[Tendance] Eau : et si tout était une question d’accès à l’information ?

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Le 21 / 03 / 12 | Posté par Angela de Santiago
[Tendance] Eau : et si tout était une question d’accès à l’information ?

Selon certains experts, 3 milliards de personnes, soit près de la moitié de la population mondiale n’ont pas accès à une eau de qualité. Les habitants d’Hubli-Dharward, en Inde, sont parmi ceux qui n’ont pas d’eau courante et qui doivent parfois l’attendre patiemment des jours entiers. Mais NextDrop, une entreprise innovante et sociale créée par d’anciens étudiants de la Stanford Business School et de Berkeley, a en partie résolu ce problème. Le principe est simple : grâce aux téléphones mobiles, au crowdsourcing et à une cartographie en temps réel, les 15 000 personnes désormais concernées sont averties des moments où elles peuvent ouvrir leurs robinets. A l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, explications avec Anu Sridharan, PDG et co-fondatrice dynamique de la solution NextDrop.

Quel est le problème principal auquel vous vous attaquez ?

Au départ, une de nos co-fondatrices, Emily Kumpel, faisait sa thèse sur les réserves d’eau en Inde. Mais au lieu de collecter des échantillons d’eau, elle passait ses journées à attendre que l’eau arrive. Si c’était un problème pour elle, c’était aussi évidemment un problème pour le reste de la population. L’enjeu était en fait bien plus important : il s’agissait avant tout d’un déficit d’accès à une information cruciale dont tout le monde avait besoin, aussi bien fournisseurs d’eau qu’usagers.

Comment fonctionne NextDrop ?

Nous travaillons avec les gens qui sont au plus près de l’information. Sur le terrain, les personnes chargées d’ouvrir et de fermer les valves d’eau appellent un système de réponse vocal interactif pour remonter l’information en temps réel. Celle-ci est transmise aux usagers par SMS, 30 à 60 minutes avant l’arrivée de l’eau. En parallèle, ces informations nous permettent de réaliser une cartographie de l’activité du réseau de distribution, grâce à un tableau de bord Google Maps que nous fournissons aux prestataires d’eau. Bref, nous utilisons le capital humain – des capteurs humains - pour créer un réseau intelligent d’accès à l’eau.

Quel est le coût social lié au fait de ne pas avoir accès à l’eau ?

Nous avons estimé qu’une famille perdait environ une semaine par an, juste à attendre que l’eau arrive. Nous avons commencé par mesurer les coûts associés au fait de ne pas avoir d’eau – les parents qui ne vont pas au travail, les enfants qui manquent l’école, les soucis de santé liés à la consommation d’eau polluée. Actuellement nous essayons de mieux comprendre comment l’eau devient un bien de consommation courante, les gens étant prêts à payer – 10 roupies (15ct d’euro) par mois -  pour avoir accès à l’information.

Pourquoi avoir choisi le crowdsourcing ?

Nous avons recours au crowdsourcing tous les jours. Si je suis dans la rue à la recherche d’un lieu précis, je vais demander à cinq personnes. NextDrop ne fait que rationnaliser ce processus. Nous n’avions pas les moyens de payer les gens sur le terrain afin d’assurer que nous aurions l’information en temps réel. Nous avons donc décidé de créer un partenariat avec les services d’eau de la ville : nous prévenir fait maintenant partie du travail des personnes qui ouvrent et ferment les valves. Nous prenons en charge leur facture téléphonique mensuelle, ce qui nous coûte entre 100 et 250 roupies (1,5-4 euros) par personne. Et nous vérifions aussi que cette information est correcte, en appelant des consommateurs le soir pour s’assurer que l’eau est bien arrivée.

Quel est l’impact principal de votre entreprise ?

Avant tout, nous avons voulu augmenter le nombre de consommateurs satisfaits et diminuer la quantité d’eau gaspillée et qui ne génère donc pas de revenus. Les services d’eau de la ville ont accès à une information critique. Le flux d’informations entre consommateurs et fournisseurs d’accès à l’eau s’est inversé. Et cela augmente la transparence, des deux côtés.

Quel a été votre plus grand défi ?

Le gouvernement local a introduit une nouvelle norme en septembre qui interdisait l’envoi de SMS en nombre important avant 9 heures du matin et après 9 heures du soir. Nous avons réussi à démontrer que nous travaillions en quelque sorte avec le gouvernement et que donc, cela ne s’appliquait pas à nous. Notre service a été interrompu pendant 12 jours seulement. Nous avons eu de la chance, car d’autres ont du fermer boutique.

Votre modèle est-il réplicable dans d’autres pays et pour d’autres secteurs que l’eau ?

90% des villes d’Asie du Sud et 30% des villes d’Amérique Latine n’ont pas accès à un système de distribution d’eau fiable, c’est un problème mondial. Les constats sont similaires, mais je ne peux pas dire si le modèle peut s’appliquer partout. Quant aux autres secteurs, je pense que c’est jouable. La clef est de trouver la personne qui détient l’information, l’inciter à vous la donner, et la transmettre à ceux qui peuvent l’utiliser. Pour le moment, nous sommes implantés dans les villes d’Hubli-Dharwad mais nous devrions être dans deux autres villes d’ici la fin de l’année. Une fois que l’on arrivera à convaincre les premiers usagers, je pense qu’on pourra déployer cette solution plus largement.

 

Anita Kirpalani, journaliste à Youphil

 

Pour en savoir plus, voir la conférence TED de Anu Sridharan