Conférence #SFRplayer «Le numérique à travers les âges»

Le 01 / 12 / 11 | Posté par Cécile Chapron
Conférence #SFRplayer «Le numérique à travers les âges»

Hier soir, SFR PLAYER clôturait son cycle de conférences sous le signe du numérique solidaire, en partenariat avec La Fing et Le Cube. Pendant près d’une heure Albertine Meunier, net artiste mais artiste pas nette, fondatrice des ateliers de médiation numérique « Tea time with Albertine » et « Hype(r)olds », accompagnée de quelques membres du « gang des séniors connectés », et Michaël V. Dandrieux, docteur en sociologie et chercheur à la Sorbonne, ont échangé pour tenter de répondre à une question : le numérique est-il vraiment une question d’âge ?

La conférence s’ouvre sur une question : Y-a-t-il un âge pour être jeune ou vieux sur Internet ? Vincent Edin, journaliste, auteur de Vieillir autrement, à paraître prochainement aux éditions Autrement, et animateur de la soirée pose le décor avec humour. Aragon, disait : je n’ai jamais eu l’âge de mon état civil. Et personnellement, je connais certains jeunes qui jouent au Bingo Loto, et une DJ électro rock de 71 ans qui a tout découvert avec ses petits-enfants.

Internet, une question de génération ?

Vincent Edin interroge d’emblée notre sociologue sur la question des usages d’Internet par différentes générations. Internet aujourd’hui : qui et comment ? Les 18-35 sont à 100 % en ligne, et les plus de 65 ans désertent la Toile ? Pour Michaël V. Dandrieux, il est difficile de répondre à une question qui n’en est pas véritablement une. J’ai été interpellé par cette idée reçue selon laquelle quand on passe un certain âge, il devient normal de réutiliser des outils qu’on a utilisé toute sa vie, comme s’il y avait une espèce d’abandon du corps social. Il y a des gens qui peuvent imaginer qu’ils n’ont pas besoin de ces outils-là, mais ce n’est pas une généralité. Il y a également des gens qui utilisent de manière extraordinaire, et surtout avec une curiosité déroutante et contre-intuitive ces outils construits par et pour des jeunes générations. Ce qui est intéressant, c’est que les jeunes et les séniors ont le même rapport de fascinations/rejets vis-à-vis de la technologie et d’Internet. Pour les plus jeunes, il y a une obligation d’en faire partie, car on attend de cette génération qu’elle prenne en main ces outils, qu’elle les transforme etc. Le rejet vient de l’omniprésence de la technologie, du surplus. Pour les seniors, c’est une façon de se réconcilier avec les jeunes. Il faut les utiliser, mais en même temps, ça ne marche pas bien, on n’a pas ce naturel de prise en main, d’où le rejet. Il y a un effet miroir entre les générations les plus jeunes et les plus anciennes.

Vincent Edin s’intrigue. Albertine, on veut nous faire croire que la pratique d’Internet s’arrête à 70 ans. Vous avez créé il y a quatre ans des ateliers de médiation numérique pour des femmes de plus de 77 ans. Racontez-nous comment cela se passe concrètement. Au cours de ces ateliers hebdomadaires, chaque personne a un ordinateur à ouvrir devant elle, et ça démarre comme ça. La posture est la même que la vôtre : vous avez un ordinateur devant vous et vous commencez à aller sur Internet. Je n’apprends pas l’informatique. J’apprends juste à trouver l’icône qui permet d’aller sur Internet. C’est le petit renard quand on utilise FireFox. Et une fois qu’on l’a trouvé, toutes les activités tournent autour d’Internet. On a un langage à soi. Elle poursuit : L’idée, c’est que ce n’est pas une obligation d’apprendre. Souvent, on entend parler d’inter-générationnel. Le motif, ce n’est pas seulement communiquer avec ses petits-enfants, c’est pour être dans la vie d’aujourd’hui tout simplement.

Cependant peut-on poser des limites dans les usages que les séniors ont d’Internet ? Par exemple le paiement en ligne peut effrayer certaines générations peu habituées à cette pratique, souligne Vincent Edin. Pour Michaël V. Dandrieux, le paiement en ligne est plus une question d’habitude que de générations. Il y a des choses difficiles à faire la première fois, mais quand on l’a faite plusieurs fois, et qu’on s’aperçoit que le ciel ne nous est pas tombé sur la tête, la superstition s’évanouit.

 Photo de la conférence

Et si l’on demandait leurs avis à nos mamies connectées ?

