussi en songeant à une situation vécue récemment : « J’étais dans un train qui est resté bloqué pendant sept heures par la neige. Au bout d’un moment, tous les téléphones, ordinateurs et autres appareils électroniques étaient déchargés… C’était très intéressant. »

> Retrouvez cet article dans le numéro 8 du magazine SFR PLAYER spécial "Faisons du numérique une chance"