[Players] Aux chiffres citoyens

Le 23 / 04 / 12 | Posté par Cécile Chapron
[Players] Aux chiffres citoyens

Organisée simultanément aux quatre coins du monde, la Social Media Week (SMW) décrypte les enjeux du Web social à travers des conférences destinées à tous. À l’honneur cette année, le concept d’empowerment – ou comment les outils numériques donnent à chacun la possibilité de mieux maîtriser son environnement. Retour sur la soirée d’ouverture de la SMW française organisée à L’appart SFR le 13 février dernier.
Photos : Vincent Desailly




SFR PLAYER vous invite au débat d’ouverture de SMW. Thème : le fact-checking. Vérifier tout chiffre ou donnée médiatisé par les hommes politiques, tel est le principe du fact-checking. « Phénomène ancien du monde anglo-saxon », comme le rappelle Benoît Thieulin, président de La Netscouade et à l’initiative de la SMW française, cette pratique qui s’est invitée dans la campagne présidentielle française chamboule à la fois le discours politique, le travail journalistique et l’implication des internautes. À l’origine de la démarche, il y a un appétit des citoyens pour la clarté et la transparence, explique Guillaume Launay, journaliste à Libération et auteur du blog Désintox. Internet et le crowdsourcing ont accéléré cette tendance, en facilitant l’émergence d’outils online tels que Vigie 2012. Piloté par cinquante bénévoles chargés de suivre les candidats, ce site vérifie toutes leurs déclarations sur les questions européennes. Un travail de précision qui permet à Mathieu Collet et Marine Romezin, les co-créateurs du site, de pointer les erreurs et les inexactitudes : « 40 % des déclarations sont fausses, surtout les déclarations franco-allemandes. » Rassurant !

Contradictions

Pour le quatrième invité du débat, Valerio Motta, responsable Internet du PS, les politiques eux-mêmes ont toujours fait du fact-checking, mais l’archivage des données et la permanence des traces numériques les a rendus encore plus attentifs : il faut justifier les données en indiquant ses sources, et, face à l’adversaire, faire de la veille en direct afin de « traquer les contradictions ». Justement : il y a de plus en plus de faits et de chiffres dans le discours idéologique, d’après Guillaume Launay. L’explication : la conjoncture, qui met l’économie au premier plan, mais également la nécessité pour les politiques de se référer à des indicateurs. Or, poursuit le journaliste, on leur demande d’être spécialistes de tout. Ils apprennent par cœur des argumentaires et se font piéger quand ils ne sont pas au point sur un sujet. Sur le thème de l’Europe, Mathieu Collet confirme que « les candidats ont tous les mêmes chiffres ».


Légitimité

Mais allons plus loin : qu’est-ce qui donne de la légitimité aux données ? Pour Valerio Motta, « la donnée source n’est pas toujours une vérité absolue en politique ». Tout dépend en effet de la manière dont on fait parler les chiffres. S’il existe une « hiérarchie des sources de données », Guillaume Launay insiste sur l’importance de la contribution des internautes : ils peuvent être un allié précieux du journaliste en l’aiguillant vers des sources que ce dernier n’avait pas remarquées. Mais encore faut-il faire confiance aux fact-checkers. Marine Romezin assure que des vérificateurs existent, tandis que Valerio Motta dit « apprendre à connaître les contributeurs ». Et le journalisme dans tout ça ? Pour Guillaume Launay, le fact-checking s’impose, tout comme le datajournalisme, comme une nouvelle pratique complémentaire qui ne révolutionne en aucun cas le métier. Autant de faits et de données… qui restent à vérifier !

SOCIAL MEDIA WEEK

Du 13 au 17 février et dans vingt et une villes internationales, la SMW s’est déroulée sous le signe de l’empowerment, l’émancipation de chacun par les outils numériques. À Paris, plus de trente événements propulsés par la Netscouade ont rassemblé autour de ces thématiques professionnels du Web, geeks et utilisateurs curieux. Comme en ont témoigné les conférences organisées, la « prise du réseau » par les citoyens peut s’exprimer dans des domaines très divers. Parmi les questions soulevées : quel est le poids de la société civile dans les révolutions online ? Quel impact pour les politiques ? Comment les réseaux sociaux transforment-ils l’action « non-profit » ? Tous les comptes rendus de la SMW sont disponibles sur le site socialmediaweek.org/

Mur de tweets de la soirée : morceaux choisis


@ghislainmussato : Le fact-checking se multiplie parce que les politiques appuient plus leurs discours sur des chiffres #sfrplayer #smwfactchecking

@corentinmarsac : crowd-sourcing, fact-checking, fact-checking crowdsourcé… quelle fiabilité ? #leserpentquisemordlaqueue #smwfactchecking

@smwparis : [LT] @Libe - Desintox : 2012 – la campagne la plus chiffrée de l’histoire ! #smwfactchecking

> Retrouvez cet article dans le numéro 8 du magazine SFR PLAYER spécial "Faisons du numérique une chance"
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