[Players] La chronique de Youphil : Le mobile au service de la santé des plus isolés

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Le 25 / 04 / 12 | Posté par Angela de Santiago
[Players] La chronique de Youphil : Le mobile au service de la santé des plus isolés

Dans les zones reculées des pays pauvres, il est bien plus difficile d'accéder à un docteur qu'à un téléphone mobile... Et si le second servait à pallier le manque du premier ? C'est la logique poursuivie par de nombreux projets, qui utilisent le mobile pour rendre la santé accessible à tous.

30% seulement des Indiens ont accès à la médecine moderne. Dans les zones rurales, il n'existe qu'un médecin pour 25.000 personnes. Conséquence : douze ans d'espérance de vie en moins par rapport aux Indiens des villes. Ce schéma est le même dans tous les pays en développement.

Pour y remédier, de nombreuses organisations ont eu l'idée de se servir du mobile, en pleine expansion, même dans les zones les plus reculées. En Inde par exemple, la moitié de la population est abonnée à un service de téléphonie mobile – et en fait profiter sa communauté. En clair, le mobile, contrairement à la santé, est quasiment accessible à tous.

Mais comment un téléphone peut-il aider à soigner les gens ? Les réponses sont multiples, et les initiatives, notamment en matière de diagnostics, assistance aux professionnels de santé, prévention et suivi d’épidémies, émergent aux quatre coins du monde. Le projet Mqure, en Inde, offre par exemple une aide médicale par téléphone 24 heures sur 24. A partir d'un dollar par mois, ses clients peuvent poser n'importe quelle question par SMS et obtenir la réponse d'un médecin. Des conseils sont régulièrement envoyés selon la situation personnelle du patient. Mqure peut aussi lui rappeler par SMS de prendre ses médicaments. Lancée en 2010, l'initiative compte aujourd'hui plus de 10.000 clients actifs.

Au Kenya, il est possible depuis peu d'appeler un médecin pour moins de deux centimes d'euro par minute, avec le projet Call-a-Doc, lancé par une start-up. Les 18 millions d'abonnés de l'opérateur SafariCom, partenaire de Call-a-Doc, peuvent accéder à ce service au prix imbattable.

Bien que performantes, ces initiatives restent tout de même très limitées. A distance, un médecin ne peut pas tout diagnostiquer. C'est pourquoi l'entreprise Piramal Healthcare, en partenariat avec la Harvard Business School, est allée plus loin dans la démarche avec l'ambitieux projet E-Swasthya. L'idée : former des femmes Indiennes à des manipulations simples utiles au diagnostic, telles que la prise de tension. Equipées de téléphones mobiles, ces « intermédiaires » transmettent les données recueillies lors de la consultation à un centre médical. Là-bas, un système informatique génère un diagnostic et une proposition de traitement, validés par un médecin. La consultation, gratuite, dure entre 5 et 7 minutes, et les patients peuvent directement obtenir des médicaments auprès de leur « intermédiaire », à un prix bas.

Les patients ne sont pas les seuls à bénéficier des avantages du « m-health » ou « mobile health ». Les médecins aussi s'en servent, pour demander des conseils dans certaines situations. Dans les zones rurales, les docteurs sont aussi isolés que leurs patients. Ils n'ont pas accès à la formation et ne sont pas au courant des dernières avancées médicales. Certains services mobiles sont là pour leur venir en aide. A l'instar de Mama, lancé par la Women's Refugee Commission, qui se concentre sur les problèmes de grossesse et d'accouchement. Les médecins confrontés à un cas difficile peuvent transmettre leur question par SMS. Celle-ci est automatiquement publiée sur une page Facebook, où médecins, infirmières et sage-femmes discutent de la situation pour lui apporter une solution. Celle-ci est ensuite envoyée par SMS au médecin en difficulté.

Les médecins peuvent aussi bénéficier du crowdmapping des épidémies – et y participer. Par SMS, ils peuvent signaler à des services tels que Health Map ou Sick Weather l'apparition de maladies dans une région. Les données recueillies alimentent ensuite une carte de suivi des épidémies, disponible sur internet ou sur mobile. Un outil utile pour les docteurs, qui peuvent ainsi prévenir l'arrivée de maladies sur leur secteur.

Ces innovations, petites ou grandes, ne remplaceront jamais la présence de médecins, formés et accessibles, auprès de la population. Les diagnostics à distance demeurent une pratique incertaine et risquée. Qui plus est, certaines populations demeurent réticentes à ces innovations. Sceptiques, elles préfèrent parfois perdre une journée, et beaucoup d'argent, à se rendre en ville pour consulter un « vrai » docteur.

Mais les mentalités changent, grâce à l'accompagnement des agents de santé et de médiateurs formés. Et aussi grâce aux évolutions technologiques. La généralisation de la vidéo à distance sur mobile pourrait par exemple rendre les diagnostics plus efficaces. Rendez-vous fin mai, au Mobile Health Summit de Cape Town, pour découvrir l'avenir de ce secteur en plein essor.

 

 

En savoir plus sur Angela :

 Co-fondatrice de Youphil, Angela de Santiago conseillait auparavant les grandes entreprises dans leur politique de Mécénat. Associée à Jean-Marie Colombani, elle a créé ce  média en ligne afin de décrypter l’actualité du monde de l’engagement sous toutes ses facettes, qu’il soit associatif, humanitaire, philanthropique entrepreneurial ou politique.