Conférence #SFRplayer, «Mutations numériques dans les médias : inspirez-vous !»

Le 25 / 11 / 11 | Posté par Cécile Chapron
Conférence #SFRplayer, «Mutations numériques dans les médias : inspirez-vous !»

Hier soir SFR PLAYER s’associait à Satellinet, Entreprises et Communication, le CELSA et l’Association diplômés du CELSA pour interroger en conférence les médias à l’heure des mutations numériques. Devant un public de communicants, Benoît Raphaël, créateur de médias sociaux tels que Le Post.fr (Le Monde) et Le Plus (Nouvel Observateur) a ainsi échanger pendant près d’une heure avec Eric Scherer, directeur de la prospective et de la stratégie numérique de France Télévisions et auteur de A-t-on encore besoin des journalistes – Manifeste pour un journalisme augmenté (PUF, 2011). Nous faisons le point sur les analyses de deux stratèges des médias et du Web.


Photo de la conférence

Le journalisme à l’heure de la mutation des médias

Johana Sabroux, journaliste, co-fondatrice de Satellinet et animatrice du débat interroge nos deux intervenants sur la portée des nouveaux médias et sur la nécessité pour les médias traditionnels de passer au Web social. Pour Benoît Raphaël, aujourd'hui on vient sur un média, pas seulement pour avoir une information, pour la consommer, mais aussi pour partager, rencontrer des gens et c’est cette dimension sociale de l’information qui caractérise le média social. Eric Scherer insiste sur le fait qu’il est indispensable pour les médias aujourd’hui de passer au social. Le terme de média social ne veut peut-être même plus rien dire. C’est tout simplement la nouvelle forme des médias. C’est de la co-production, avec son audience, son public. Car, depuis l’arrivée du Web 2.0, le public s’est emparé de nos outils de production et de diffusion. Aujourd’hui il y a une démocratisation de la diffusion et de l’écriture. Pour le journaliste cela signifie accepter de descendre de l’estrade et être en relation avec notre public, qui a probablement autant de choses intéressantes à dire que nous les journalistes. Cela pose problème à certains  journalistes qui ne sont pas forcément prêts à l’accepter. Mais tous les médias aujourd’hui sont en train de travailler, proposer de nouvelles offres de journalisme augmenté, pour offrir une proposition journalistique nouvelle et plus riche, avec une vraie démocratisation.

Le transmédia ou l’émergence d’un nouveau rapport à l’information

Johana Sabroux soulève la question de l’émergence d’une nouvelle approche du contenu : le terme transmédia revient souvent, finalement qu’est-ce qu’un contenu transmédia ? Eric Scherer nous propose une définition. C’est le fait que des contenus arrivent d’une plate-forme à une autre. Vous avez vu ces dernières années, le transmédia entre la presse écrite et le Web qui a donné le Web-documentaire. Nous sommes en train de réfléchir à ce que voudra dire le transmédia pour la télévision. Pour l’instant, personne n’a la bonne solution pour cela. On a l’impression que ces nouvelles écritures passeront probablement par le jeu. Le transmédia, c’est la recherche de nouvelles écritures, de nouvelles passerelles entre les modes de diffusion, entre les médias anciens et les médias nouveaux. Benoît Raphaël complète alors en soulignant que la raison d’être du média est de rendre l’information accessible, plus ouverte. Il s’agit de permettre à chacun de participer et faire en sorte que l’information se définisse par rapport à là où on se trouve, dans le bus, dans un parc, avec son téléphone portable, une tablette, devant la télévision, devant un écran d’ordinateur. Avec le transmédia nous sommes dans une chaîne de valeur différente. On est sur un certain nombre de supports connectés. On accepte de moins en moins aujourd’hui de ne plus recevoir et partager de l’information. La question est désormais la suivante : comment je fais circuler l’information, comment je touche l’utilisateur, quel support, et ce en flux continu ? Pour décrire ce processus évoqué par Benoît Raphaël, Eric Scherer parle de  « médias liquides ».  Vous retrouvez ce que vous avez vu le matin sur une tablette et ensuite dans le métro sur votre smartphone, puis sur le PC et le téléviseur Pour lui, le transmédia signifie aussi que nous ne pourrons plus jamais éteindre les informations. Nous serons immergés en permanence dans un univers informationnel. Sur les écrans que vous connaissez, mais pas seulement. L’information sera sur des miroirs, des tables, il n’y aura peut-être plus de téléviseurs d’ailleurs. Elle entourera en permanence nos vies connectées. Je crois à cette immersion progressive dans un univers informationnel qui va nous entourer.

