[PLAYERS] ÉCOLE : RÉFORMES EN #COURS

Le 19 / 02 / 13 | Posté par la rédaction de SFR PLAYER
[PLAYERS] ÉCOLE : RÉFORMES EN #COURS

Comment la réforme de l’éducation peut-elle vraiment tenir ses promesses ? Le spécialiste de l’éducation Emmanuel Davidenkoff offre quelques pistes.

L’école manque généralement ses rendez-vous avec les nouvelles technologies. La télévision n’a jamais sérieusement franchi le seuil des classes, l’ordinateur non plus – qu’on se souvienne du flop du plan « Informatique pour tous » au milieu des années 1980. La refondation annoncée par Vincent Peillon permettra-t-elle au numérique de faire exception ? Oui, à condition de ne pas traiter exclusivement les aspects techniques de la révolution numérique (matériel, tuyaux, haut débit, etc.) et la question des ressources (qui produit et certifie ce que l’on met dans les tuyaux). L’Éducation nationale et les collectivités sont probablement capables de mener à bien ces réflexions. Celles-ci sont en tout cas prises en considération, actées. Mais, selon moi, le principal bouleversement que le numérique introduit touche à la question de la relation.

Réinvention

Relation au savoir bien sûr. La mise à disposition massive et proprement inhumaine de connaissances implique une rupture profonde avec la conception de l’enseignant « transmetteur » de connaissances telle qu’elle s’est bâtie depuis l’Antiquité. Persister à recruter les professeurs au principal regard de ce qu’ils savent n’a guère de sens : à la maîtrise des savoirs, qui demeure indispensable, et de leurs modalités de transmission, doit désormais s’ajouter la capacité à aider les jeunes à se repérer de manière autonome dans un univers où les frontières entre connaissances, informations, opinions se sont brouillées, et où les sollicitations ludiques ont explosé. Encore ne suffit-il pas d’initier les nouveaux enseignants à ces subtilités, il faut aussi y former les centaines de milliers de professeurs déjà en activité. Ce chantier n’a pas encore été ouvert.

Relation, aussi, aux élèves. On voit déjà à travers l’usage des réseaux sociaux de beaux exemples de réinvention du rapport professeurs-élèves. Ils font voler en éclat la notion de cours et tissent un lien spatio-temporel nouveau : le cours ne s’arrête pas dans l’enceinte de la classe ni dans les limites des horaires de présence. Rien, dans le statut actuel des enseignants, ne prend en compte cette évolution, sans parler des freins qu’opposent certains à cette montée de la fonction d’éducation aux côtés de la fonction d’instruction.

Relation, encore, entre les enseignants, qui sont de moins en moins dépendants de l’industrie du manuel scolaire ou de leur hiérarchie pour construire et échanger des outils pédagogiques, sans que leurs initiatives, parfois anciennes, soient réellement encouragées et accompagnées.

Relation corollaire, enfin, au sein de l’Éducation nationale, institution culturellement peu habituée à laisser s’exprimer des logiques bottom-up.

Installer les machines les plus puissantes, tirer les câbles des réseaux haut-débit les plus performants, produire les contenus les plus fiables, ne suffira pas à faire entrer la culture numérique à l’école qui, sur cette question, a non seulement besoin d’une refondation mais aussi d’une révolution copernicienne. Celle-ci reste à mener.

 

Illustration Marie-laure Cruschi