[TENDANCE] Quel pouvoir sur nos données ?

Le 27 / 03 / 13 | Posté par la rédaction de SFR PLAYER
[TENDANCE] Quel pouvoir sur nos données ?

Les incitations à dévoiler et à produire des données personnelles sur Internet sont nombreuses : achats en ligne, géolocalisation… À juste titre, nous redoutons leur utilisation à notre insu ou à mauvais escient. Dans un monde où les données s’imposent avec une force toujours plus grande, cette tension affirme la nécessité d’une régulation adaptée, mais aussi de nouveaux rapports entre entreprises et utilisateurs.

L’utilisation d’un service en ligne requiert la plupart du temps un minimum de données en échange : nous acceptons de les donner, parce que ce service nous facilite la vie et personnalise notre expérience, ou parce que, comme sur les réseaux sociaux, le fait de partager des données personnelles participe de notre construction identitaire. Avec la conséquence suivante : « votre fournisseur d’accès, Google ou Facebook en sait probablement plus sur vous que votre mère. Nous sommes publics par défaut », résume Jean-Marc Manach, journaliste d’investigation et auteur.

Ainsi, quand nous les utilisons sur Internet, nos données personnelles ne nous appartiennent plus : elles deviennent transactionnelles. Même si nous sommes en mesure de contrôler ce que nous partageons, nous ignorons ce qui se passe après la transaction. Or des risques existent : croisées ensemble, certaines données peuvent devenir sensibles. La désanonymisation d’une base n’est jamais totalement impossible. Des scandales ont déjà éclaté : pertes ou vols de fichiers contenant des millions de données utilisateurs, privacy policies douteuses de certains géants du Web…

Souvent les traces que nous laissons en disent long sur nous, mais pour autant, notre entourage, nos habitudes et nos préférences relèvent-elles toujours de la sphère personnelle ? La notion de donnée personnelle revêt des contours très différents d’un utilisateur à l’autre : l’étude menée par le think tank britannique Demos montre ainsi que si 83 % des sondés considèrent leur dossier médical comme une donnée personnelle, ce chiffre passe à 30 % lorsqu’il s’agit des biens et services acquis en ligne. Le corollaire de ces visions variées ? Les usages autour du dévoilement des données en ligne sont eux aussi très diversifiés : si d’aucuns réduisent au maximum le partage de leurs données personnelles, d’autres n’hésitent pas à les livrer en abondance, pour mieux socialiser, optimiser l’utilisation de certaines applications, voire pour obtenir une rétribution, comme un bon de réduction.

Dans tous les cas, c’est à l’internaute d’apprendre à définir des espaces d’intimité pour protéger les données qu’il ne dévoile pas en ligne. Frédéric Tardy, responsable de l’Atelier BNP Paribas américain précise : « Aux États-Unis, où l’Internet est considéré comme lié à la liberté d’expression, chacun choisit sa manière de gérer ses données : soit en les bloquant, soit en les monétisant. À moins qu’une troisième voie ne soit possible avec des sociétés comme Privowny, qui permettent au consommateur de gérer site par site le niveau de données qu’il souhaite partager. »

Alors que l’industrie de la donnée se développe, des questions éthiques se posent. « Il faut remettre l’individu au coeur de la régulation, en lui permettant d’assurer la maîtrise de ses données grâce à des outils simples d’utilisation », affirme Sophie Vulliet-Tavernier, directrice de la prospective à la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil). Mais comment assurer la protection de la vie privée tout en laissant se développer les nouveaux modèles économiques basés sur l’utilisation des données personnelles ? « En Europe, où l’Internet est perçu comme un média, on peut imaginer que c’est l’État qui va légiférer », suppose Frédéric Tardy. Des évolutions législatives sont à prévoir, notamment via un projet de règlement européen qui sera discuté en 2013. La solution pourrait également venir des entreprises, qui peuvent offrir à l’utilisateur un cadre de confiance et la possibilité de faire des choix éclairés. Au Royaume-Uni, le programme Midata va très loin engageant les entreprises à augmenter l’accès des consommateurs aux données qui les concernent. Certains business models étant plus adaptés que d’autres à ce type d’ouverture. Une chose est sûre, « l’individu, consommateur et citoyen va devoir reprendre le pouvoir sur ses données », conclut Frédéric Tardy.

Pour aller plus loin :

Quels nouveaux comportements allons-nous adopter dans les années à venir face à nos données ? A quelle typologie appartenez-vous ? Découvrez les réponses avec notre enquête "Datatypologies"

Vie privée sur le web, retrouvez les interviews de Sophie Vuillet-Tavernier et Jean-Marc Manach

La chronique "over-personnel ?" de Frédéric Tardy

Et notre interview vidéo :

Privacy paradox, concilier public et privé sur le web avec Jean-Marc Manach

Illustration Marie-Laure Cruschi