01 / 02 / 12

Compte-rendu de la conférence SFR PLAYER avec Francis PISANI

10 mois, 30 villes et 5 continents, c’est le format du tour du monde de l’innovation et des médias sociaux (Winch5) entrepris par le journaliste, auteur et blogueur Francis Pisani. Nous l’avions invité jeudi 26 janvier dernier à L’appart SFR, pour un échange autour de ses premières étapes en Afrique. Dans une ambiance intimiste et propice aux palabres nos invités ont suivi pendant plus d’une heure  ses inspirations africaines : rencontres, portraits, projets, le journaliste a donné une vision très complète de l’innovation IT et de ses principaux acteurs sur le continent. Tout le monde est installé, la conférence peut commencer…

Entreprenariat et activisme politique

Persuadé que « la créativité est la chose la mieux partagée et que dans un univers connecté, les idées peuvent venir de partout et se matérialiser dans plus d’un endroit », Francis Pisani a entamé son tour du monde avec l’Afrique : Dakar, Accra, Abidjan, Casablanca, Tunis, le Caire, Nairobi…

Francis Pisani pose les bases de sa  première démonstration, connecté à son logiciel « The Brain », sorte d’avatar de sa pensée journalistique : « Dans la Silicon Valley, les gens sont maintenant plus intéressés par faire de l’argent vite que par changer le monde. » En comparaison  « durant mon séjour en Afrique, j’ai découvert des gens et une ambiance fascinante et enviable. »

Preuves et interviews-vidéos à l’appui, le journaliste explique comment  en Afrique, l’entreprenariat et l’activisme politique vont de pair. L’explication est simple : « On ne peut pas faire grand-chose en Afrique si on ne crée pas l’écosystème qui permettra à l’entreprise de fonctionner. » Les entrepreneurs doivent donc transformer le système pour créer les conditions de réussite de leur innovation. Cette particularité expliquerait en partie  la grande vitalité du continent, surtout sur la partie anglophone,  en matière d’innovation. 

Francis Pisani prend notamment l’exemple de Bright Simmons qui, face à l’expansion des médicaments frauduleux dans son pays, le Ghana, a mis au point un système afin de détecter grâce à son portable si un médicament est faux ou non. « Une véritable démarche sociale, humaine et médicale qui porte désormais un nom -Mpedigree-  et qui couvre à ce jour 9% des médicaments en circulation au Ghana. » Ou encore Heykel Djerbi qui a créé -ATLN- (Association Tunisienne pour les Libertés Numériques). Véritable média citoyen qui regroupe plusieurs sites pour dénoncer les rumeurs, les brutalités policières…Dans la lignée de la célèbre plateforme kényane Ushahidi.

Le journaliste termine cette première partie en citant Bright Simmons : « Dans mon entreprise nous sommes tous des anciens activistes devenus entrepreneurs sociaux. Si Steve Jobs avait été Africain, il aurait été entrepreneur social car le seul moyen d’avancer est de créer d’abord l’infrastructure. »


Unir ses forces pour innover

« Pour moi, un des grands changements avec les technologies de l’information, c’est le changement de la relation entre individus et groupes. Ces derniers changent et ne fonctionnent plus de la même façon. Ces individus réunissent donc leur force. »  Ne sommes-nous pas plus innovants et motivés quand nous sommes face à de nombreuses contraintes politiques, matérielles ou encore financières ? Cela nous oblige à être créatif et à utiliser les ressources dont nous disposons. Sans gaspillage.  

Francis Pisani nous expose alors 3 lieux de  travail  prometteurs en Afrique. Les incubateurs. « Ce sont des espaces souvent créés avec l’aide du gouvernement ou de grosses entreprises. Le  -CTIC- (Le Conseil des Technologies de l’information et des Communications) à Dakar par exemple, encourage la création et le développement de start-ups. Ce qui est fondamental en termes d’espace, c’est de voir qu’il s’agit d’espaces fermés, chacun est enfermé dans son bureau. Quelle est la logique ? Les gens ont besoin de développer leur produits, ont besoin de développer leur start-up et donc on leur donne un espace fermé et connecté. On leur donne des rencontres, des conseillers en business model, des juridiques… »

