[TENDANCE] Service public 3.0 ?

Le 08 / 02 / 13 | Posté par la rédaction de SFR PLAYER
[TENDANCE] Service public 3.0 ?

L’essor de l’open data en France et ses promesses remettent en question la notion de service public telle que nous pouvons l’entendre aujourd’hui. Comment celle-ci peut-elle être réinventée dans sa mise en pratique ? Tour d’horizon des avancées et des changements à venir.

Convaincus du bien-fondé et de l’utilité de l’open data, l’État et les collectivités ont ouvert de grands chantiers de libération des données publiques : Etalab, Rennes Métropole en accès libre ou ParisData. En jouant la carte de la transparence, ces initiatives créent un nouveau lien entre les administrations et les usagers : « Notre pays de castes, de statuts, de défiance doit apprendre à faire confiance aux citoyens », commente Romain Lacombe, chargé de l’innovation et du développement au sein d’Etalab. Il y a également un enjeu de modernisation de l’action publique en interne : la mise en place des plateformes open data engendre une dynamique positive pour les acteurs publics. Comme le raconte Jean-Marie Bourgogne, directeur du programme Montpellier territoire numérique, « les services collaborent mieux entre eux grâce à l’open data. Ce mouvement d’ouverture commence à décloisonner les silos des métiers et à faire disparaître quelques barrières. »

Nous sommes pourtant encore loin, en France, de la vision théorique de l’open data, où le concept même d’action publique se voit reconfiguré via la notion de gouvernance « plateforme ». Une métaphore technologique popularisée par Tim O’Reilly, l’inventeur du concept de « Web 2.0 » : le gouvernement est conçu comme un ensemble de données et de services mis à disposition de tous, ce qui favorise en retour la création de valeur collective et l’innovation ouverte. En termes d’actions concrètes, l’open data français s’est avant tout traduit par une mise à disposition des données. Pour Simon Chignard, auteur de L’Open Data, comprendre l’ouverture des données publiques (éditions Fyp, 2012), il manque encore à ce modèle la dernière partie de la boucle de rétro-action : ce moment où les administrés font, à partir des données, un feedback réinjecté directement dans les politiques publiques.

Le service public tel qu’on l’entend traditionnellement est aussi remis en question lorsqu’il s’agit de définir les modes de collaboration entre les acteurs publics et les entreprises privées qui réutilisent leurs données. « On a du mal à faire le lien entre de vraies opportunités business et une approche d’intérêt général. Il n’y a pas de modèle économique de l’open data en France », explique Simon Chignard. Jusqu’à présent en effet, ce sont principalement des concours organisés par les collectivités qui ont encouragé la création d’applications mobiles basées sur l’open data. Ne bénéficiant pas d’un financement public, ces dernières peinent à trouver un business model – alors même que des civic start-up se développent à l’étranger, et notamment aux États-Unis. Comment favoriser un tel développement en France ? Jean-Marie Bourgogne parie sur « un modèle économique mixte, à mi-chemin entre la vente de prestations commerciales classiques et des financements publics sous forme de subventions ».

Si la volonté politique peut permettre un changement de paradigme dans les années à venir, c’est aussi aux administrés d’encourager l’avènement d’un nouveau service public à l’heure de l’open data. Tout un travail de pédagogie doit être fait en ce sens.

Pour aller plus loin :

Retrouvez nos "interviews très open" de Romain Lacombe (chargé de l'innovation et du développement, Etalab), Jean-Marie Bourgogne (directeur du programme Montpellier territoire numérique) et Bertrand Gervais (fondateur de Handimap)

 

Illustration Marie-Laure Cruschi