[PLAYERS] Interviews très open

Le 08 / 02 / 13 | Posté par la rédaction de SFR PLAYER
[PLAYERS] Interviews très open

Comment l’open data change-t-il l’action publique, aujourd’hui et demain ? SFR PLAYER a interrogé des acteurs représentatifs de trois points de vue différents : celui de l’État, celui des collectivités locales et celui des start-up.

« L’open data est un enjeu de modernisation de l’action publique. »

Romain Lacombe, chargé de l’innovation et du développement, Etalab

Etalab a été créée en février 2011 pour permettre l’ouverture des données publiques et coordonner le travail des administrations pour faciliter leur réutilisation. La mission développe data.gouv.fr, la plateforme française d’ouverture des données, et dirige la politique d’open data du gouvernement.

En quoi l’open data donne-t-il un souffle nouveau à l’action publique ?

C’est un enjeu essentiel pour la démocratie au xxie siècle : il a trait à la fois à la modernisation de l’action publique, à la souveraineté numérique et à la compétitivité de nos industries. L’ouverture des données publiques permet aussi de rendre l’action publique plus ouverte, plus lisible et plus transparente, et de renouer un lien de confiance entre État et citoyens.

Quels sont vos principaux chantiers en 2013 ?

D’une part, nous construisons l’offre de données, en poursuivant leur mise à disposition dans des formats réutilisables. D’autre part, nous encourageons la demande avec le programme Dataconnexions. Cette plateforme en ligne dédiée vise à mettre en relation les start-up prometteuses avec des acteurs de l’innovation qui accompagnent leur croissance dans la durée. Cette innovation institutionnelle encourage le développement pérenne de la réutilisation des données. La France se situe dans ce domaine aux tout premiers rangs mondiaux.

 

« Une économie mixte, entre la vente et le service public. »

 

Jean-Marie Bourgogne, directeur du programme Montpellier territoire numérique

Jean-Marie Bourgogne est le « monsieur open data » de Montpellier. Il est également responsable du collectif Open data France.

 À quelles conditions l’open data peut-il aider les collectivités à développer de nouveaux services pour les administrés ?

Pour le moment, ce n’est pas encore le cas. Mais le retour des utilisateurs est important : nos jeux de données sont parfois incomplets, et parmi les personnes qui les utilisent, certains nous signalent que des données manquent, voire que l’on peut les retrouver dans d’autres bases. Dans une future application, nous allons mettre en place une fonction qui permettra aux gens de dire sur le terrain, par exemple : « Je constate que cet endroit est accessible en fauteuil roulant. » Une sorte de crowdsourcing que les services pourront absorber dans leur base de données.

Quels seraient, d’après vous, les modèles à instaurer concernant les modes de collaboration entre acteurs publics et entreprises privées ?

Quand un porteur de projet fait une application pour Montpellier, il a comme seul potentiel de revenus les subventions de la ville, du département et de la région. Tous les dispositifs d’animation doivent être mutualisés au niveau national pour qu’un porteur de projet puisse se dire : mon projet concerne soixante millions d’habitants. Il faut donc que l’on se coordonne en France, voire en Europe. De plus, il n’y a pas de business model dans le service public. Le sujet est nouveau. On ne peut pas garantir un modèle économique purement basé sur du commerce : les services d’intérêt public doivent reposer sur une économie mixte, entre la vente de prestations, de logiciels et de licences, et le service public.


« Les villes cherchent encore un business model. »

 

Bertrand Gervais, fondateur de Handimap

Grâce aux données ouvertes de Rennes et de Montpellier, Handimap fournit des informations géolocalisées et permet de calculer des trajets accessibles pour les personnes à mobilité réduite.

Handimap a-t-il un business model ou est-ce un service à but non lucratif ?

Nous avons pu réaliser ce projet grâce aux initiatives open data que les villes commencent à mettre en place, mais l’initiative porte uniquement sur la mise en ligne de données, pas sur le financement d’éventuelles applications utilisant ces données. Il y a des concours pour encourager le développement d’applications, mais une fois que les applications sont créées, les villes ne savent pas vraiment comment les faire perdurer. Elles comptent sur chacune d’entre elles pour trouver un business model.

Comment développer ce service dans d’autres villes de France ?

Aujourd’hui, les données géographiques produites par chaque ville ne sont pas du tout standardisées : il y a parfois des données très simples à traiter, et d’autres qui nécessitent plusieurs mois de travail. Nous sommes en relation avec les services de communication des villes, mais nous pensons que la volonté viendra des politiques, notamment à travers le travail d’influence fait par les associations de personnes à mobilité réduite.

Pour aller plus loin :

Rendez-vous sur notre article "service public 3.0 ?"

 

 

 

Illustrations Label Tania