[PLAYERS] Jean-Marc Manach : Privacy paradox, concilier public et privé sur le Web

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Le 08 / 02 / 13 | Posté par la rédaction de SFR PLAYER
[PLAYERS] Jean-Marc Manach : Privacy paradox, concilier public et privé sur le Web

Quel pouvoir sur nos données ?

SFR PLAYER a rencontré Jean-Marc Manach, journaliste d’investigation spécialisé dans l’impact des TIC sur la société et auteur de la vie privée, un problème de vieux cons ? (FYP éditions, 2010). Sans langue de bois, il nous livre son analyse sur l’évolution des mentalités en matière de données, de technologies de surveillance et de liberté sur Internet.

Illustration Label Tania

Transcript vidéo

Jean-Marc Manach, journaliste d’investigation spécialisé en Internet et sécurité des données personnelles 

Je m’appelle Jean-Marc Manach. Je suis journaliste sur Internet depuis 1999. Il se trouve qu’en 1999, il y a eu la publication d’un rapport parlementaire européen sur l’existence d’Echelon, qui est le système d’espionnage généralisé des télécommunications mis en place par les services de renseignement anglo-saxons. Donc quand j’ai découvert Internet, j’ai au même moment découvert que tout ce qui transitait sur Internet était surveillable, voire surveillé, espionné par les services de renseignement américains et pas seulement. J’ai commencé à m’intéresser à tout ce qui est sécurité informatique et protection de la vie privée. En tant que journaliste, mon métier c’est aussi de protéger mes sources, et donc j’ai commencé à essayer de savoir comment est-ce que je pouvais mener une vie privée, avoir des fenêtres d’anonymat ou de vie privée sur Internet. Ça fait dix ans que je continue à m’intéresser aux technologies de surveillance, aux questions de liberté et de vie privée.

On est d’ores et déjà dans une société de surveillance. Il y a de plus en plus de technologies de surveillance qui sont déployées dans la rue, et tout ce qu’on fait sur Internet, tout ce que l’on fait sur un ordinateur est enregistré, est loggé, est archivé. Et,sinon surveillé, en tout cas surveillable, parce ce qu’on laisse des traces partout. Tout action informatique laisse des traces.

Ce qu’il faut bien comprendre c’est qu’avec l’explosion des réseaux sociaux, on est confronté à ce que l’on appelle le privacy paradox : on partage de plus en plus de données nous concernant, de données personnelles, et donc on a de plus en plus peur que ça se retourne contre nous, qu’il y ait une violation de la vie privée.

Ce n’est pas tout incompatible, d’être très actif sur Internet et de savoir protéger sa vie privée.

Mais il se trouve qu’il y a plein de gens, à commencer par les médias ou par les responsables politiques qui confondent les notions de vie publique et de vie privée, et qui vont appliquer une grille d’analyse « vie privée » à des choses qui relèvent de la vie publique, et qui vont continuer à parler de vie privée, à propos des réseaux sociaux par exemple. Si vous envoyez un message privé par mail ou par DM (direct message sur Twitter) ou par le système de messagerie privée de Facebook, c’est de l’ordre de la correspondance privée, c’est privé. Quand vous partagez quelque chose sur un réseau social, ce n’est plus de l’ordre de la vie privée.

C’est une bataille constante entre des utilisateurs qui sont enclins à partager quelque chose, mais qui en même temps attendent de la part des opérateurs qu’ils protègent ces choses-là. Prenez l’exemple des banques, si je confie mon argent à la banque, le moins que j’espère de ma banque, c’est qu’elle ne fasse pas n’importe quoi avec mon argent et qu’elle ne le perde pas. C’est la même chose avec Google, Facebook, avec n’importe quel autre service web. Si on confie des données intimes, des données personnelles, on n’a pas envie qu’elles s’étalent sur la place publique.

Ce qu’on voit de plus en plus apparaître, ce sont des gens qui vont reprendre le contrôle de leurs données.

Je vais prendre un exemple, c’est le projet Mes infos, qui est développé en France en ce moment et qui vise à pousser les administrations et les entreprises à rendre aux utilisateurs, aux consommateurs, les données personnelles les concernant.

Je ne sais pas où ça va aller, mais avec l’explosion du big data, le fait d’arriver à traiter, à gérer énormément de données, que se posent beaucoup d’entreprises et d’administrations, moi ce que je vois apparaître, c’est un régime de « small data », au sens ou on va pouvoir récupérer, dans ces océans de big data, ses données à soi, pour arriver à en faire quelque chose.