 Conférence SFR PLAYER - Photo de Francis PISANI et Abdel BOUNANE

 

Une véritable ruche de jeunes entrepreneurs qui travaillent dans un lieu qui favorise leur développement. Francis Pisani distingue ces lieux des espaces à la  disposition physique diamétralement opposée : les co-working spaces. Le journaliste nous présente plusieurs de ces lieux. Le Barcamp d’Akendewa (Côte d’Ivoire) par exemple décrit comme « un évènement dans un lieu d’un dynamisme extrême, doté d’une variété de sujet portés par des personnes très jeunes. » La mission d’Akendewa est d’émuler l’industrie de l'Internet et du mobile en partant avec les acteurs du bas de la pyramide (start-ups, amateurs, passionnés…)Autres exemples  le iHub, le plus grand centre consacré aux techno-entrepreneurs (Kenya)  ou encore le JokkoLabs, 1er espace de co-working d'Afrique de l'Ouest (Sénégal). « C’est l’expérience des gens plus que la connaissance des experts qui prime ici. Nombre de belles choses sortent des conversations qui se tissent au hasard. L‘essentiel est d’avoir directement accès aux idées qui surgissent dans ces espaces collectifs. »

 Conférence SFR PLAYER - Photo de Francis PISANI 2

 

" Et puis Internet ! L’exemple de LetiGames une entreprise de jeux vidéo dont les deux fondateurs Eyram Tawia (Accra) et Wesley Kirinya (Nairobi) ont décidé de s’associer à la suite d’une joute verbale sur Twitter en s’autoproclamant mutuellement comme étant le meilleur dans le domaine. »

 

A quand une théorie de la relativité de l’innovation ?

 « Je pense qu’il faut écrire une théorie de la relativité de l’innovation. Pourquoi ? Parce que si on prend la définition du mot innovation c’est quand on amène une invention sur un marché. En gros nous oublions de dire que c’est un moment donné et un espace donné. Il n’y a pas d’innovation universelle. Si nous disons que l’innovation est la création de quelque chose que nous ne connaissons pas, nous nous trompons. Une innovation est une solution nouvelle pour un vieux problème. » Une innovation peut donc-être perçue comme telle dans un pays, un contexte et pas dans un autre. « Chaque personne a sa propre vision et définition de l’innovation. »

« Par exemple, alors qu’en Europe nous utilisons les fonctions de notre téléphone de plus en plus sophistiqué, en Afrique le simple SMS est très utilisé dans l’innovation. » A l’image de la société M-Farm basée au Kenya qui permet aux fermiers d’obtenir des informations sur le prix de leurs produits, acheter directement aux fabricants ou encore trouver des acheteurs pour leurs produits alimentaires juste en envoyant un SMS. Ou encore M-Pesa (Kenya) qui a mis en place un moyen de paiement par mobile après avoir constaté les distances qui séparent parfois les villes entre elles et les moyens de paiement inadaptés face à cette situation.

« Plus il y a des changements sociaux, plus il y a de l’innovation parce que ça secoue ! L’innovation est donc démultipliée dans un contexte social en mouvement, ce qui entraine forcement de la créativité. Il faut savoir faire avec pas grand-chose et utiliser au mieux ses ressources. »

« Les innovations viennent aussi d’ailleurs, il y a des ingénieurs en dehors de Paris, Berlin Londres, San Francisco… Cela entraine également du changement. Pratiquement toutes les personnes dont je vous ai parlées ont des origines multiculturelles, une dimension « trans-locale » au niveau de leur expérience. Cela joue inévitablement dans leur façon d’être ouverts aux changements, d’être plus sensibles au conflit et d’aller plus facilement vers l’innovation. »

 

La conférence se termine par un échange sur le rôle de la diaspora de retour au pays : de jeunes entrepreneurs formés aux Etats-Unis rentrent et créent leur entreprise. On comprend à demi-mot que  la Silicon Valley loin de perdre son influence serait en train d’essaimer aux quatre coins du monde ? Rendez-vous à l’appart SFR dans quelques mois pour la suite du carnet de voyage de Francis Pisani. 

Retrouvez les meilleurs moments du live :



Photo de Francis Pisani

En savoir plus sur le projet Francis PISANI - Twitter @francispisani

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