Photo de la conférence
Quelle place pour le lecteur et l’audience ?

Johana Sabroux note que les nouveaux médias donnent une large place à l’audience et se demande si justement le lecteur doit être au cœur du dispositif de production des contenus journalistiques.  Pour le créateur du Plus.fr, il y a différentes façons de faire participer l’audience. On peut créer une vraie relation entre ceux qui produisent l’information et ceux qui la consomment. Car souvent les gens qui sont intéressants, n’ont pas le temps de blogger, et le tout c’est d’aller les chercher. C’est là où le réseau, notamment Internet, permet d’aller chercher ces personnes. Donc Le Plus.fr est un média qui va s’appuyer sur les réseaux sociaux pour aller chercher une personne et l’accompagner dans son message.
Avec l’émergence des nouveaux médias, le journaliste n’est plus le seul à dire au monde qui il est, analyse Eric Scherer. Une grande partie de notre mission de journaliste est partagée avec l’audience et avec les experts qui s’expriment sur les blogs. Nous sommes dans un nouveau monde. La place du journaliste, c’est de donner du sens, donner de la valeur ajoutée, hiérarchiser, mettre en perspective rapidement ce qui se passe. Personne aujourd’hui ne fait ce travail à la place du journaliste. Oui, il y a des gens qui rapportent des faits, oui il y a des experts qui ont ouvert des blogs, mais celui qui est aujourd’hui en mesure d’expliquer, trier, mettre perspective, c’est le journaliste professionnel. C’est la mission de filtre qui est au cœur de son travail.

Quels changements et quel rôle pour les journalistes ?

Johana Sabroux rebondit. Les habitudes ont changé. Les journalistes ont-ils aussi changé ? Pour Eric Scherer, les journalistes sont conservateurs. Ils ont eu du mal à accepter les nouvelles mutations, de se faire prendre leurs outils, de voir que certains pouvaient peut-être les utiliser plus rapidement, ou de manière plus experte. En revanche, ce dont ils s’aperçoivent assez vite c’est qu’ils sont obligés de se former, d’apprivoiser ses nouveaux outils et d’en profiter. Je suis convaincu qu’il n’y a jamais eu autant de possibilités de faire mieux notre métier, grâce à l’audience, aux liens, aux nouvelles technologies, à la valeur ajoutée qu’on peut amener à l’information pour expliquer le monde de façon parfois visuelle, graphique. Le journaliste aujourd’hui est obligé de travailler avec des photographes, de le devenir un peu, il doit apprendre à travailler avec des développeurs, des graphistes, des designers, des statisticiens. Cela peut effrayer ceux qui ne sont pas forcément habitués. Mais ces pratiques proposent aujourd’hui des manières d’expliquer le monde de façon différente. Et le gagnant, c’est le public, c’est le concitoyen.

En forme de conclusion Benoît Raphaël rappelle que le journalisme est en train de se reconstruire. Tout cela veut dire que les journalistes doivent apprendre à être souples, à travailler différemment. Le terrain, maintenant, c’est aussi celui d’Internet. Et les modèles économiques vont dans un univers où la concurrence est extrêmement forte. Mais on voit que ça bouge beaucoup, il y a beaucoup de dynamisme, le tout c’est d’avoir la souplesse.

Et comme cette conférence s’adressait à des communicants, Julien Villeret, directeur de la communication de SFR, conclut en tirant quelques enseignements des analyses de Benoît Raphaël et Eric Scherer. Si les communicants devaient s’inspirer ce soir, je retiendrais trois mots : transmédia, co-production et édition.

Fin de la conférence, mais certainement pas fin des échanges. Le débat s’est poursuivi entre les participants mais aussi sur Twitter… une fin de soirée très inspirée !

> Suivre Benoît Raphaël sur Twitter : @benoitraphael

> Suivre Eric Scherer sur Twitter : @ericscherer

Prochain rendez-vous mardi pour la conférence SFR PLAYER : « Le numérique à travers les âges ». A suivre en live sur sfr.com.
L'ensemble des conférences SFR PLAYER sont accessibles : traduction en langue des signes et sous-titrages.

> Inscriptions pour la conférence : http://bit.ly/v8Xcuv