[PLAYERS] Données et connaissance

Le 06 / 03 / 13 | Posté par la rédaction de SFR PLAYER
[PLAYERS] Données et connaissance

Le sociologue Dominique Pécaud nous le prouve : la prolifération de données ne crée pas automatiquement de la connaissance. Pour aborder le « data-déluge », la réappropriation de l’information par l’individu reste primordiale.

La question des données et de leur valorisation comme sources de connaissances peut être abordée à travers la théorie anthropologique du don et du contre-don (Marcel Mauss, 1923). Ici, le don correspond à une prolifération de données, et le contre-don à la production de connaissances à usage théorique ou empirique. Marcel Mauss développe cette théorie du don en trois temps : donner, recevoir, rendre. Donner, par exemple, c’est relever les températures du thermomètre ; recevoir, c’est mettre en perspective ces données, comme le fait aux États-Unis la National Oceanic and Atmospheric Administration. Enfin, rendre (le contre-don) consiste à se poser la question : faut-il faire quelque chose contre le réchauffement climatique, et si oui, quoi ? Parmi ces trois éléments, le « recevoir » est souvent oublié.

Données plurielles

Le big data, l’open data nous exposent à des données innombrables et diverses. Ces données n’accèdent au rang de connaissances que par l’interprétation : le « recevoir ». Par exemple, les Japonais de l’île de Miyato ont survécu au tsunami de 2011 car ils ont su respecter des données millénaires, transmises depuis des générations, et ont construit leurs maisons éloignées des côtes. Oubliant le « recevoir », des données économiques se sont imposées, poussant d’autres Japonais à s’établir au bord de la mer pour faciliter leur travail…

Pour des raisons politiques, cette fois-ci, la Grande-Bretagne est confrontée à une multiplication des images de vidéosurveillance. Cette multiplication rend de plus en plus difficile leur exploitation, leur « réception ». Ainsi, en 2008, 500 000 caméras londoniennes n’avaient permis d’élucider que 3 % des vols à la tire.

Dialectique

Les modes actuels de recueil de données ne se substituent pas aux anciens, tout comme la multiplication des données ne produit pas à coup sûr des connaissances. Les premiers imposent des manières de penser inédites. Les données d’aujourd’hui poussent dans l’oubli d’anciennes connaissances, et font croire, en contrepartie, en une maîtrise généralisée du monde. Donner, recevoir, rendre. Une illusion nous guette : passer directement du donner au rendre, et négliger le recevoir. La sophistication des modes d’extraction des données, l’augmentation de leur production et de leur disponibilité laissent croire à l’accroissement des connaissances. Elles imposent une vision du monde et des décisions prises au nom des data comme des évidences qui ne se discutent pas. Il importe de préserver la dialectique existant entre la fabrication « industrielle » des données et leur prise en compte volontaire par les citoyens. Il en va de la préservation de soi et des autres dans la fabrication d’un monde sans conscience.