Compte-rendu de la conférence SFR PLAYER : "Sommes-nous des mutants ?"

Le 16 / 11 / 11 | Posté par admin
Compte-rendu de la conférence SFR PLAYER : "Sommes-nous des mutants ?"

Plus de 100 personnes étaient présentes hier pour la première conférence de la 3ème édition de SFR PLAYER, organisée en partenariat avec Le Cube et la Fing. Au programme : Internet a-t-il, comme le disent certains,  des impacts sur nos comportements et notre cerveau ? Pendant 45 minutes, Jean-Philippe Lachaux, neurobiologiste, chercheur en neurosciences cognitives, auteur de Le cerveau attentif, contrôle, maîtrise et lâcher-prise (Odile Jacob, 2011) et Benoît Sillard, Président-directeur général du groupe Internet CCM Benchmarck Group et auteur de Maîtres ou esclaves du numérique ? 2049 : Internet, notre nouveau cerveau (Eyrolles, 2011), nous ont livré leur vision et leur analyse. Compte rendu des débats entre experts du « cerveau connecté ».


Livres des intervenants
 Crédits : Odile Jacob - Eyrolles

La conférence débute à peine, que déjà, Abdel Bounane, rédacteur en chef du magazine AMUSEMENT, chroniqueur sur Canal+ et animateur de ce débat, nous interroge : « Sommes-nous tous des mutants ? » En effet, 20 ans après l’invention d’Internet, certains chercheurs ont mis à jour un nouveau phénomène. « Le déluge d’informations, la fréquence de nos consultations nous rendraient moins capables de nous concentrer. Le web transforme-t-il notre cerveau ? »

Le cerveau à l’épreuve du numérique 

Vidéos qui s’activent toutes seules sur Internet, notifications des réseaux sociaux, sonneries de téléphone, etc. Nous sommes sollicités au quotidien par les nouvelles technologies, et notre cerveau avec. Jean-Philippe Lachaux nous explique que « l’environnement contrôle  une grande partie de nos actions. Le contrôle de soi est tout à fait relatif. Finalement on va se retrouver dans une dépendance à l’environnement avec Internet. » Pour preuve une vidéo très parlante que nous diffuse le neuroscientifique : une femme fait des mots croisés, jusqu’à ce qu’elle entende une sonnerie de portable. « L’attention va complètement lui échapper. Elle va entendre la sonnerie en sachant que cette sonnerie n’a aucune importance pour elle. Elle perd complètement le contrôle de son attention. Vous-même vous avez peut-être déjà été confrontés à la situation suivante : ça commence par un rappel de l’endroit où se situe le portable par exemple, et la main suit. Le corps est alors contrôlé par l’environnement »

Benoît Sillard nous faire part quant à lui d’une autre étude menée en 2010 par l’INSERM sur 35 personnes à qui l’on soumet des tâches : « On démarre avec une tâche. Dans ce cas, le cerveau répond correctement, ensuite deux tâches, là, les deux lobes du cerveau marchent encore, mais quand on démarre à trois tâches, ça commence à être très long. Ce qui est sûr c’est que le cerveau est confronté à des bombardements auquel il n’est pas habitué. » Jean-Philippe Lachaux le confirme, « avec le multitâche, nous faisons face à une limitation de notre cerveau à mener de front et en simultané plusieurs activités. »

Abdel Bounane s’interroge alors : Concrètement, ces multi-sollicitations des nouvelles technologies ont-elles engendré l’apparition d’une zone dédiée dans notre cerveau ? Aucune preuve scientifique ne vient étayer cette hypothèse. Cependant, selon Benoît Sillard « ça a été le cas pour la lecture. Il y a eu l’apparition dans le cerveau d’une nouvelle zone dédiée à la lecture. Le cerveau est comme un muscle que l’on fait travailler davantage en fonction des zones sollicitées ». Evolutions oui, mutations non.


