[PLAYERS] Over-personnel?

Le 15 / 02 / 13 | Posté par la rédaction de SFR PLAYER
[PLAYERS] Over-personnel?

Le responsable aux États-Unis de l’Atelier BNP Paribas nous met en garde face aux dangers de la personnalisation à outrance. Une chronique évidemment très personnelle.

De la télévision qui reconnaît les personnes présentes dans le salon et adapte les contenus en fonction, jusqu’aux futures lunettes Google qui prévoient votre itinéraire (et vous proposent de vous arrêter ici ou là pour consommer), en passant par la possibilité d’imprimer chez soi des objets adaptés à ses goûts, nous vivons dans un monde hyper-personnalisé. Problème : ce monde est un vrai danger pour la démocratie.

Masse

Les médias de masse ont parfois apporté aux peuples une nouvelle doctrine, et toujours une unité culturelle. Être français, ce n’est pas avoir lu Victor Hugo ; c’est le JT, la Ligue 1, la pub Panzani ou Pampers et une vague idée de Montesquieu. Or l’explosion de la bande passante permet la multiplication des chaînes de télévision et fragmente les audiences. On ne discute plus devant la machine à café du film de la veille sur « la Une » quand on peut zapper sur soixante-quinze chaînes, passer la soirée sur YouTube, télécharger la dernière série étrangère du moment, ou encore (comme cela se profile) recevoir un programme taillé sur mesure par une TV connectée qui a reconnu le visage de la personne qui la regarde.

Tsunami

Quand je passe près d’un kiosque à journaux, je suis exposé à la une de Minute et de L’Humanité même si je suis un lecteur assidu du Monde. Cette interaction forge mon opinion et m’ouvre sur celles des autres. Que se passe-t-il si tous les médias de masse se transforment en un contenu hyper-personnalisé pour mon smartphone, ma tablette et ma télé connectée, où seuls mes propres goûts politiques, sportifs et culturels me sont proposés ? Que se passe-t-il si on ne me parle plus du tsunami au Japon parce que je ne réagis à aucun message publicitaire lié à des sushis ?

Bulle

En créant des millions de sources d’information et des journaux personnalisables, le Web a multiplié les occasions pour chacun de s’enfermer dans ses propres centres d’intérêt. Une tendance que les réseaux sociaux ne peuvent que renforcer, puisqu’on partage tous les intérêts de sa tribu. À chacun désormais sa bulle informationnelle, sa bulle audiovisuelle. Une étude du laboratoire d’interaction virtuelle humaine de l’université de Stanford a montré que si on mêle par ordinateur le visage d’un candidat politique à celui du téléspectateur qui le regarde, alors ce dernier se trouve plus enclin à voter pour lui. De magnifiques perspectives pour les publicitaires adeptes de la personnalisation… mais une vraie menace pour l’idée d’un collectif partagé.



Illustration Marie-Laure Cruschi