Albertine Meunier a convié à cette conférence quelques-unes des femmes qui participent à ses ateliers. Le mieux reste encore de leur demander leur avis. Gisèle et Huguette se prêtent volontiers à l’exercice et nous racontent comment elles se sont mises à surfer sur la Toile et en quoi cela a été un changement pour elles.

Gisèle nous explique qu’Albertine leur apprend avant tout à s’amuser avec l’ordinateur. Elle m’a appris des choses que je ne croyais pas savoir-faire. J’ai eu envie de me servir d’un ordinateur lorsque je me suis aperçu que les musées en étaient équipés, au Louvre particulièrement. Je ne savais pas m’en servir, et ça m’a fait un choc. Il y a trois, quatre ans, à mon anniversaire, on m’a offert un ordinateur. On m’a montré quelques trucs, mais les enfants ne sont pas forcément patients. Et quand vous redemandez timidement, c’est : Mais Mamie, je t’ai montré ! A part ça, ils sont adorables. J’ai eu l’occasion de connaître Albertine par une de mes petites filles qui m’a dit qu’elle cherchait des femmes de plus de 77 ans, j’en ai profité. C’était une révélation de chercher ce dont j’avais envie, pour la musique, la peinture, le cinéma. Quand j’ai une idée en tête, je clique. Parfois, je fais des bêtises, mais ce n’est pas grave, je recommence. Si Internet à ouvert de nouveaux horizons à Gisèle, la publicité l’exaspère quand même un peu. Je sais que c’est nécessaire, sinon, ça ne vivrait pas, mais on vous contraint d’une certaine façon à regarder... L’autre jour, j’ai fait un jeu, et au bout de quelque temps, le jeu s’est arrêté en me disant que je n’avais plus de vie, qu’il fallait que j’en achète. Ça m’a rendu furieuse. Cela m’irrite sur You Tube, quand je cherche un extrait, et on me dit : vous devriez aimer car vous avez aimé ci et ça, donc vous devriez aimer ceci. Mais non ! Je peux choisir, ce n’est pas parce que j’ai 87 ans que je suis débile.

Huguette s’est mise à Internet pour comprendre ce que racontaient ses petits-enfants. Je ne comprenais pas la moitié de ce qu’ils disaient, ça m’agaçait car je suis curieuse. On a la chance d’être encore là et participer, voir ce qu’il se passe, donc je m’y suis mise, bien modestement. Je ne manquerai les séances d’Albertine pour rien au monde. Dans la résidence où j’habite, tout le monde dit : elle est encore partie !

Pour Albertine Meunier, ces ateliers qu’elle organise c’est avant tout le plaisir de sortir de chez soi, de poser l’ordinateur, d’être avec d’autres et d’être acteurs.

 Image de la conférence

Internet : la création d’un nouveau lien social inter-générationnel ?

En écoutant Huguette et Gisèle, notre animateur se demande si finalement Internet ne tisse pas de nouvelles passerelles, crée plus de lien social. Pour Michaël V. Dandrieux, il n’y a pas de nouveaux usages, Internet est un prétexte. A partir du moment où il y a un lien social, les gens retissent des liens avec tout le monde. Internet est un révélateur des différentes formes de lien social. Le social n’a pas attendu que le Web vienne canoniser l’échange pour le faire vivre.

Albertine ne voit pas les choses sous l’angle inter-générationel. Pour elle, il faut d’abord faire du générationnel avant de faire de l’inter-générationnel. Il suffit d’accompagner un minimum les individus. Après, ils vont faire ce qu’ils veulent. Il y a des femmes de l’atelier qui ne fréquentent pas leurs petits-enfants en ligne, qui sont curieuses de nature, qui s’occupent de ce qui les intéresse. Moi, je ne suis pas sûre que créer et maintenir le lien entre les générations soit le levier. Pendant les ateliers mes « demoiselles » rigolent beaucoup. Ce sont des moments où nous sommes hyper heureuses. On joue, on partage un moment ensemble. Le fait d’être ensemble et de faire des choses est suffisamment moteur pour qu’on ait envie d’être là. Ce n’est pas forcément Internet qui nous réunit, c’est d’abord d’être ensemble, de sortir de chez soi.

 Pour terminer en beauté cette heure très riche en échanges, notre artiste du digital nous propose de regarder une vidéo dans laquelle elle interroge les participantes de ses ateliers sur la vitesse de la lumière avant de conclure que finalement Internet c’est comme la lumière : une fois qu’on l’a attrapé, on ne la lâche plus.

Une chose est sûre : toute l’assistance est tombée sous le charme de Gisèle et Huguette !

> En savoir plus sur « Tea time with Albertine » : http://teatimewithalbertine.tumblr.com/

> En savoir plus sur « Hype(r)olds » : http://hyperolds.tumblr.com/