34 gigas d’informations par jour : notre attention mise à mal

Abdel Bounane le confesse volontiers : « En préparant cet entretien j'ai compté le nombre de fois où je me suis interrompu. Résultat, entre réseaux sociaux, mails et Internet : 25 fois par heure. »

Comment ne pas être déconcentré lorsque l’on sait que nous recevons, chaque jour, 34 gigas d’informations ! Pour Benoît Sillard « il y a un changement de paradigme : avant nous étions tournés vers la recherche d’informations. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, l’information est partout. »

Pour notre expert des neurosciences, l’utilisation du  numérique tend à nous faire perdre notre concentration. « Avec Internet, nous faisons face à la confrontation à une quantité d’informations supérieure à celle rencontrée dans notre quotidien. Différents univers se superposent et tous les objectifs paraissent aussi importants les uns que les autres et sans effort de concentration de notre part, nous basculons sans cesse d’une tâche à l’autre. »

Cela s’explique notamment par le fait que le désir d’information active les mêmes parties du cerveau, « le circuit de récompense », que pour la faim et la soif. Ainsi, le simple fait d’aller chercher de l’information active ce circuit de récompense.

Soyez rassurés, Benoît Sillard et Jean-Philippe Lachaux nous donnent quelques clés pour reposer notre cerveau ! Au programme pour Benoît SIllard, une diète numérique : « On est dans la situation de quelqu’un qui serait en train de jouer en permanence un match de tennis, on ne peut pas être en surtension tout le temps. Il y a des moments où il faut s’obliger à une diète de l’infosphère. Donc il serait pas mal, comme pour les vacances de faire une pause de 15 jours. »

Jean-Philippe Lachaux nous confie lui un remède personnel : « j’utilise une technique de «  bulles », c’est-à-dire que pendant un temps court je définis ce que je dois faire. En général des choses très simples. Mais pendant ce temps, c’est la seule chose qui compte, mais ça ne marche que parce que c’est court. Votre cerveau va vous rappeler que c’est dangereux d’oublier le monde. Plus, ça ne marche pas, car au bout de cinq minutes votre cerveau commence à vous rappeler qu’il faut faire telle ou telle chose. Donc, c’est la technique du chasseur de perle. Il plonge, va chercher une perle, il a une seule chose à faire, il ne peut pas papillonner. »

Ajouter à ces deux remèdes l’organisation des flux d’informations ou encore la priorisation des urgences pour conserver intact votre capital attention !

Conférence - photo d'ambiance
Bonne nouvelle : nous sommes en train d’acquérir de nouvelles capacités !
 

Pour Benoît Sillard, « face à l’émergence d’une nouvelle technologie, on se retrouve avec des gens qui adopte une approche catastrophiste, qui peut être vraie, car effectivement, il y a des dangers. Mais c’est également ce qui permet des progrès de civilisation extraordinaire.»

Et pour cause, Internet et les nouvelles technologies nous ont permis de développer de toutes nouvelles capacités. Aujourd’hui, tout ce qui relève de la synthèse, du tri de l’information, de sa redistribution est beaucoup plus valorisé au détriment de l’analyse, de la réflexion et de la mémoire. La gestion du stress générée par les flux d’information deviendra une valeur très recherchée.  Selon Benoît Sillard, le problème n’est plus de pouvoir restituer du savoir, de faire un effort de mémoire, mais bien la capacité à prendre la bonne information au bon moment.

Après cette heure riche, Abdel interroge nos deux experts : « Finalement, sommes-nous des mutants ? ». Pour Jean-Philippe Lachaux, le cerveau tel que nous le connaissons a encore de beaux siècles devant lui et il n’y a pas de raisons de s’inquiéter. En conclusion de cette conférence, et avec un peu de provocation, Benoît Sillard nous explique, que pour lui, « nous allons progressivement vers un homme hybride qui ne sera plus constitué seulement de chair mais à qui on aura intégré une partie d’informatique. »

Mutant non, hybride... Pourquoi pas !

 

> Prochain rendez-vous pour la conférence SFR PLAYER : « Objets connectés : ces start-uppers qui réenchantent notre vie quotidienne ».